‹ Pour causer de toutChapitre 84 sur 138 · ORIENT ET OCCIDENT · texte numérisé non relu

ORIENT ET OCCIDENT

d'éons dont il faut tenir compte. La distinction du moral et de l'immoral n'est pas en outre la môme que celle de la magnanimité et de la bassesse ; c'est là sncore un autre duel de principes hostiles. Et tous ces étages d'âmes sont bien distincts. On peut avoir l'âme énergique et austère et ne pas l'avoir noble. Est-ce tout ? Non. Pour atteindre le tréfond psychique, le tuf social, il faut arriver à une dernière antinomie, celle de l'amour et de la haine...

Optimisme.

L'optimisme n'est pas neuf (le pessimisme le seraitdavantage?) mais il est inoffensif tandis qu'il n'est 3as de plus dangereux gaffeur que celui qui nous rend responsable de ses sottises. Et tout refondeur e société en est là. S'il est vrai qu'optimisme et >essimisme tiennent à l'estomac, on devrait, avant e résoudre la question sociale, résoudre celle des aauvais apéritifs et des variés poisons alimentaires; l vaut mieux ne pas manger que mal digérer. Besogner sans grincher contre le voisin, tout est là. Les ens graves traduisent : la question sociale est une ruestion morale.

Lent et Occident.

L'étude des civilisations comparées n'a jamais eu e plus savoureux morceaux à se mettre sous la dent l'aujourd'hui. Notre génération aura eu le privilège assister à un rare spectacle, la contre-attaque de Prient, qui, tout bien compté, ne s'est vu que trois i'is dans l'histoire, une première quand Darius et ;rxès ont essayé de submerger la Grèce, une seconde

quand les Arabes ont conquisles deuxtiers du pourtour de la Mare nostrum, et une troisième quand les Tartars ont d'un coup de dent échancré toute l'Europe orientale, y compris Moscou et Buda-Pesth. Or, voici la quatrième réaction des peuples qu'autrefois nous eussions dit barbares. Prodrome en 1878 : la résistance inattendue de l'Homme malade. Très sérieux avertissement en 1894 : l'échec des Italiens en Abyssinie. Crise déclarée en 1905 : la guerre de Mandchourie. L'état général de Dame Chrétienté, sans être grave, est préoccupant. Pour n'avoir pas dépassé Moukden, la dernière contre-offensive de l'Asie est peut-être plus redoutable que celle des Mongols et des Turcs, à plus forte raison que celle des Arabes. (On s'exagère, en effet, le danger qu a couru l'Europe lors du raz-de-marée sémitique, alors qu'on ne. se rend pas compte que, même après les guerres médiques, c'était le Grand Roi qui était le vrai suzerain de toutes les républiques grecques ; l'Europe n'a repris le dessus qu'à l'entrée en scène des Macédoniens.) M. de Kérallain, qui a sur cette question force aperçus personnels, lumineux et verveux, ne voit aucun danger à ce réveil de l'Asie ; il semble même se frotter les mains à l'idée que Cuivrés et Bronzés traiteront les démocraties blanches comme celles-ci ont traité leurs aristocraties, mais c'est là un point de vue bien spécial et bien partial. La question de savoir s'il n'aurait pas mieux valu pour l'humanité que le globe habité, y compris les patines de toutes nuances, fut contrôlé, suivant l'euphémisme la mode, par notre Occident ne doit pas être traita en fonction de nos niaiseries politiciennes du jour.

Page 1