‹ Pour causer de toutChapitre 72 sur 138 · LE PLAY · texte numérisé non relu

LE PLAY

qu'il faut chercher l'indication de beaucoup de progrès qui sont encore à faire : offices du travail, révision de la loi successorale, bien de famille, défense ! de la femme, recherche de la paternité, syndicats, repos du dimanche, résidence des propriétaires, vie locale ; sur tous ces points, Le Play a vu juste, toujours ou presque toujours. Je dis presque parce que, sur un point important, il me semble s'être exagéré (Iles choses ; la liberté testamentaire, qu'il regarde comme un bien absolu, comme une cause de progrès social, paraît plutôt, et surtout, précieuse comme 'symptôme de ces qualités d'énergie et d'initiative qui font la prospérité des peuples; mais quand une nation a les qualités contraires, ce serait un dangereux cadeau à lui faire. Pour nous, Français de 1906, j'ai idée que la liberté testamentaire provoquerait uniquement des captations, des intrigues, des flagorneries, des vengeances, bref, tout le contraire de cette paix sociale que voudrait louablement instaurer Le Play. Le droit d'aînesse serait, à ce point de vue, bien préférable. Avec lui, comme avec le partage forcé, pas !le contestations; tandis qu'avec la liberté testamentaire, que de procès ! Pour un père qui aurait des raisons légitimes d avantager tel de ses enfants ou tel itranger, combien qui se laisseraient entortiller par les intrigants sans scrupules, cousins, bonnes, sacristains, gourgandines l Et puis, un père a-t-il jamais jles raisons légitimes de déshériter un enfant? Quand in enfant tourne mal, c'est toujours la faute du père, riais ceci serait trop long à développer. Revenons à -e Play, cette grave et noble figure. Des fragments >ubliés dans la Réforme sociale nous révèlent un Le

Play jeune qu'on ignorait, un artiste amoureux des paysages pittoresques, et trouvant, pour dépeindre la mer de nuages du Hartz ou la flore d'une huerta du Tage, des couleurs dignes d'un maître écrivain ; s'imagine-t-on ce futur solennel sénateur lançant à pleine voix l'évocation du Chasseur noir da Freischùtz dans une vieille forêt d'Allemagne à la lueur d'une torche diabolique ? C'est là un nouvel aspect qui le rapproche de Taine, dont les idées sur beaucoup de points sont les siennes, en sociologie sinon en métaphysique.

Libéral.

« De fait, je ne crois pas avoir de ma vie rencontré un Français qui fût libéral ». Ainsi parle M. Faguet presque à la dernière page de son livre sur le Libéralisme. Ceci expliquerait la répugnance que tant d'esprits sincères ont pour ceux qui font étalage de certains principes. Défiez-vous des « libéraux », ils ont un nœud coulant dans la poche ! Le tristement comique, c'est qu'ils sont d'aussi bonne foi quand ils vous le passent au cou que quand ils s'indignaient jadis qu'on pût le passer au leur. Et sans doute il y a de grands libéraux qui sont morts d'accord avec eux-mêmes, en murmurant, comme Burke : J'ai toujours aimé la liberté des autres. Mais le malheur est que Burke fut toujours de l'opposition ; s'il avait été du gouvernement, peut-être aurait-il fait comme les camarades. Croyons d'ailleurs que non, et regrettons que M. Faguet ne tienne pas la queue de notre poêle, on pourrait danser en rond, ce qui est plus mal vu de nos jours que du temps de Louis XIV, lequel pour-

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