‹ Pour causer de toutChapitre 47 sur 138 · ENFANTS (SUICIDE · texte numérisé non relu

ENFANTS (SUICIDE

familial qui provoque en lui la crainte ou le désespoir; car souvent ce sont les parents qui ressortent en plus piteuse posture encore que les enfants. Que de mauvais pères, que de mauvaises mères, et comme il vaudrait mieux souvent que l'enfant fût élevé dans des crèches d assistance publique, ou dans les champs! Les gens bien pensants qui nous rebattent les oreilles avec la beauté de la famille et le rôle moralisateur du foyer, ne se rendent pas compte de ce que c'est parfois que ce foyer: le père alcoolique, la mère hystérique, les frères et sœurs sournois et jaloux, parfois les parents séparés et l'enfant tombant entre les griffes d'une marâtre ou sous la rude main d'un parâtre, tout vaudra mieux qu'un pareil milieu. Cette simple phrase de M. Joly : « Je constate beaucoup plus de suicides d'enfants dans les familles que dans les écoles » est le meilleur argument qu'on pourrait donner en faveur de l'éducation d'État des enfants. Sans aller jusque-là, il faudrait se défaire des vieilles idées sur le droit du père de famille : les parents n'ont pas de droits, ils n'ont que des devoirs ; et quand un enfant tourne mal, neuf fois sur dix c'est de leur faute. L'enfant gagnerait à s'émanciper d'aussi bonne heure que possible, à voler de ses propres ailes, à passer son année entière au lycée (un lycée en pleine campagne par exemple !) et à être délivré môme du presque toujours funeste « tendre espionnage » des parents. Ceux qui veulent relever la statue du respect familial s'y prennent bien mal et ce n'est pas en prônant le retour au paterfamilias antique qu'on obtiendra le résultatcherché ; jamais d'ailleurs les hainesdomestiques n'ont été plus atroces que dans l'antiquité;

quel jour ouvre sur la gens d'alors le mot de l'historien que les proscrits de Marius,de Sylla, d'Octave étaient sauvés souvent par leurs esclaves, quelquefois par leurs femmes, jamais par leurs fils ! C'est aussi la dureté de l'éducation familiale sous l'ancien régime qui a causé cette explosion de sauvagerie qu'a été la Révolution française, de même que la concorde suffisante de notre temps tient au relâchement de ces droits qu'on croyait sacrés; les énergumènes qui continuent à se manifester sont d'anciens enfants maltraités genre Jules Vallès. Semblablement c'est l'abus de pouvoir des pions d'autrefois qui a suscité tant de révoltés politiques ; comme l'excès de la discipline de la caserne a engendré la réaction antimilitariste. Donc contre le suicide des enfants, le meilleur remède serait la bienveillance douce des parents, des maîtres, des professeurs, et à défaut leur indifférence 1 II y a des sollicitudes qui vous rendraient enragé 1

Équilibre.

Nos institutions sont faussées. Le système représentatif sur lequel elles reposent n'est plus, aujourd'hui où les élus sont les maîtres absolus, sans limites ni contrôles, ce qu'il était autrefois quand ces élus étaient les limites et les contrôles des maîtres, les rois soi-disant absolus. La liberté n'a jamais été qu'un équilibre, et pour celui qui voit d'un peu haut, l'élection pure ne vaut pas mieux que l'hérédité pure. Le mauvais roi regardait la chose publique comme sa propre chose et en distribuait les profits à ses suppôts, mais le mauvais Parlement n'agit pas d'autre

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