‹ Pour causer de toutChapitre 60 sur 138 · GRÈVES · texte numérisé non relu

GRÈVES

bien des événements purement politiques. Si Cyrus se jeta aussi impétueusement sur Crésus, c'est que celui-ci, en frappant des monnaies d'or, avait proclamé par là sa rébellion vis-à-vis des anciens souverains de Ghaldée dont la Lydie était tributaire et qui avaient pour héritier Cyrus. — Maintenant, l'histoire grecque est-elle faite pour servir uniquement de thème à la science sociale, et n'a-t-elle pas en elle, dans ses légendes surtout, une vertu propre qui fait que la guerre de Troie, par exemple, est plus belle encore quand on ignore, ou quand on oublie, que tous ces rois étaient de simples pirates, c'est toute une autre question.

Grèves.

La grève, c'est une guerre, qui n'est bonne qu'à l'état de menace, et qui ne peut réussir que si elle est bien préparée, bien engagée et bien conduite, et qui, même alors, fait payer très cher aux belligérants ses avantages. Leur en procure-t-elle même ? M. de Seilhac estime que oui. « Ne voit-on pas que c'est grâce à l'exercice de la grève organisée que les ouvriers anglais ont obtenu les salaires les plus hauts de l'Europe? » Je crains que la réponse à donner soit moins simple. Je ne suis pas sûr, non plus, que la jugulation préventive des grèves, comme dans la Nouvelle- Zélande, soit un bien absolu ; à réglementer trop rigoureusement, on court risque d'arrêter toutes les énergies, les combatives comme les laborieuses. L'idéal est peut-être, ici comme pour la guerre, d'être capable de la faire et de ne pas la faire. Or, pour ne pas se battre, rien de tel que de se connaître. En tant

que belligérants, d'abord ; il est excellent que le patronat sache que les ouvriers perdent moins que lui à la grève car ils peuvent s'en tirer toujours avec des soupes populaires à quatre sous par jour que les subventions d'un peu partout leur fournissent, et que les ouvriers sachent également qu'ils perdront toujours, eux-mêmes, par le contre-coup de la ruine des patrons ou de l'appauvrissement national. En tant qu'hommes ensuite ; plus les patrons et les délégués ouvriers ont entre eux des rapports fréquents et normaux, et plus les grèves sont rares. On ne se saute à la gorge que quand on se méconnaît. Et ceci me suggère un plan subtil de pacification générale. Pour ôter toute leur âpreté aux passions politiques, ne suffirait-il pas de soustraire nos représentants à cette atmosphère artificielle et empoisonnée des réunions électorales, des comités de vigilance, des courtiers de scrutin, des énergumènes de tout poil ? Or, on obtiendrait ceci en décrétant que chaque député ou sénateur serait invité de droit à déjeuner et à dîner, chaque jour, chez un électeur différent, à la table de famille où il mangerait la soupe et le bœuf en « causantlibrement de tout sur un ton convenable», comme dit Fantasio. Le représentant, rafraîchi ainsi deux fois par jour dans un bain de naturel et de cordialité sincère, perdrait de sa morgue, de son fanatisme, de son ignorance, se réaliserait d'ailleurs des économies notables, en aimerait ses contemporains, fussent-ils de l'autre bateau, et c'est ainsi qu'un éternel printemps verrait pousser des feuilles toujours vertes à l'arbre de la Liberté !

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