LOI ET CONSCIENCE
j violences et méchancetés, et une leçon de confiance optimiste en constatant que de toutes ces recherches I si intéressées finit par jaillir le bien général.
Loi et conscience.
Un livre de M. George Fonsegrive, Morale et So- Iciété, met en présence deux vieilles dames d'une hostilité bien tenace, bien difficile et bien gênante pour les esprits simplistes. Il serait si commode de ! s'asseoir sur les lois au nom de la conscience, ou de balayer rudement les consciences au nom de la loi ! Mais cela ne se peut guère, et le vieux duel de l'Individu et de l'État, des socialistes et des anarchistes, des guelfes et des gibelins, semble devoir durer aussi longtemps que l'homme. Tout ce que l'on peut espérer, c'est d'adoucir ces hostilités en résolvant, avec sang-froid et bon sens, chaque casus belli. C'est ce que fait M. Fonsegrive en s'attaquant aux plus délicats problèmes du jour. Ainsi : un officier doit-il (donner sa démission plutôt que de marcher contre des grévistes ou contre des nonnes ? Non, répond (Fauteur, « toutes les fois que la conscience se trouve en conflit avec la loi, elle doit être dans la disposition de céder». Soit 1 Sauf, ajoute-t-il, quand il s'agirait d'une loi essentiellement injuste promulguant la 'confiscation, l'exil ou la mort. Mais alors ce sont les difficultés qui reparaissent, car aucune loi n'a l'expression aussi brutale ; les pires décrets terroristes vous laissaient l'illusion que vous échapperiez à la guillotine; la révocation del'éditde Nantes, loin de pousser les religionnaires à s'exiler, prétendait au contraire les empêcher de franchir la frontière, etc.
Alors où commence le droit de légitime défense 'i L'alexandrin d'Hugo : « Tu peux tuer cet homme avec sérénité > était abominable, parlant de ce pauvre Napoléon III, mais n'aurait-il pas été approuvablei concernant Marat et autres ? Même sans aller jusqu'à ces cas sanglants, que d'obscurs problèmes ! Le « mariage de conscience », comme disaient nos pères, doit-il l'emporter sur le mariage social, les justœ nuptiœ ? Le droit de déshériter ses enfants ne doit-il pas fléchir devant l'institution sociale de la réserve, partielle ou même totale ? En vérité, les questions de ce genre sont si nombreuses, si instantes, si troublantes qu'on ne comprend pas qu'il n'y ait pas un tribunal supérieur chargé de les trancher en statuant sur la légitimité des lois, ce que j'ai appelé ailleurs « le Tribunal des Principes de 1789 ». Il y a trop de dispositions inadmissibles dans notre arsenal de textes ! N'est-il pas odieux, pour prendre un exemple en lui-même bénin, que le destinataire d'une lettre non affranchie doive payer deux timbres pour la lire ? ou qu'un pauvre diable condamné à 1 franc d'amende doive en payer 8 ou 9 avec les frais ? Je sais bien que, même avec mon filet, une loi inique pourra passer par les mailles si les juges du Tribunal des Principes tendent mal leur madrague ; mais si la perfection n'est pas de ce monde, l'imperfection en est vraiment trop.
Magistrature.
Il n'est pas de meilleur garde pour le législatif que l'applicateur de la législation. Or pour avoir des magistrats indépendants, les moyens ne manquent pas-