‹ Pour causer de toutChapitre 81 sur 138 · NATIONALISATION DU SOI · texte numérisé non relu

NATIONALISATION DU SOI

sairement de la débauche. Sans compter que divorce et restriction peuvent parfois être légitimes. Il n'est pas jusqu'au troisième vice que je citais qui ne puisse, comme tout ici-bas, avoir son côté utile : si les chevalières de la galanterie vénale s'y adonnaient, cela leur faciliterait l'établissement de syndicats unisexuels qui les dispenseraient de recourir chacune à un souteneur, et le gain pour la sécurité publique serait appréciable. Dans tous les cas, et même ces diverses immoralités tenues pour dignes d'anathème, il paraîtrait difficile d'aller jusqu'à dire avec l'auteur : « L/anti-patriotisme est moins grave. » C'est mettre ses conjonctures à bien haut prix que faire bouillir tout vifs les vert-galants et les dru-clysopompants quand on est ainsi pétri d'indulgence pour les entrepreneurs de sabotage de mobilisation.

Nationalisation du sol.

Le socialismeagraireest moins bouillonnantaujourd'hui que du temps de Gracchus Babeuf parce que le sol n'est plus l'unique, ni peut-être la principale, source de richesse, et que parfois même il est source d'appauvrissement. Il n'y a que les disciples de Collins qui restent intraitables sur ce chapitre. Ils forment, s'ils existent encore, un groupe sincère et convaincu ; groupe peu nombreux, il est vrai ; ils étaient bien naguère six ou sept, ou dans les grands banquets huit ; aussi M. Jaurès leur souriait-il sans jalousie. Quant à leur nationalisation du sol, est-il besoin de dire qu'elle était enfantine ? Même en supposant que l'État s'empare du sol en se gardant d'indemniser les propriétaires actuels (car sans confis-

cation ce n'est vraiment pas la peine), il ne tirerait de l'opération qu'un revenu maximum de3 milliards; or il lui en faut 5 ; l'avantage de ne plus payer que quarante sous d'impôt par écu ne vaudrait pas l'inconvénient pour tout propriétaire d'être supprimé ; on comprendrait plutôt le contraire sous forme de loterie à 2 francs le billet avec des millions de champs et de fermes pour lots. D'autant que l'État sûrement ne retirerait pas de son nouveau domaine les 3 milliards qu'en soutirent actuellement ses détenteurs ; même pour les immeubles urbains où il se défendrait le mieux, songez à l'accroissement de frais, perception, inspection, réparations et législation : exemption des petits loyers, atténuation des autres, embellissement des loges de concierges promus fonctionnaires ; je prévois un déchet d'un tiers. Et pour les campagnes, un des deux tiers. On aura beau recourir à l'adjudication publique, et multiplier les garanties, le paysan ne donnera pas au percepteur ce qu'il paie au propriétaire. L'avantage final sera de payer enfin trois ou quatre sous de moins par franc, et il y aura 2 millions de propriétaires complètement ruinés et 1 million fortement appauvri. La belle combinaison !

Il n'y a pas moins quelque aveu à faire ; en un temps où les convictions et les sympathies sont si peu respectées, ons'étonne que les propriétés le soient tant. J'ai le droit, Gouvernement, de m'asseoir sur les minorités, de mettre hors la loi tous ceux dont le nez me déplaît, et je ne peux pas ouvrir une rue ou rebâtir un quartier infect si je n'ai pas quatre fois plus d'argent qu'il n'en faudrait ! La procédure d'expropriation est à refaire, et dans un sens très étatiste,

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