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BIENFAISANCE

France et la Hollande contre PAUemagne, médite de donner la Wallonie à la première et la Flandre à la seconde? Que la Belgique se rassure ; si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer. D'ailleurs partout où Welches et Teutons se sont trouvés en contact, ils (ont préféré, c'est très curieux, former des États mixtes, Belgique, Luxembourg, Suisse, et certainement un jour Alsace-Lorraine.

Bienfaisance.

La bienfaisance doit-elle être à base de libéralité pécuniaire? Oui, puisque l'argent est le nerf de toute guerre, même celle contre le mal social. Mais de même que la façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne, la manière de dépenser est mille fois plus importante que la dépense elle-même, non seulement au point de vue de la diminution de la misère, que l'aumône entretiendrait plutôt, mais au point de vue de l'amélioration morale du bienfaiteur. Les deux budgets de l'Assistance publique et de la charité privée sont à peu près égaux à Paris, 50 millions par an ; or en dépit de son gaspillage et de sa lourdeur bureaucratique, peut-être l'Assistance, parce qu'elle vise un but social, fait-elle besogne plus efficace que ses rivales. Et pourtant, sur ces 50 millions, 36 passent en frais d'administration; dans les hôpitaux il y a trois ou quatre infirmiers pour dix malades; tel sanatoire, celui d'Angicourt,qui a coûté 1.200.000 fr., contient 74 malades, alors que l'œuvre médico-sociale du Dr Bouraille soigne 1.200 tuberculeux par an moyennant une dépense de 8.000 francs. L'idéal serait donc, sans doute, « l'œuvre sociale privée »,

ni aumônière comme la charité religieuse, ni bureaucratique comme l'Assistance publique. Ce sont les œuvres de ce genre qui ont obtenu jusqu'ici quelques succès contre la syphilis, l'alcoolisme et la tuberculose; mais, hâtons-nous de l'ajouter, ces succès sont faibles, et peut-être bien qu'on ne pourra triompher de ces fléaux que par une action voulue et continue des pouvoirs publics. Pour la syphilis, il semble que le remède serait assez facile: une prime de 100 francs allouée, sans paradoxe, à tout malade qui aurait avoué son mal et suivi son traitement jusqu'au bout ; en outre le malade serait invité à intenter une demande en forts dommages-intérêts à l'auteur de son accident qui, condamné, serait en même temps soigné et guéri; nul doute qu'au bout de quelques années de ce régime, la syphilis aurait diminué dans les meilleures proportions. Pour l'alcoolisme, la lutte est plus difficile; les tactiques, dont plusieurs excellentes, que préconise M. Bertillon, impliquent l'action directe de l'État, que le Français admet et réclame partout sauf juste où il faudrait. A défaut de la concession du monopole de vente ou de la suppression du privilège des bouilleurs de cru, on pourrait essayer d'une mesure très simple et peut-être très efficace : Ne laisser ouvrir les mastroquets qu'à 8 heures du matin. Gomme à cette heure les ouvriers sont déjà au travail, ils n'auraient pu« tuer le ver ». Or c'est l'alcool pris à jeun qui est dangereux. De même, l'argent mis à entretenir tant d'œuvres aumônières serait peut-être mieux employé à établir dans les quartiers ouvriers non pas certes des établissements de tempérance, mais des bars luxueux

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et brillamment éclairés (le café étant le salon du pauvre) où les consommations non alcooliques seraient très bon marché, et les liqueurs et apéritifs très chers. La société propriétaire ne ferait pas de mauvaises affaires commerciales et obtiendrait encore de meilleurs résultats hygiéniques, tout comme les sociétés d'habitations à bon marché qui retirent de leurs capitaux un intérêt suffisant, tout en combattant très efficacement le troisième péril social, la tuberculose. Il est bon de se rappeler, à propos de celle-ci, que sur cent tuberculeux il n'y en a que deux ou trois qui ont contracté la maladie par contagion ; tous les autres la doivent, les deux tiers à Palcoolisme, le dernier tiers à la mauvaise hygiène des maisons. Il n'est donc pas excessif de dire que si l'administration voulait faire, ici et là, son devoir, cette terrible maladie, qui nous coûte 150.000 hommes, par an, soit 39 0/0 des décès, disparaîtrait, puisque, suivant le mot fameux d'un médecin : « Il n'y a pas de tuberculose, il n'y a que des tuberculeux. »

Bonald.

Ce qu'il y a de bon dans Bonald, c'est la partie négative. Toute sa critique de la Révolution reste parfaite aujourd'hui encore. D'ailleurs quand on critique la Révolution on a toujours raison. Mais sa partie positive a de quoi faire faire parfois la grimace. Il y a chez lui le môme abus de raisonnement abstrait que chez ceux qu'il combat. Eux ne juraient que par Sparte et Rome, celles de Plutarque, lui ne jure que par l'Egypte ancienne, celle de Bossuet. Ça se vaut. Aujourd'hui aussi, il faut un peu se mé-

fier de ceux qui ont toujours Bonald à la bouche. Ce sont des Jacobins de droite plus irritants, peut-être, sinon plus dangereux que ceux de gauche.

Bourgeois.

Qu'est-ce qu'un bourgeois? On se pose souvent cette question. M. Jules Sageret répond]: «C'est le bachelier fils de bachelier qui n'est d'ailleurs ni artiste ni écrivain, ni revêtu d'un uniforme particulier. » Je me demande si cette définition satisferait ceux qui ont toujours à la bouche le mot : bourgeois ! A parler strict, le bourgeois, c'est l'urbain. Dans le langage courant, c'est le rentier, d'où l'expression « louer bourgeoisement ». Par extension, c'est ce qu'on n'est pas, le client si vous êtes cocher, le philistin si vous êtes rapin, le dormeur si vous êtes noctambule, la redingote si vous êtes bourgeron, mais alors il n'y a plus de limite, on est toujours le bourgeois de quelqu'un !

Bourse.

La science financière, je veux dire boursière, est comme toutes les sciences occultes, le peu qu'on vous en dévoile irrite plus la curiosité qu'il ne la satisfait; assurément la conception de quelques mystérieux financiers faisant à leur gré la hausse et la baisse et se battant à coups de booms et de kracks n'est bonne que pour les romanciers à la Zola ou les polémistes à la Drumont. Toutefois qui dira jusqu'à quel point ces vastes machines théoriquement si indépendantes du Crédit Lyonnais et de la Société Générale ne sont pas mues à distance par des forces plus subtiles que

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