ÉGALITÉ
ne reslera-t-il pas que la démocratie chinoise ou hindoue n'est pas la même que l'anglaise ou la française? En poursuivant leur chimère de sociologie pure, c'est-à-dire en cherchant partout des phénomènes sociaux qui ne dépendent ni de la psychologie ni de la physiologie, mais uniquement de strictes conditions démographiques (est-ce que ces conditions elles-mêmes ne dépendent pas du sol et des âmes?), tous ces Messieurs tombent dans l'idéologie, creuse et vaine. La vérité, c'est qu'il y a cent sortes d'idées égalitaires, que l'égalité lato sensu est indispensable à toute société (amongst unequal no society, disait déjà Milton), que l'égalité stricto sensu, celle de nos sectaires jacobins, est affaire d'envie et de haine, enfin que l'égalité qu'on pourrait medio sensu, celle dont parle M. Bougie et qu'il concilie dès l'abord avec une inégalité très sensible (défiez-vous des champions de l'égalité, ils ont toujours une hiérarchie en poche 1 un peu comme les défenseurs de l'aristie et de l'autorité sont le plus souvent des doux, des cordiaux et des courtois) tient plus encore à des conditions ethniques ou psychologiques qu'à des conjonctures purement sociales. Quand il y a conquête, invasion, superposition de races, il y a inégalité ; quand il y a conversion à des doctrines d'amour, il y a égalité. Pour les autres conditions, densité de la population, complication des intérêts, centralisation du pouvoir, elles ne viennent qu'en second ordre ; d'ailleurs elles sont, suivant les cas, effets ou causes, naissant des idées égalitaires aussi souvent qu'elles les font naître. Et tout cela est banal à force d'évidence. Mais le propre du durkheimisme est de
suer sang et eau à propos de banalités, soit pour, soit contre.
Église de France.
Il ne faut pas se dissimuler que l'Eglise de France aura fort à faire pour reconquérir la sympathie publique. De mauvaises habitudes se sont répandues dans le clergé, faute au régime concordataire peutêtre. L'évêque est trop autocrate, par suite, le simple prêtre est trop porté à la flagornerie ; le vicaire n'a aucune initiative en présence de son curé ; les séminaires distribuent une instruction trop étroite ; le clergé vit trop à part de la population laïque ; l'habitude chez les fidèles de lui confier le soin des pauvres et l'éducation des enfants a développé chez lui tous les mauvais côtés de la pédagogie autoritaire et de la mendicité charitable. On a peine à se rappeler, quand on voit tant de congrégations obérées de dettes, tant d'œuvres interrompues, tant d'argent gaspillé, que l'Église de France était jadis un corps d'administrateurs d'élite. Et je ne parle pas de défauts plus graves peut-être, qui tiennent étroitement à la psychologie du prêtre, et qui font qu'on hésiterait à souhaiter la victoire d'un parti politique qui lui serait favorable, si on ne se rappelait que la thèse n'est pas toujours l'hypothèse, et que de tous les gouvernements de l'Europe continentale, le plus sage et le plus respectueux de toutes les libertés est celui qui, en Belgique, ne recule pas devant une étiquette qui chez nous causerait un vrai malaise à tant de gens.