DÉPUTÉS
s'approche de la période fatale. Flagorneries cyniques, ou honteuses mises au pillage, le spectacle est parfois écœurant. A ces abus il n'y aurait que deux remèdes: l'un consisterait à proclamer que tout représentant du peuple ne cessera jamais de l'être, mais cette inamovibilité parlementaire serait contraire à la fiction démocratique, et de plus conduirait à entretenir un Parlement de plusieurs milliers de membres; l'autre, plus digne, consisterait à empêcher les députés sortants de se représenter ; ils devraient attendre troisans(repos salutaire) avantde poser une nouvelle candidature. Les députés sérieux devant, dans un bon système constitutionnel passer au Sénat, le retour à la vie privée des autres, ne constituerait pas une grande perte pour le pays; d'autant que rien ne les empêcherait de se consacrer aux affaires publiques locales, et plus tard de revenir, assagis et expérimentés, aux affaires nationales.
Ce second moyen, il est vrai, nos parlementaires n'en voudraient à aucun prix. Alors pourquoi ne pas se ÇQer au premier, leur nomination à vie? On y gagnerait d'abord de ne plus avoir ces honteuses enchères électorales dont je parlais. Une fois évanoui le souci de la réélection, quelle « indépendance du cœur » ! Et quel rétablissement rapide de nos finances 1 On aurait tous les avantages de la monarchie, sans en avoir les inconvénients. Et il importerait peu que nos nouveaux 900 monarques fussent, en montant sur leurs trônes, d'intolérants et systématiques personnages; la Sainte-Ampoule fait bien des miracles; et ce ne sont pas seulement les rois de France qui oublient les injures des ducs d'Orléans. «Quand Her-
cule eut volé les bœufs de Cacus, il devint le plus ardent défenseur de la propriété. » L'assemblée la plus soupçonneuse, la plus tyrannique, si elle était sûre du lendemain, se découvrirait des trésors d'indulgence. Ce qui affolait les terroristes, c'était la perspective des élections à venir: comme ils n'avaient aucune illusion sur la façon dont ils représentaient le pays, ils s'accrochaient comme teigne au pouvoir, d'où le 13 vendémiaire, le 18 fructidor, le 30 prairial. S'ils avaient eu le courage de se déclarer inamovibles, tout se calmait par enchantement, comme quand Bonaparte se déclara tel ; plus de proscriptions, plus de persécutions, plus de nécessité d'entretenir la guerre par la guerre, au dedans comme au dehors.
Aujourd'hui aussi, c'est là que se love le nœud de la situation. On ne peut rétablir finances et le reste qu'en revisant la Constitution, et on ne peut obtenir cette revision qu'en désintéressant les intéressés. Qu'on se résigne au sacrifice U Je veux qu'on saoule de toutes choses les Électeurs », disait François 1er, candidat à la couronne de Charlemagne. Les Électeurs du Saint-Empire ne différaient pas tant que cela de nos électeurs de la Sainte Égalité. Sans insister sur ce point de vue discourtois, ne peut-on pas dire qu'il serait légitime de reconnaître royalement le service que rendraient au pays les conquérants du scrutin en acceptant que les futurs scrutins ne fussent plus conquis ? Cela vaudrait bien le privilège qu'on leur conserverait de pénétrer dans les Chambres, d'y prendre part aux discussions, peut-être aux votes, et de toucher indéfiniment leur indemnité.
En retour, que leur demanderait-on pour le prix?