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AMOUR

sincèrement aux blandices du siècle. D'autre part, car il serait excessif que la loi obligeât les beautés à une condescendance déplacée envers leurs antipodes, on répartirait toute la population, suivant la beauté, en cinq classes, l'intermédiaire comprenant la grande majorité des justiciables, et ce serait seulement dans la même classe, ou tout au plus d'une classe à l'autre, que le principe jouerait. Pour prouver qu'on désire suffisamment une personne, il faudrait, comme au temps de la chevalerie, accomplir diverses épreuves imposées par la désirée, soupirer d'une façon continue pendant un laps de temps assez long, et verser une somme égale à un multiple de la moyenne entre les contributions mobilières des deux intéressés. Tout cela serait doublé quand il y aurait candidature d'une classe inférieure à une classe supérieure. Ajoutons que les classes varieraient avec l'âge; après 40 ans on rétrograderait d'un cran ; et de 18 à 22 ans, on jouirait d'un rang supérieur. Les poètes et les artistes, même médiocres, gagneraient une classe et aussi les savants et les lettrés, mais de grande valeur. Chacun ne pourrait exiger l'acte de charité que trois fois dans sa vie, et à trois ans de distance. Toute une organisation judiciaire serait à créer, contentieux des classes de beauté et d'esprit, des épreuves, des cadeaux, des pénalités et des dommages-intérêts. Voilà, ce me semble, qui dégote l'Icarie Léon Blum et l'Eldorado Ellen Key! C'est la vraie morale : le droit à l'amour, et, par suite, le devoir de l'amour !

Analyse sociale.

L'histoire de la hausse et de la baisse de certaines

idées serait bien intéressante. Voyez par exemple l'idée de liberté : autrefois sujet d'exécration, elle était devenue objet d'enthousiasme, nos pères ont vécu et nous-mêmes avons été élevés dans le fanatisme libéral: lelaissez-faire,laissez-passer était la réponse à tout ; il y a quelques années à peine, la liberté n'aurait pas trouvé plus de sceptiques que l'autorité il y a deux siècles. Et pourtant tout a changé, et nous commençons à comprendre que les champions de Tune pouvaient avoir aussi raison que les défenseurs de l'autre, et que ce qui importe ce n'est pas le principe mais l'esprit dans lequel on applique le principe, l'état d'âme de ceux qui l'appliquent. Les perspicaces l'avaient déjà vu, Burke par exemple, tout whig qu'il fut : « Qu'est-ce que la liberté sans la sagesse et la vertu? disait-il, le plus grand des maux possible. »

L'antithèse de la paix et de la guerre suggère les mêmes réflexions. On a tour à tour prôné l'une et l'autre, et par un surcroît de confusion, c'est souvent au nom d'un principe de paix, d'une religion par exemple, qu'on a prêché la guerre, alors que les avocats les plus ardents de la paix ont prôné d'autre part la concurrence, forme adoucie mais indéniable de la guerre. Là aussi, cependant, nous commençons à débrouiller la question, à voir qu'il peut y avoir du faux dans l'apothéose de l'une comme dans la divinisation de l'autre, que la paix, pas plus que la liberté, n'est un bien par elle-même, mais que tout dépend de l'esprit dans lequel cette paix est maintenue ou cette guerre soutenue, telles guerres étant non seulement légitimes mais encore néces-

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