ALCOOLISME
a l'inconvénient de faire de la question alcoolique une question politique, comme en Angleterre, où le succès naguère des conservateurs tenait à leur alliance avec les brasseurs. En France aussi, la question est politique, et les partis ont ici rivalisé de faiblesses ; la dernière Chambre conservatrice nous a légué, en 1875, la liberté du bouilleur de cru, et une des Chambres suivantes, en 1880, a établi la liberté du mastroquet. Pour restreindre la seconde, ou accaparer la première, il faudrait une énergie morale que la crainte des élections paralyse. Pourtant l'intérêt public est assez important, et la liberté du poivrot est moins atteinte qu'on pourrait le croire. Tel qui a beaucoup voyagé, avoue qu'il a rarement rencontré autant d'ivrognes qu'à Christiania. A formuler des vœux utopiques on pourrait demander au législateur de distinguer soigneusement l'apéritif, le coup du milieu et le pousse-café ; l'alcool dangereux est celui qui est ingéré à jeun et non celui qui est précipité dans des« trous normands ». J'ai gardé pour la bonne bouche deux autres remèdes « scientifiques » que révèle M. Jacques Bertillon dans son livre /' Alcoolisme et les moyens de le combattre. Le premier est un sérum anti-éthylique découvert par le Dr Sapelier, en 1903; après une inoculation, on est tout étonné de trouver à l'alcool un goût de savon, on accuse le bistro, on cesse d'avoir uu besoin impérieux de tordboyaux, on finitpar le prendre en horreur. C'est presque trop beau pour être vrai. Les enthousiastes voient déjà obligatoire cette vaccine à la sortie de l'école ou à l'entrée de la caserne l L'autre découverte, c'est celle de la dextranose, faite par le Dr Pitoy,qui per-
met de fabriquer des liqueurs fermentéessans alcool ; le goût du vin ou delà bière n'est nullement, paraît -il, modifié; dès que la chose, encore expérience de laboratoire, sera devenue procédé industriel, l'alcoolisme sera vaincu.
Alimentation.
Ce n'est pas seulement en escrime qu'on vous tue par raison démonstrative : Tant de céréales par an dans l'univers, et tant d'autres aliments, et tant d'habitants, une règle de trois, et la conclusion : « A la ration qui revient à chaque humain dans le partage des produits de la terre, il manque environ un tiers d'albuminoïdes, une moitié de graisses et près d'une moitié d'hydrates de carbone. » Mais, du coup, on se reprend, car enfin, si tout cela était exact, tout le monde serait depuis longtemps mort de faim. Arithmétique économique, voilà bien de tes coups 1 Quant à la solution parfois proposée du problème : réduire d'un tiers, ou d'une moitié, le nombre des humains, elle n'est que spécieuse, puisque si ces humains ne produisent pas plus d'albuminoïdes et d'hydrates de carbone qu'aujourd'hui, ils ne seront pas plus avancés. Plus logique assurément serait le retour aux champs que prône M. Méline. Mais ici on est en droit de se demander si c'est exactement de bras que manque l'agriculture. La dépopulation des campagnes, encore un spectre dont on joue à plaisir 1 Si réellement le monde manquait d'aliments il ferait mieux d'appeler à l'aide la science et la culture intensive que l'arithmétique économique et la logique malthusienne. Et d'ailleurs, en dépit des statistiques