‹ Pour causer de toutChapitre 29 sur 138 · CONTRE-RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CONTRE-RÉVOLUTION

fait pas autre besogne que le boutoir un peu rond du gros public; il y a beaux jours que celui-ci distingue 1793 de 1789. Je sais bien qu'à ceci les beaux esprits vont se tordre les côtes ; toutefois, il s'agirait de savoir si ce n'est pas d'eux qu'il faut sourire ; « tout Constituant est gros d'un Jacobin », a sans doute dit Rivarol, mais ces grossesses-là ne se terminent pas forcément par une parturition. Tout est dans tout, et pourtant tout n'en sort pas toujours, heureusement. Défaire méthodiquement l'œuvre de la Révolution ! comme dit M. Paul Bourget, mais qu'en restet-il ? Le bâtiment central, Bonaparte l'a jeté bas : les pavillons accessoires tombent un peu chaque jour; la loi du 1er juillet 1901 en a dynamité un fameux. Je n'ignore sans doute pas que d'aucuns, en parlant ainsi pensent moins aux constructions d'angles qu'à la girouette faîtière. Qu'on remplace le bonnet phrygien par les trois fleurs de lys, et tout ira bien, si bien que certains demanderont peut-être qu'on ne change plus rien, et même qu'on rétablisse les dernières démolitions ; le lit du pouvoir est toujours bon, une fotfl les draps changés. Soit! L'avenir n'est à personne. Mais le passé est à tout le monde, et il est peut-être utile de rappeler à ces monarchistes de la contre-révolution que la Révolution est le plus embarrassant argument contre leur monarchisme. Car, enfin, la crise terroriste est due uniquement à la lâcheté personnelle de Louis XVI combinée avec la veulerie moutonnière de ses sujets, donc à la nature monarchique du pouvoir du souverain et de l'obéissance des sujets.

Conversation.

Lecture charmante, celle d'un livre comme celui de Tarde sur VOpinion et la Foule, tout entier en nuances, en inductions, en rapprochements au sujet desquels la divergence est bienvenue. Que serait une conversation où l'un des deux interlocuteurs se bornerait, comme chez Platon, à asséner, au métronome, des « oui, par Zeus I » Mais, à ce propos, est-il bien exact que la causerie soit la forme suprême de la communion sociale, la pierre de touche de la sympathie humaine? C'est l'opinion de tout Français, je le crois, mais qui ne se souvient aussitôt des admirables pages de Carlyle sur le silence, divine communion des âmes, et de ces bonnes soirées que tels philosophes ou musiciens allemands d'autrefois passaient à fumer d'énormes pipes sans dire un mot? Est-il bien sûr encore, comme le conjecture si curieusement notre auteur, que la naissance de nos langues modernes vient de l'arrêt de la conversation que l'arrivée des Barbares infligea au monde romain ? Je gage qu'un amateur de paradoxe pourrait soutenir que l'antiquité n'a jamais connu la conversation, mais la conférence alternée qui en est l'antipode, que le dialogue courant a commencé lorsque dans le remous barbare il y a eu bouillonnement d'égalités, et que les langues novolalines, si peu oratoires mais si interrogatives et répondantes, sont nées justement de ce début un peu rude de la causerie. Qu'on remarque les noms dont on les distingue : langues d'oil, d'oc, de si, alors que le latin et le grec n'ont ni oui ni non ; que devait être la causerie dans des lan

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