MONTESQUIEU Î
qui est chatouilluse. Jean-Jacques Ta compris, et les Considérations sont d'une prudence que ne laissait pas prévoir le Contrai social. N'ébranlez jamais trop brusquement la machine I répète- t-il. A chaque page abondent les vues intéressantes, parfois pué- "iles, parfois profondes. Et malgré tant d'efforts vers a sagesse, il faut qu'il déraille, qu'il condamne ce :jui aurait probablement sauvé la Pologne, l'hérédité le la Couronne, et qu'il approuve ce qui l'a sûrenent perdue, le liberumveto ! Le pauvre rêveur s'imagine qu'il remédiera à tout en déclarant celui qui iura formulé le veto responsable sur sa tête après lix mois devant sa diétine et la Diète. Ah le bon billet I , Montesquieu, Rousseau et Voltaire ont un point [;ommun,un seul, et qui les rapproche curieusement • le nous, leur anticléricalisme. Trois parties d'anti- ;atholicisme (une pour chacun), une partie de pro- .hristianisme (Montesquieu), une d'antisémitisme [Voltaire), deux qui s'équilibrent, d'antiprotestantisme yoltaire) et de pro protestantisme (Rousseau), c'est ;3ut à fait comme chez nous. On peut s'étonner seulement qu'il y ait aujourd'hui si peu de gens antijhrétiens, parce qu'antijuifs, comme fut Voltaire. f. Faguet a écrit, à ce sujet, de curieuses pages sur h tort qu'eut le christianisme à son début de se souer au judaïsme; et je crois, non pas comme lui, îais parallèlement à lui, que c'est par la déjudaïsaon progressive du christianisme qu'on peut expliuer la violence décroissante des persécutions impéales; la première fut atroce, parce que les chrétiens ,>us Néron étaient juifs ou crus tels; quand l'Empire it qu'aucun chrétien n'était plus juif, il se fit lui-
môme chrétien; il y eut bien à ce moment le soubresaut de Dioclélien et Galère, mais je crois qu'on s'en est exagéré la vivacité, ou qu'elle a été ressentie d'autant plus irritante que les chrétiens étaient déjà les maîtres de la situation ; ainsi les thermidoriens que la Convention mitraille au moment où ils vont la jeter à l'égout.
Morale démographique.
Les plus étonnants, parmi les moralistes, sont ceux qui croient de bonne foi inventer une morale nouvelle,ou tout au moins un fondement d'icelle. Hélas! voilà quelque dix mille ans qu'on n'a pas trouvé un moyen neuf de « faire litière aux sept péchés de ses cinq sens » et, vus de près, tous les Par delà le Bien et le Mal se résolvent, génie expressif à part, en quel-1 que chose d'assez vieux brevet. M. Arsène Dumont, l'auteur de la Morale basée sur la démographie, n'a, je l'espère, aucune prétention au génie expressif, mais peut-être croit-il avoir découvert le vrai critère moral. Jugez-en, lecteur : le critère, c'est la statistique. On aligne des colonnes de chiffres et on additionne. Excédent : moral. Déficit : immoral. Mais voilà le chiendent : Quels sont les facteurs à additionner pour avoir + ou — en « valeur collective » ? Faut-il mettre à droite ce que nous appelons l'honnêteté courante ? L'auteur sourirait avec dédain. Faut-il mettre à gauche l'alcoolisme et la prostitution? Ce n'est pas ça encore. M. Arsène Dumont ne connaît qu'un bien social, l'accroissement de population; qu'un mal social, l'accroissement de religiosité. Et tout devient clair ; il n'est rien de tel que de s'en-