‹ Pour causer de toutChapitre 58 sur 138 · GOUVERNANT · texte numérisé non relu

GOUVERNANT

res pour favoriser notre marine marchande (et je ne fais certes pas allusion ici aux primes) ; la timidité foncière de nos capitaux devrait être combattue par le développement d'une classe nouvelle de banquiers locaux intelligents et honnêtes. Ah I si le pays se guérissait de la diathèse politicienne qui lui vaut le parasitisme tant bourgeois que prolétarien, le gaspillage électoral, l'abus du fisc, le goût du fonctionnarisme, la manie de la centralisation, la sottise du suffrage universel accordé aux indigènes de nos colonies, et tant d'autres maux i

Gouvernant.

On a tant dit de mal du gouvernant, de la folie fatale du pouvoir, qui le guette, du vice inhérent à toute autorité qui le ronge, que cela vous donne envie de prendre sa défense à ce pauvre homme I

En un sens, tout gouvernant, en tant que gouvernant, est bon. Désir de bien faire, loyauté, désintéressement, dévouement, il est rare qu'il n'ait pas 'toutes ces qualités-là. Que de tristes dauphins, que de déplorables princes de Galles sont devenus d'exicellents rois, du jour au lendemain ! Etque de fâcheux leaders d'opposition, de mauvaise foi, fielleux, cyni- Iques, sots, se sont transformés instantanément en premiers ministres pleins de prudence, de sagesse et ^d'esprit pratique I II n'est rien de tel que de tenir la queue de la poêle pour chercher à ne pas renverser Ha friture en ébouillantant les voisins.

Ce qui est dangereux, c'est celui quin'est pas encore gouvernant, et celui qui craint de cesser de l'être. Que ne ferait le premier pour arriver àsonbut?L'am-

bition a certainement entassé plus de cadavres dans l'histoire que la tyrannie intégrale. Les plus féroces aventuriers de la Renaissance italienne, une fois maîtres — Dieu sait comment I — de leurs seigneuries devenaient des souverains très supportables. Mais à condition que leur puissance, ce qui voulait auss dire, en ce temps-là, leur vie, ne fût pas en jeu. Alors ils se réveillaient terribles.

Si la tyrannie n'a pas fait le quart des victimes d* l'ambition, l'ambition à son tour n'a pas causé 1( dixième des horreurs qu'a engendrées la lâcheté I Oi va chercher bien loin l'explication du terrorisme ré; volutionnaire; elle est tout entière là : tuer pour n pas être tué. «Entre des gens qui voudraient bien pen1 dre et des gens qui ne veulent pas du tout être per dus, disait Mme de Staël, la partie n'est pas égale. Il y aurait eu un moyen d'arrêter la Terreur, dès 1 premier mois, c'eut été de proclamer les convention nels inamovibles. C'est un peu ce qu'a fait Bonapart» D'où l'amélioration subite du pire personnel polit que qu'ait jamais vu l'histoire. L' « homme de proie devint, d'un coup de baguette, bon gouvernant.

Gouvernement.

Un gouvernement ne peut pas faire grand bie i c'est vrai, mais il peut faire grand mal. C'est trop ( reposer sur l'automatisme social que de le croi; capable de paralyser à lui seul toutes les folies d politiciens ; le corps civique, comme le corps humai-, n'est capable que d'une certaine réaction ; il ne fa pas jouer avec certains toxiques, et nous jouons tr< avec trop depuis trop.

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