CAPITALISME
ou douze cantons de l'arrondissement, suffirait à la besogne, en narguant le redoutable encroûtement des petites villes. Il y aurait des juges de circuit et des percepteurs de chevauchées, comme autrefois ; avec les chemins de fer et les bicyclettes, un arrondissement d'aujourd'hui est plus petit qu'un canton de l'an VIII. Et voyez la simplification : vous avez 2.865 cantons et 362 sous-préfectures ; à 3 fonctionnaires en moyenne par service, cela fait une économie de 8.000 à 9.000 budgétivores I
Capitalisme.
L'art de placer et de gérer sa fortune est un art qui en vaut bien un autre, on voudrait en être le rapin. Car il doit exister, cet art-là, à en juger seulement par la facilité qu'il y a à perdre son argent quand on en a. L'accroissement automatique des fortunes par le jeu d'anatocisme, qu'on voit ou qu'on croit voir, a pour contre-partie les kracks ou les baisses qu'on ne voit pas ou qu'on ne veut pas voir. Les actions de Courrières étaient de celles qu'on citait comme les plus enflées depuis l'origine, la dernière catastrophe les a fait s'effondrer. A ceux qui voient le capitalisme sous les traits d'un monstre insatiable et invulnérable, on pourrait citer le simple fait que toutes les plus-values de toutes les valeurs actuellement cotées en Bourse (y compris le denier d'Anzin qui a centuplé) n'atteignent pas les pertes de l'épargne dans une seule affaire comme le Panama. Et le krack de l'Union générale, celui des Métaux, celui des Mines d'or ont probablement coûté autant. La somme de toutes ces plus-values est supérieure de
8 0/0 seulement à la valeur d'origine ; ce maigre boni ne compense assurément pas l'énorme quantité d'actions sombrées et de sociétés disparues sans même laisser de traces. Morale, il y a plus de chances de perdre son argent dans les placements que de le faire fructifier. Tout n'est pas rose dans le métier de capitaliste ; pour une mine qui enrichit ses actionnaires, combien les ruinent l On a fait le compte en France : 192 mines sont en gain, 274 en perte. Fractionner ses placements, étudier les affaires, se défier des prospectus, voir d'avance qu'un Panama n'est pas un Suez et que le crédit de l'Australie n'est pas le crédit des États-Unis, tout cela est parfois malaisé, et l'on comprend le mot, dont on s'est moqué à tort, que la gestion d'une fortune est un travail comme un autre; travail, il est vrai, agréable et lucratif, ainsi que disent les quatrièmes pages des journaux, mais travail...
Assurément, on a raison de s'étonner des bons jobards qui partent en foudres de guerre contre le capitalisme des patrons coiffeurs ou des maîtres-maçons en n'ayant pas l'air de voircelui des hauts barons de la spéculation financière. Mais ne devrait-on pas à son tour dissocier cette dernière catégorie, et distinguer les purs manieurs d'argent, dont le rôle n'est que pillerie ou parasitisme, des grands spéculateurs industriels qui peuvent avoir parfois leurs bons côtés, comme les trusts de production ou d'exploitation, lesquels ont souvent, somme toute, abaissé le prix de revient des marchandises accaparées ? Et puis confisquer les biens d'un trust légalement condamné, qu'est-ce que cela veut dire ? Pour le légalement