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FÉDÉRALISME

Marseille vers l'Italie, Bordeaux vers l'Espagne, Nantes vers l'Amérique. Enfin à des réalités historiques; dans l'ancienne Gaule, la Province, les Aquitains, les Éduens, la Celtique, l'Armorique, la Belgique, les Rèmes. Plus tard, la Neustrie, PAuslrasie lia Burgondie, la Gothie, la Vasconie, l'Aquitaine, l'Armorique. Plus tard, les provinces : GascogneiGuyenne ; Languedoc-Provence ; Bourgogne-Dauphiné ; Champagne-Lorraine; Flandre-France-Normandie; Bretagne-Poitou ; Berri-Bourbon- Auvergne. Aujourd'hui, enfin, nos sept pays correspondent aux grands réseaux de chemins de fer qui font les groupes de peuples comme les faisaient autrefois les leuves : l'Est, le Paris-Lyon-Méditerranée, le Midi, 'Orléans, l'État, l'Ouest et le Nord.

Ce chiffre réduit, sept, préviendrait toutes jalousies entre villes d'égal second ordre. Des nouvelles métropoles, quatre, Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, sont au-dessus de toutes réclamations ; Nan- .es et Nancy n'en soulèveraient pas davantage, je irois ; quant à Bourges, sa modestie même désarme- 'ait les envies. Au surplus, il serait facile, pour apai- »er les susceptibles amours-propres des villes secondaires, de décider que chaque parlement régional changerait tous les ans de résidence, à la façon des 'ongrès scientifiques ou internationaux. Le parlement du Midi se réunirait une fois à Perpignan, une ois à Carcassonne, une fois à Montpellier, etc.

Que] inconvénient y aurait-il à ce qu'il y eût sept petits parlements, et que les conservateurs eussent la majorité dans celui-ci et les révolutionnaires dans peltti-Jà ? Ce serait au contraire le meilleur moyen

de juger des arbres d'après leurs fruits. Le Parlement national n'en fonctionnerait pas moins pour les questions de douanes, d'impôts, de relations extérieures, de défense nationale. La Constitution se contenterait, pour les Chambres, de fixer le nombre des représentants, et chacun des sept pays choisirait les siens d'après le mode qui lui conviendrait. Le Midi pourrait rester fidèle au scrutin d'arrondissement tandis que la Garonne reviendrait au scrutin de liste, mais la basse Loire pourrait essayer de la représentation proportionnelle des minorités, et la basse Seine du vote des femmes, et la haute Seine de tel autre mode plus nouveau encore, cooptation, tirage au sort, désignation de droit. Si l'on craignait l'excès de variété, on pourrait maintenir à la Cour de cassation le droit de corriger les lois électorales qui seraient en contradiction avec nos principes de société moderne. De même, si on ne pouvait se résigner à l'idée que le divorce pourrait être permis au nord et défendu au midi, ou la peine de mort usitée à l'est et désuète à l'ouest, ou les Universités libres ici et en tutelle là, on pourrait se contenter de donner aux parlements locaux le droit de suspendre, pendant la durée de leur législature, l'application des textes d'ordre intérieur. C'était le pouvoir qu'avaient autrefois, dans leurs ressorts, les Parlements, quand ils refusaient d'entériner les ordonnances du roi.

Féminisme.

En un temps où les conditions économiques changent du tout au tout, il serait anormal que le rôle de la femme ne se modifiât pas. Celui de l'homme a

bien changé. Autrefois le pauvre hère seul travaillait ; dès qu'on avait un lopin de terre au soleil, on vivait noblement, c'est-à-dire qu'on ne faisait rien, alors qu'aujourd'hui tout le monde prend une profession, sportsman, courtier d'assurance ou bureaucrate. Il est probable, de même, qu'en ce qui concerne la femme, le type normal de la ménagère uniquement occupée de ses enfants, c'est-à-dire oisive à peu près toute sa vie, deviendra exceptionnel. Il est préférable, d'ailleurs, que la femme, même mariée, aille à l'atelier ou au bureau, plutôt que de rester dans son pauvre logement à se chamailler

I avec les voisines ou à potiner chez la pipelette; mais il faudrait que sa journée de travail fût beaucoup

1 plus courte que celle de l'homme, pour qu'elle ait le temps de faire son ménage et de préparer le repas de la famille : quatre heures, six au plus, hors de chez elle. Les grandes administrations publiques

| devraient ici donner l'exemple. Quand elles sortiront du Crédit Lyonnais ou du Ministère à quatre heures, les dames pourront mener de front leurs devoirs mondains et leur travail professionnel, et elles souriront des airs offusqués de leurs mères à l'idée que Ides jeunes filles de bonne famille pouvaient gagner leur vie personnellement...

11 y a des professions féminines encore aujourd'hui inférieures et qui sont destinées à un relèvement prochain, celle d'infirmière tout d'abord; le jour où les infirmières d'hôpitaux auront, comme les nurses anglaises, leur chambre particulière, au lieu de la promiscuité du dortoir, beaucoup de jeunes filles (pourquoi pas toutes celles qui naguère se faisaient

gardes-malades?) prendront ce métier ; on ne voit pas non plus pour quelle raison la pharmacie ne deviendrait pas exclusivement un métier de femme.

A ce moment-là, le malentendu actuel des sexes aura disparu. Aujourd'hui les jeunes gens hésitent à épouser des jeunes filles qu'ils pressentent vaines, oisives et dépensières. Le jour où les jeunes filles travailleront, il n'en sera plus de même. Quant à croire qu'on arrivera à quelque chose « en s'engageant dans le sentier de la guerre », c'est s'exposer à de grosses déceptions; les femmes qui battent leurs maris ont grand'chance de recevoir à la fin une bonne trempée, et celles qui sont trop à cheval sur la règle font le succès des irrégulières ; l'homme ne quitte son foyer que quand on le lui rend odieux. 11 estmême consolant de voir qu'en dépit de tout, l'homme fait, en somme, les lois pour la femme. La monogamie notamment n'est pas dans notre intérêt, et on plaint les pauvres sottes qui demandent le divorce facile et l'union libre; ce sont, il est vrai, le plus souvent des spinsters ; la vraie femme qui connaît la vie change d'idées là-dessus, et les deux sexes traversent alors l'existence en alliés et non en ennemis.

« Un mariage modeste, dit Nééra, la George Sand italienne, même pas des plus heureux, mais fécond, vaut encore mieux qu'une existence solitaire ai milieu des richesses, des plaisirs, de l'étude ou d( n'importe quelle compensation. » Et je crois qu'aucune femme, ayant l'âme un peu bien située, m s'inscrira en faux contre ceci. Malheureusement i se trouve de plus en plus des femmes ayant c< que j'ai dit mal situé. Tota mulier in utero, disaien

nos pères ; in vaginâ, rectifient assez de leurs filles ; car celles-ci ne veulent plus d'enfants, sans cracher d'ailleurs sur le fellator, ni même sur la fellatrix, plus sûre, d'où je crois bien l'explication des progrès de Pantiphysisme. Ni épouses, ni mères ! cla- > ment les plus enragées ; épouses jusqu'au : Haltelà, mon ami! concèdent les autres. Et c'est là un fé- 1 minisme contre lequel il est bien difficile de lutter ; dans la débâcle de toutes les idées de sacrifice, de ! patriotisme, de religion, il n'y a plus que la bonne 1 mère Nature sur qui on puisse compter ; comme pres- ! que toutes les fillettes ont leur poupée, presque tou- I tes les femmes auront un baby ; ce n'est pas bien 1 brillant, je l'avoue, mais qu'y faire? Il y a, toutefois, d'autres féminismes sur quoi on pourrait discuter. ' L'un a aujourd'hui atteint son but, puisque toutes I les professions libres sont ouvertes aux femmes. Un ' autre travaille à leur donner les fonctions publiques ; et les prérogatives civiques ; je ne vois, pour ma part, aucun inconvénient, au contraire, à ce que la femme soit électrice et même éligible. Pour les fonctions publiques, il en est que la femme ne rem- I plira jamais, officier par exemple, ou patron d'hom- ; mes (pourtant, au moyen âge, il y eut des monastères mixtes où les religieux obéissaient aune abbesse) I et d'autres que la femme remplirait très bien : rece- | veurs d'impôts, notaires, bureaucrates; même parfois ) mieux que l'homme: professeurs déjeunes enfants ! ou visiteurs de l'Assistance publique. Pour la magistrature, c'est plus délicat ; je crois pourtant que Laines femmes d'un sang rassis siégeraient fort bien dans un tribunal ou un jury, mais en minorité,

et non sur un siège de juge unique comme le juge de paix. En théorie donc je marche avec les féministes à tout crin. Mais dans la pratique je pivote avec la sage, avec l'excellente Nééra. Je crois qu'une créature, quel que soit le sexe, qui ne veut pas avant tout son bonheur est un monstre, et qu'une femme qui fait consister son bonheur à elle dans du papier noirci, ou de la toile barbouillée plutôt que dans l'amour et tout ce qui s'en suit, est une sotte...

La lutte des sexes, modérée encore en France, s'accuse bien davantage dans certains pays. Aux États- Unis, on sait qu'elle revêt un caractère d'acuité particulière. L'Australie, la Nouvelle-Zélande sont aussi des terres sacrées pour le féminisme. Et la Suède, si j'en crois M. Marc Hélys, n'a rien à envier à personne. C'est du Nord que devrait nous venir la lumière libératrice ; aucune femme n'est, paraît-il, plus indépendante, plus sérieuse, plus méritante que la Suédoise. Les étudiantes d'Upsal accueillent avec de grands éclats de rire ce que leur racontent leurs camarades de retour de Cambridge, que là-bas les étudiantes anglaises ne sortaient qu'accompagnées d'un chaperon. Non que ce soit par goût d'une liberté malsaine, comme chez trop de nos Françaises; rien ne leur semble même si fade que nos romans condamnés à perpétuité à l'adultère. Avec cela, d'ailleurs) pas de sotte pudibonderie ; la sage et harmonieuse gymnastique suédoise a eu sur ces froids rivages le même heureux effet que l'éducation grecque sur les bords ensoleillés de l'Archipel ; le bain est le spor.t national, et filles et garçons le prennent en commun et sans préoccupation de costume; en été, chaque

anse, chaque crique, dans la campagne, offre à l'étranger des spectacles inattendus. « A Stockholm, dans la partie de l'école réservée aux femmes, c'était la même paradisiaque simplicité, et sous le soleil éblouissant, dans cette eau cristalline et pâle, c'était une joie pour les yeux de voir s'ébrouer ces belles chairs blanches et roses. » Mais, dans ces pays presque polaires, l'amour n'a rien de sensuel ; la Séraphita de Balzac est toujours vraie. Quand Cleo de Mérode alla danser sur un théâtre de Stockholm, elle excita une véritable frénésie admirative, son type gracile et mystérieux est si loin de la beauté robuste et un peu trop nature peut-être des jeunes femmes de là-haut 1 mais ce fut une frénésie platonique, et les monceaux de lettres qu'elle reçut de ses adorateurs désintéressés ne contenaient rien de ce que d'autres amateurs de Paris ou de Bruxelles lui auraient expressément révélé.

La conséquence d'un pareil féminisme, c'est qu'est totalement inconnu en Suède le demi-monde, tel, hélas ! que nous le connaissons, et tel que nous le rêvons à travers Alexandrie et Gorinthe. Ah ! nous sommes loin des Ghrysis et des Thaïs. Il faut dire qu'on étend trop le sens des mots malsonnants quand on parle de l'antiquité et qu'il n'était pas plus facile de coucher avec Aspasie qu'avec Mm* de Pompadour. Mais dès qu'il y a gynécée ou abus de mariage officiel, lacourtisane reprend ses droits. Dansles sociétés ,comme les anglo-saxonnes où les relations entre jeunes gens sont faciles et où les mariages se font vite et librement, le demi-monde est réduit, c'est le jcas de le dire, à la portion congrue. Si de par le fémi-

nisme croissant le mouvementse dessineen ce sens, ce sera parfait. C'est une note favorable du temps actuel. Une autre est l'atténuation et la diminution des maladies vénériennes; les causes en sont multiples» et certaines ne pourraient être expliquées qu'en latin; le résultat n'en est pas moins consolant. Il sera tout à fait heureux quand on aura trouvé, ce qui ne tardera guère, paraît-il, le vaccin préservateur. Mais ne sera-ce pas la revanche de ce vivace demi-monde, et, une fois délivrés de toute crainte salutaire, nos jeunes gens ne se précipiteront-ils pas tous vers «l'omnibus de Corinthe » ?

Fourier.

Je ne sais pas pourquoi les fouriéristes baissent la voix quand ils arrivent à ce qu'on appelle communément les extravagances de Fourier. En vérité, l'organisation planétaire, les coïts d'astres, Mercure copulant avec la Terre, d'où la fraise, et la Terre avec le Soleil, d'où le raisin, tout cela est admirable ! Ni Jaurès ni Sorel ne tiennent devant ça 1 Hélas ! en fait de phalanstère nous n'avons que l'usine de Guise, d'où sortent d'effroyables fourneaux économiques, et l'École de Cempuis, si tant est qu'elle existe encore, et où vraiment tout n'était pas à louer si j'en crois la dernière enquête sur la dépopulation, de la Réforme sociale. Passe sur les piscines où jeunes gens et jeunes filles se baignaient ensemble dans la plus complète nudité, le spectacle ne devait avoir rien de désagréable, mais que dire de ces water-closets où les portes n'allaient qu'à mi-hauteur, et ceci non par en bas, mais par en haut ! L'inénarrable

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