ALSACE-LORRAINE
reuse. Le Père Gratry disait : « L'Europe est en état de péché mortel depuis le partage de la Pologne. » Puis les provinces baitiques, y compris la Finlande et le Slesvig. L'Irlande, et peut-être l'Ecosse. L'Italie irredenta. La Roumanie non roumaine. Toutes les petites chrétientés des Balkans. On voit que l'Alsace-Lorraine n'est pas seule à attendre le jour réparateur. Ce jour, quand luira-t-il et comment ? C'est le secret des dieux, patientes quia œterni. Dire qu'en 1848 tout aurait pu s'arranger si facilement 1 Mais les républicains français n'ont vraiment pas de quoi être fiers devant l'histoire. Ceux de 1793 ont tout ruiné, y compris la Pologne, et ceux de 1848 n'ont rien relevé. Encore auraient-ils pu mettre la main à la pâte. Aujourd'hui nous en sommes réduits à faire des conjectures. Les États-Unis d'Europe ! Pauvre Victor Hugo, s'il revenait, il trouverait qu'ils s'éloignent plutôt. Quant à la question qui nous préoccupe, nous, plus vivement, les avis diffèrent ; les gens d'un optimisme robuste rêvent d'un État indépendant bilingue, comme le Luxembourg ou la Suisse, tandis que d'autres, d'une confiance plus vigoureuse encore, ne reculent pas devant la solution nietzschéenne qui, du moins, comporte crânerie et élégance. Qui sait? je vois d'ici Jaurès et Hervé maîtres du pays et envoyant les hommes par cent mille sur le front tout en fumant d'exquis cigares et en tonitruant de patriotiques proclamations. Plaisanterie à part, tout se voit. « Tourne, tourne, roue fatale ! » comme chantaient les paysans de Jean de Leyde. J'ai proposé, pour mon humble part, une autre solution: proclamer roi de France le kaiser Guillaume qui
n'aurait plus ainsi de raison de conserver à l'Alsace- Lorraine son caractère de terre d'empire. Guillaume de Brandebourg serait à la fois empereur d'Allemagne, roi de France et prince d'Austrasie. L'Alsace- Lorraine, justement, servirait d'arbitre entre les nouveaux pays-unis, et du coup l'union serait possible et durable. L'ombre de Charlemagne présiderait à ce revenant d'empire d'Occident franco-tudesque, et n'est-il pas curieux, à ce propos, que français soit un mot germanique et teuton un mot celtique? L'Austrasie redeviendrait, comme il y a mille ans, le centre de l'Europe, et l'empereur serait peut-être en son cœur plus encore le prince des pays alsaciens-lorrains que celui des États allemands ou des républiques françaises. Les trois pays auraient un Conseil fédéral commun auquel les autres pourraient adhérer peu à peu ; ainsi Guillaume deviendrait le Solimagne de l'Europe. Je dois à la vérité de reconnaître que l'idée, qui est aussi celle de Vacher de Lapouge, n'a trouvé aucun écho ni d'un côté du Rhin ni de l'autre.
Amour.
M. Léon Blum a nettement vu les inconvénients de notre matrimoniat, et c'est pour y remédier qu'il a écrit son livre Du mariage. On se marie sans se connaître assez, de là des surprises, des heurts, des divorces, qu'il serait vraiment bien facile d'éviter. Il suffirait de secouer ces vétustés préjugés qui ne tiennent à nous, comme la pudeur, que par des épingles, suivant le mot charmant d'une marquise d'autrefois, et de permettre enfin aux demoiselles ce qui est si communément toléré chez les damoiseaux. Lorsque