MORALE SOCIALE
entendre encore la voix souriante et demi-ironique du philosophe : «... De deux choses l'une, ou bien la prostitution, si elle continue à être un déshonneur en dépit de son utilité, disparaîtra fatalment et sera remplacée par quelque autre institution qui remédiera mieuxaux défectuosités du mariage monogame • ou bien elle survivra, mais en devenant respectable', c'est-à-dire en se faisant respecter bon gré, mal gré' 3e qui pourra se produire peu à peu, quand elle sera syndiquée, organisée en corporation puissante, où 'on n'entrera qu'en offrant certaines garanties' où |eront cultivées certaines vertus professionnelles'qui lèveront le niveau moral des sociétaires... >
florale sociale.
M. Paul Bureau se défend d'avoir voulu soutenir, ans sa Crise morale des temps nouveaux, que l'obervation de la loi morale suffît à rendre les peuples rospères, mais il conviendrait vite, je crois, que cette îobservation décide de leur ruine. Et comme par loi lorale, il entend non pas l'ensemble des prescripons du Code pénal, mais le petit et strict domaine îs bonnes mœurs, sa thèse prend un caractère qui >ur paraître à d'aucuns d'un rigorisme excessif,' en est pas moins à considérer. L'indépendance des «K domaines, le social et le moral, est depuis Mantille un pont aux ânes si fréquenté que c'est la •nne vieille opinion bourgeoisante qui prend une veur de paradoxe. Il est vrai que ce paradoxal-là : bien réfrigérant, et que, quelque ami soit-on de ites les singularités, on hausse des sourcils circonxes en entendant parler des « hontes > du bal de
l'Internat et du bal des Quat'z'arts. Non seulement, il ne nous semble pas, dans ce libre et ineffarouchable Mercure, qu'il soit honteux pour de jeunes rapins de porter leurs modèles en triomphe, mais encore admettrions-nous volontiers, à condition qu'ils fussent très artistiques, tels spectacles théâtraux auxquels on n'est pas encore habitué : la vue d'une belle fille nue immobile est dix fois plus convenable que les tordions et les flonflons d'une acteusecongrûment habillée. Toutefois il n'en reste pas moins que le relâchement des mœurs en général est blâmable, toute pudibonderie mise à part, et que les faits immoraux précis que vitupère l'auteur (union libre, malthusianisme, vices contre nature, etc.) sont des dangers sociaux; seulement, où le danger social ne s'embusque-t-il pas ? M. Paul Bureau avoue très loyalement qu'il peut se cacher derrière la famille, la patrie, la religion. « De très honorables pavillons couvrent parfois de très médiocres marchandises. > Voilà qui donne à réfléchir. Sans doute, un peuple composé uniquement de saints ne pratiquerait ni ceci ni cela, mais les saints n'ont jamais été bien nombreux, et trop de préoccupations de la morale ne conduit souvent qu'à l'hypocrisie (Voir la Genève de Calvin). Et puis, n'exagérons pas ! L'union libre se heurte, heureusement, à l'instinct monogame stable qui est aussi fréquent et aussi naturel chez les hommes que chez les femmes; les plus raseurs champions du divorce ne demandent que le pot-au-fei dont le destin les a privés. La faible natalité viei moins du malthusianisme que de l'impuissance, fille de certains états morbides qui ne naissent pas nécej