ALCOOLISME
lionat, dette agraire, celle-ci énorme. On évalue à 500 millions par an les charges en provenant. Sur 100 propriétaires 4 à peine sont leurs maîtres; tous les autres sont les serfs de l'hypothèque, comme les coloni gallo-romains étaient serfs de la glèbe.
Alcoolisme.
Nous a-t-on assez rebattu les oreilles de ces statistiques moralisatrices où notre éhontée patrie tenait le premier rang pour l'alcoolisme ! On se gardait bien d'ajouter que l'Espagne et l'Italie venaient tout de suite après nous, car cela aurait découvert le pot aux roses, ou mieux ici le pot au vin, puisque c'est à l'inoffensive consommation en vins que les pays méditerranéens doivent la mésestime des teatotalers. Si l'on ne tient compte que de l'alcool distillé (l'alcool contenu dans le vin naturel, bien que chimiquement identique, ayant des effets physiologiques tout autres) l'échelle de honte se renverse, la France vient après l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Serbie, la Roumanie, la Russie, la Hollande, la Belgique et le Danemark, celui-ci tenant de loin la tête, mais, il est vrai, avant la Suède, la Suisse, les États-Unis, les Iles Britanniques, la Norvège, la Finlande, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. Rang rectifié, il faut convenir que notre étiage pourrait être meilleur. A 8,54 par tête (litres d'eau-de-vie contenant 50 0/0 d'alcool absolu), nous sommes beaucoup plus près de l'Allemagne (8,80) qui nous précède, que de la Suède (6,86) qui nous suit. Sans aller jusqu'à l'abstinence alcoolique de nos sœurs latines (1 environ), nous pourrions avoir la même consommation que la Suisse (6,12) les
Étals-Unis (5,95) ou l'Angleterre (5,20). Comment obtenir ce résultat ? Prodiguer les objurgations, les conférences, les affiches ? Peine à peu près perdue. Établir des bars et des restaurants de tempérance ? Beaucoup d'efforts et de dépenses pour peu de résultats. S'adresser à l'influence religieuse? Elle est en baisse. Recourir à l'action des pouvoirs publics ? Ils sont eux-mêmes sous celle des distillateurs et des débitants, sauf en Russie. Pourtant, c'est à eux qu'il faut s'adresser, car partout où quelque chose a été obtenu, c'a été par leur moyen.
En Russie, chacun est libre de distiller et de consommer l'alcool qu'il veut ; ce qui est réglementé, c'est la vente au détail, laquelle ne se fait que dans des débits officiels comme nos débits de tabac, où le gérant n'a pas intérêt à pousser à la consommation, et où d'ailleurs la consommation sur place est interdite. Le projet Alglave, chez nous, était le pendant de ceci : liberté pour le débitant, mais suppression des distilleries particulières ; tout l'alcool devait dégoutter des alambics officiels, ce qui permettait de lui assurer des garanties de pureté. C'est le système qu'a adopté la Suisse, mais seulement pour les eaux de- vie de grains et de pommes de terre. En Suède et en Norvège, la vente au détail est défendue dans les campagnes ; dans les villes, le monopole du débit des liqueurs fortes est concédé à une compagnie désintéressée qui ne retire de ses capitaux que l'intérêt légal , et verse le surplus, fort considérable, à l'État. Aux États-Unis on a essayé de la prohibition absolue (dans 17 États) sans grand succès, l'alcool se vendant alors chez les pharmaciens, et de l'option locale, qui