CONCOURS
de leur côté, puisque le prochain budget augmentera du double.
Concours.
Est-il sûr qu'il faille tout sacrifier au concours? Assurément non, puisque tout Le monde conserve l'élection, et que le profond bon sens populaire ne veut pas renoncer au tirage au sort. Entre des juges nommés au concours, des juges élus au scrutin, et des juges tirés au sort, il est permis de donner la palme aux derniers, les jurés, et même de préférer les seconds aux premiers du moment où le mode d'élection présenterait des garanties suffisantes. En outre, quelque bon que soit le concours, il ne faut pas en abuser. Un examen très sérieux à l'entrée dans la carrière, parfait; mais des concours à chaque échelon, ce serait une prime aux forts en thème et aux perroquets. L'exemple de la Chine, que, sans barguigner, certains nous flanquent dans les jambes, nous renverse, en effet, et ce n'est pas l'assertion qu'on ne peut pas être un bon ministre de la guerre si on n'est pas général, qui nous remettra debout. Pas davantage n'est-ce au concours qu'il faut faire honneur du mérite de nos médecins d'hôpitaux parisiens ; d'abord ce prétendu concours n'en est pas un, chaque candidat étant sûr d'avance d'être reçu ou refusé suivant la composition du jury, et ensuite l'obligation où ce simulacre met pourtant les médecins de repasser leurs mémentos jusqu'à 30 et40 ans, les détourne de tous travaux personnels, d'où l'infériorité relative de la science médicale française, qu'on n'a pas l'air de soupçonner. 11 est vrai qu'on
pourrait me répondre : c'est la forme alors du concours qu'il faudrait modifier, en remplaçant les épreuves d'interrogation, par exemple, par des productions de travaux originaux. Mais mieux vaudrait se contenter de combattre le favoritisme. Il faudrait non seulement ici interdire l'entrée dans l'administration aux fils de députés qui se font bombarder aux meilleurs postes, mais, même dans le personnel de la carrière, soustraire l'avancement à l'intrigue : il serait curieux de savoir combien de conseillers à la Cour de cassation ne doivent pas leur siège à un passage par les bureaux de la place Vendôme, donc à un choix arbitraire de ministre. Il est vrai que ces questions sont bien délicates. Sur la psychologie de l'avancement des officiers, M. Saint-Alban a dit dans le Mercure du 1er mai 1906 des choses fort curieuses.
Confiance.
« Un individu fort et bien équilibré, a-t-ondit, cela ne trompe pas; si c'est bien la société future qui s'annonce par de tels caractères, ayons confiance. » Eh oui! D'abord il faut toujours avoir confiance, parce qu'il ne faut jamais être lâche ; et puis la Force et l'Harmonie sont deuxbuts qui ne vous égarent guère, tandis que d'autres, même le vrai, le beau et le bien de M. Cousin, hum ! Aucune race n'est plus exaspérante que celle des Jérémie,si ce n'est celle des Cassandre. Toutce qui est humain est mélangé, et ne voir partout que le dangereux ou le désagréable c'est bourgeois dans le sens que Flaubert donne à ce mot.
conseil d'état 85
Congrès d'Exposition.
Que de congrès ! que de congrès ! dirait le bon maréchal. Si les plumes chôment, les langues s'agitent. Écrivaillerie, bavardage, lequel vaut le mieux ? Cruelle énigme. Quand on n'est ni marchand de papiers, ni typographe, on préfère les congrès ; il est si facile, pendant les lectures, de penser à autre chose ou d'aller faire un tour au dehors ; dans l'intervalle des séances, on parle haut et on se promène large ; on se fait présenter et on présente ; des noms d'Universités lointaines enchevêtrent leurs consonnes sur des lèvres souriantes, et des dos arrondis se trémoussent en plongeons chaleureux. Et puis au bout de tout congrès qui se respecte, il y a un banquet; pour peu qu'il soit succulent, cela fait pardonner bien des choses.
Conseil d'État.
Recours pour excès de pouvoir, recours pour détournement de pouvoir, les professeurs de droit administratif se complaisent et se satisfont dan3 la contemplation de ces manigances ; à voir tant de firelles et tant de treillis, ils disent : Enfin, la liberté est filtrée ! Hélas! les filets ne prennent que les gros bourdons lourds qui ne savent pas; les fines mouches, elles, passent par les mailles. Vous ôles maire, et vous voulez interdire une cavalcade parce que vous avez ses organisateurs dans le nez; si vous êtes assez béjaune pour le dire dans vos considérants, le Conseil d'État cassera votre arrêté; mais si vous modulez le petit couplet de rigueur sur la tranquillité publi-
que, il s'inclinera, et la cavalcade n'aura pas lieu. Il faudrait donner au Conseil d'État le droit de faire résulter le détournement de pouvoir non pas seulement de l'introspection de l'acte attaqué, mais de circonstances ambiantes, lui permettre d'envoyer en chevauchée un maître des requêtes qui serait maître de l'enquête. Mais alors l'État cassera son Conseil ! C'est pour cela que le droit commun substitué au droit administratif serait une excellente conquête. Tout changerait dans la psychologie du gouvernement et de ses suppôts, s'ils se savaient exposés à des poursuites devant des juges impartiaux, comme en Angleterre, où le policeman qui viole les droits d'un citoyen est puni, même s'il n'a fait qu'obéir aux ordres de son chef hiérarchique.
Constant (Benjamin).
Le libéralisme change avec le temps, et celui de Benjamin Constant nous surprendrait parfois aujourd'hui : « Le gouvernement doit reconnaître aux citoyens le plus largement possible le droit de s'associer et le droit de se réunir, non à titre de droits individuels, mais en raison du progrès de la civilisation. » Nous connaissons cela: la liberté, sauf pour ceux qui n'en sont pas encore dignes. « Le gouvernement tiendra compte dans le choix des officiers supérieurs, en dehors des aptitudes purement militaires, du dévouement aux institutions libérales. > Charmant de la part de Benjamin ; le général Bonaparte n'aurait obtenu son commandement qu'à partir de « l'Acte additionnel ». « Le gouvernement (toujours I) a le droit de scruter les convictions des