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FRANCE

ver le mouvement c'est démarcher. Or ceci ne dépend que de nous, et pour l'instant nous aurions d'autant plus tort de ne pas avoir foi dans l'avenir que l'avenir se met en frais pour nous, et pour les autres déshérités pays de montagnes que M. Demolins affirmait être les repaires de l'esprit communautaire. Il semble bien que la prochaine grande industrie se portera vers les régions de cascades, de torrents, de glaciers, où la houille blanche, comme on aime à dire maintenant, produit gratuitement la force motrice, et le coup sera rude pour certains lieux. On se demande ce qui restera, dans quelques années, des prophéties dont on nous a rabattu les oreilles sur la supériorité fatale des pays anglo-saxons et la victoire inévitable des nations protestantes, puisque le massif énorme des Alpes est à peu près tout entier aux mains de peuples néolatins ou catholiques. Heureusement pour nous Français, notre morceau d'ossature à ronger n'est pas sans moelle ; nous avons en réserve dans nos montagnes 10 millions de chevauxvapeurs dont nous n'utilisons encore que la quarantième partie, et qui représente beaucoup plus i que toute la force motrice, 6.300.000 chevaux, dont I dispose notre industrie totale...

Des deux côtés de la Méditerranée, les forces nou- 1 velles françaises sont en plein développement ; dans ! les deux dernières années 1906-08, le commerce exté- ! rieur de l'Algérie-Tunisie a haussé de 25 0 '0 ; il dépasse le milliard, ce qui pour les 6 ou 7 millions d'habitants, presque tous en guenilles, de la région, est plus ; beau que les 11 milliards et demi de notre commerce à nous autres, 38 millions de Français du continent,

et tout fait prévoir que le mouvement ascensionnel va s'accentuer dans tous les sens, peuplement comme travail, et exploitation comme civilisation. Mais la situation de la mère-patrie n'est pas fâcheuse non plus, ou du moins ne l'est pas autant que le disent certains pessimistes ; ce chiffre de 11 milliards et demi, très beau en lui-même, est d'autant plus remarquable qu'il y a trois ans encore, le total de nos importations et exportations n'était que de 7 à 8 milliards, chiffre où nous semblions bloqués depuis plus de vingt ans, et que, grâce à un ensemble d'heureuses conjonctures (goût grandissant des fils de famille pour les entreprises à l'étranger) et d'habiles mesures (création de l'Office central du commerce extérieur, des attachés commerciaux à nos consulats, etc.), il y a lieu de penser que cette reprise de notre activité économique ne s'arrêtera pas là. 11 n'est pas jusqu'à notre agriculture qui ne se montre, au total et en dépit des crises partielles dont la plus grave est la crise viticole, en plein progrès. La masse des produits du sol a presque triplé depuis le commencement du xixe siècle, et ce chiffre seul est une réponse suffisante à des lamentations trop peu courageuses. Sans doute rien n'est parfait, et partout et toujours des améliorations sont possibles ; nos agriculteurs pourraient tirer plus de parti encore de leur terre, comme nos capitalistes de leur argent; surtout nous devrions tous travailler à remédier à l'infériorité de certaines de nos situations; le manque de houille et de minerais nous fait un devoir de hâter l'aménagement de nos forces hydrauliques; l'absence de fret lourd nous oblige à des mesures particuliè-

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