FRANCE
Robin répondait à Maurice Spronck, qui ne pouvait retenir son étonnement: « On a tant de peine à vaincre chez les enfants le sentiment de cette sacrée pudeur ; ils veulent au moins se cacher la figure 1 » Voilà un nu qu'il serait bien difficile de qualifier d'idéal ou d'athénien, et je veux croire que ce n'est pas ce genre de spectacle que certains esthètes approuveraient sur les scènes de VApollo ou de YOlympia,
Quoi qu'il en soit, comme rêveur, Fourier est autrement sympathique que Cabet. D'abord, il n'a pas essayé de réaliser sa Salente, de sorte qu'il n'a pas sur la conscience les désastres causés par son confrère, et puis, quelle différence entre le morose puritain Cabet et l'aimable Fourier, ce produit incestueux d'une poétesse et d'un chef de bureau ! Icarie> même en rêve, est à fuir, avec ses maisons hygiéniques, ses menus « identiques pour tous » et ses vêlements promulgués par une commission : « Chaque coiffure est tellement combinée qu'elle peut se rétrécir ou s'élargir à volonté et convenir à presque toutes les têtes sans qu'il soit nécessaire de prendre la mesure de chacune d'elles. » Ah oui, cent fois plutôt le phalanstère, et cette évolution du cosmos vers l'Harmonie, où « le soleil, à la place de la souillure fumeuse nommée lumière zodiacale, aura une auréole nuancée moirée » et où trois planètes plus particulièrement méritantes « seront promues en grade et élevées au prosolariat » !
France.
Voici un oiseau rare, un livre sur la France et qui
en dit du bien. Il est vrai qu'il n'est pas d'un Français. L'auteur est M. Novicow, d'Odessa. Son livre, l'Expansion de la nationalité française, coup d'œil sur l'avenir, est un acte de foi, un appel à l'espérance, faut-il ajouter une formule de charité ? N'importe, qu'il soit le bienvenu ! Notre défaut national est de broyer du noir, ce qui vaut peut-être mieux que d'en rôtir tout vif comme aux États-Unis, mais ce qui est édentant à la longue. Donc ce bon scythe assure que nous aurions tort de nous décourager, que, même en tenant compte de l'accroît des autres peuples et de notre décroît à nous, on comptera toujours à la fin du xxe siècle, 200 millions de « parlant français ». que notre caractère restera le plus charmant du monde, notre langue la plus claire de l'univers, notre Paris le séjour le plus enchanteur qui soit sous les cieux, et qu'ainsi notre part continuera à être fort enviable. Soit, mais la part de tels autres, qui fut la nôtre, sera plus enviable encore, et nos enfants devront recourir à toute leur philosophie pour en garder une parfaite bonne humeur. Mais, au fait, sous ce dernier rapport, ne vivons-nous pas d'une antique réputation? La politesse et l'amabilité des Français, j'ai peur que ce soit là le vieux jeu. Du moins les étrangers, ici, nous ont-ils rejoints. J'ai toujours trouvé, pour ma part, les Anglais très hospitaliers, les Allemands très prévenants, les Italiens presque trop démonstratifs. Voilà donc une de nos supériorités qui s'efface. La langue? A côté de ses mérites, la nôtre a ses désavantages dans la lutte pour la vie ; elle n'est que latine, alors que l'anglaise est à la fois latine et germanique. Et puis,