DÉCENTRALISATION
société savante, mais toujours d'un champion de l'esprit local. La décentralisation? elle arriverait à mettre jn Pourquery de Boisserin à la tête de chaque commune, et nous en avons trop d'un. Je ne sais si le lec- ;eur remarqua, dans le mémorable débat qui eut lieu k la Chambre à propos de la démolition des remparts i'Avignon, le beau mouvement de ce défenseur de [a liberté. Racontant qu'à la vue de la destruction nocturne et fiévreuse, un officier archéologue qui passait par là s'était ému et avait couru à la maison commune pour savoir si on avait vraiment donné cet ordre incroyable, M. Pourquery de Boisserin s'écria : « S'il avait insisté, je n'aurais pas hésité à le faire arrêter ! » La voilà, la décentralisation, privée de son fard; elle arrive à incarner l'âme de la Provence ou du Comtat non pas dans Mistral, mais dans un Flaissières ou un Pourquery de Boisserin I
Une preuve que toute décentralisation n'est pas bonne de plein droit, c'est que certains de ses plus judicieux avocats, quand ils se trouvent en face d'une question précise, aboutissent à centraliser beaucoup plus fortement qu'aujourd'hui une force publique, et non la moindre. « Le défaut, dit l'un d'eux, de notre système actuel de police, c'est qu'il est municipal au lieu d'être national ; chaque commune de France a sa police, mais il n'y a pas de police française. » La critique est très juste, et la distinction entre les deux sortes possibles de décentralisation en ressort avec évidence. Autant le pouvoir local doit être étendu en matière administrative et financière, sous la responsabilité effective d'ailleurs de ses détenteurs, autant il doit être limité en matière d'ordre
public. Donner au maire le droit de police, c'est-àdire le pouvoir d'employer la force, c'est être sûr qu'il ne l'emploiera pas quand il le faudra, et qu'il l'emploiera quand il ne faudra pas. La plaie du vagabondage rural, de l'insécurité urbaine, la gravité des moindres troubles de grève, le développement général de la criminalité, tout cela vient, en grande partie, du fait que les maires ont les pouvoirs qui devraient appartenir à des commissaires centraux relevant d'un préfet de la police générale. Les maires et les préfets, ceux-ci devenus mandataires des Conseils généraux, auraient assez, certes, de l'administration de leurs communes ou de leurs départements. Jusqu'ici, en matière de décentralisation, le législateur a donc fait exactement le contraire de ce qu'il aurait dû faire. Quant aux intéressés, jusqu'ici aussi, ils ont non seulement accepté, mais môme provoqué l'extension du centralisme politicien, ils n'ont donc que le sort qu'ils méritent.
A propos de la centralisation véritable, j'entends de cette force qui pousse vers Paris les meilleurs habitants des provinces, même les plus ardents régionalistes, je ne crois guère avoir vu notée cette cause pourtant évidente, le dégoût que font éprouver à tant de personnes l'âpreté et la bassesse des luttes politiques en province. L'agrément réel de la vie parisienne, ce n'est ni le boulevard, ni le caféconcert, ni le bois de Boulogne, c'est l'indépendance, le fait de pouvoir aller et venir sans être épié, de pouvoir lire le journal qu'on veut et voter pour le candidat qui vous plaît. Da mihi nesciri demandait l'auteur de l'Imitation qui s'y connaissait en bonheur.
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foilk pourquoi le meilleur moyen peut-être d'arrêter 'exode des provinciaux à Paris et par contre-coup le faire refleurir les provinces, serait d'adoucir les uttes politiques, de prévenir les discordes religieu- >es, de rétablir partout la synergie.
Demolins.
On aurait voulu se représenter l'auteur d'A quoi ient la supériorité des Anglo-Saxons comme une sorte le géant septentrional, un grand corps flegmatique t un rouge visage aux yeux bleus et aux longues aoustaches blondes. Pas du tout l M. Edmond De- Qolins était le type du Français du Midi, courtaud, loiraud, bavard, mobile, petits yeux brillant derrière 3 lorgnon, barbe mal piquée, et, pour achever, une pousse d'accent de la Canebière qui ne laissait aucun ioute sur son origine.
En dépit, ou peut-être, qui sait, à cause de cette rovenance méditerranéenne, il s'était épris d'un bel mour pour les peuples de la mer du Nord. Ce n'est as la première fois que les Pythéas se sentent attiés vers les eaux lourdes qui ressemblent à du pouaon marin, ou que les Grégoire-le-Grand s'arrêtent ans des marchés d'esclaves, devant de beaux types 'insulaires: aut angli, aulangeli. Edmond Demolins 'était, lui aussi, consacré à la découverte de ces âmes oréales, et à l'édification, par elles, des âmes de ses ompatriotes. Peu d'hommes ont travaillé autant que ji à faire connaître et admirer les types de Yenglishpeaking race, à faire adopter leurs mœurs, leurs habiudes, leur langue, et sur ce dernier point son mérite t'était pas mince, car personnellement il était, en bon
Provençal, réfractaire à toutes les langues non latines. « Ce pauvre Demolins, me disait un jour M. Patrick Geddes, il n'a jamais pu arriver à se faire comprendre d'un cabman 1 »
A la fois traditionnel et bouleverseur, peut-être est-il allé un peu trop loin, comme tous les esprits vigoureux, dans chacune de ces directions. Il a eu raison de secouer comme un prunier le vieil arbre universitaire, si morose dans « la vieille cour pavée et ses quatre grands murs », mais vouloir imposer aux élèves de son école à soi le fade porridge parce que les boys anglais se délectent de cette bouillie d'avoine, c'est quelque peu excessif ; qu'on bouleverse tout en France, sauf nos soupes aux choux et nos soupesa l'oignon! Et, d'autre part, le souci légitime de la tradition doit-il aller jusqu'à faire rechercher dans les plus brumeux lointains l'origine de tels événements actuels? En métaphysique, le péché originel peut, comme tout d'ailleurs, se soutenir, mais en socio-physique, c'est douteux. Quoi ! La supériorité présente des Anglais et des Américains viendrait de ce que leurs premiers ancêtres échelonnaient leurs maisons le long des fîords norvégiens pour pouvoir, à chaque seuil rocheux, pêcher plus facilement le saumon? Et la splendeur de la civilisation hellénique aurait tenu à ce que, dans les hautes vallées du Caucase, le travail facile de la cueillette laissait du temps libre aux heureux habitants de la région? Assurément, il y a autre chose pour expliquer Athènes ou Chicago.
Il n'en a pas moins écrit une des systématisations les plus attractives et les plus suggestives de l'his-