ESPRITS JUIF ET PROTESTANT
fut de voir tant de non-juifs s'armer pour la querelle. Plusieurs ont essayé d'expliquer pourquoi tant de braves gens, aryens et chrétiens, s'étaient ainsi loufoquement emballés, et pourquoi, parmi ces chrétiens, il y avait eu proportionnellement tant de protestants.C'est précisément la question que s'est posée dans son livre l'Esprit prolestant, M. Gaston Mercier qui lui-même est protestant. Il établit chez ses coreligionnaires, une différence profonde entre les orthodoxes, chrétiens, et les libéraux, non-chrétiens et quelquefois anti-chrétiens, et s'efforce de montrer que ce sont les libéraux, alliés dès la première heure des meneurs du mouvement, qui ont fini par séduire et compromettre les orthodoxes. Au surplus, dans l'espèce, le petit troupeau, comme disait Mazarin, était plus spécialement exposé à laclavelée dreyfusarde :1a vanité de l'intellectuel et l'atavisme du protestataire, la manie du libre examen et la lypémanie de la persécution, tout conspirait pour troubler nos frères séparés, mais ceux qui eurent assez de bon sens et de vertu pour résister n'en méritent que davantage le respect de tous.
En fait, il n'est pas juste de parler de péril protestant, comme on parle du péril juif. Celui-ci n'est que .trop réel, soit qu'il s'agisse de Thétairie des grands financiers cosmopolites, soit qu'on pense tout simplement à l'israélite ordinaire, honnête homme et i3on père de famille, mais si indifférent, de par sa j'ace, à nos communs sentiments héréditaires que certaines fonctions publiques ne devraient, en vérité, lui être confiées qu'avec précaution. Mais le protesant, lui, n'est-il pas de notre sang et de notre âme?
On lui reproche parfois un patriotisme écourté; pendant tout le moyen âge, son attente de la Réforme l'empêche d'aimer pleinement notre grande France à nous, et à partir de la Réforme, son zèle pour le Parti le rend hostile, donc injuste, pour tous nos rois. Et cela est vrai. Mais, est-ce que, depuis 1789, les catholiques n'ont pas de même un patriotisme contracté, et ne voudraient-ils pas arracher de notre histoire la constitution civile du clergé, je suppose, comme les protestants la révocation de l'édit de Nantes ?
A vrai dire, le tort du protestantisme français est de n'avoir pas triomphé il y a trois cents ans. Si cela avait eu lieu, un patriotisme protestant serait né en France comme il en naquit un en Angleterre. Mais de par sa défaite, le huguenotisme se trouva chez nous avoir tort; pour comble de malheur, les autres puissances de culte réformé se trouvent aujourd'hui nos pires ennemies, l'Angleterre sur mer, la Prusse sur terre ; le dévot protestant nous est donc un peu suspect, alors que le dévot catholique ne l'est pas, ses sympathies pour l'Italie ou l'Espagne nous laissant calmes. Ajoutez à cela le fait que beaucoup de religionnaires français sont naturalisés depuis peu, venus de Suisse, d'Allemagne, du monde anglo-saxon, que certains ont été jusqu'à écrire ceci qu'il valait mieux que Madagascar fût aux mains des Anglais protestants que des Français catholiques ; tenez compte surtout de cette série de malentendus, de maladresses et de malaventures qui ont fait dans l'Affaire, de tant d'entre eux, les alliés de la bande trouble de rastaquouères et d'anarchos qui s'est si