‹ Pour causer de toutChapitre 35 sur 138 · VA J · texte numérisé non relu

VA J

l'homme, même bien intentionné, est malfaisant. Non, la terre ne trahit pas ses amants; il n'y a pas de crise agricole, mais des crises agricoles, ce qui n'est certes pas la même chose ; et les agriculteurs les surmonteraient toujours si de non-agriculteurs nommés hommes d'État ne s'empressaient pas à les y aider. En a-t-on versé de l'encre sur la péréquation de l'impôt foncier, la revision du cadastre, l'organisation du crédit agricole, le progrès du morcellement ? Heureux chats, que de bouillie ! La vérité c'est qu'il importe peu qu'il y ait plus ou moins de grands, de moyens, ou de petits propriétaires dans un pays, mais qu'il importe énormément que tous soient de vrais propriétaires, donc ne soient pas de simples créanciers à hypothèques, et les propriétaires non résidants et non dirigeants ne sont guère autre chose. — Ce qui importe encore, c'est qu'il soit facile de devenir propriétaire et difficile de cesser de l'être ; or, c'est précisément l'inverse qui a lieu aujourd'hui. Pour devenir propriétaire, il faut payer des droits énormes, d'autant plus enflés que l'acquisition est plus humble, 15 francs, par exemple, pour un lopin de terre de 20 francs. Pour être sûr d'être bien propriétaire définitif, c'est-à-dire pour accomplir la procédure de la double purge des hypothèques, on devra dépenser de 300 à 400 francs, somme ridiculement exagérée pour les petites parcelles. Par contre il est très facile de cesser d'être propriétaire ; dès qu'on a quelque terrain naît la tentation de l'hypothéquer, pour des dépenses de pur luxe si on réside à la ville; pour arrondir son fonds, si on est terrien ; dans l'un et l'autre cas, pour payer des soultes de partage, si on

Page 1