‹ Pour causer de toutChapitre 85 sur 138 · ORIENT ET OCCIDENT · texte numérisé non relu

ORIENT ET OCCIDENT

En somme, jusqu'ici, il n'y a eu de civilisation progressiste que chez nous. L'Orient n'est arrivé qu'à un train-train familial, en vérité insuffisant à nos yeux ; en sera-t-il désormais autrement f rien ne permet de l'affirmer. Le fait que la Chine a des ingénieurs et le Japon des bactériologues ne doit pas faire illusion ; la civilisation est un produit autrement complexe. Comme tréfond moral, l'Extrême- Orient est très loin de nous : aucune Européenne ne se réjouira d'avoir épousé un jaune, aucun Européen ne sera satisfait d'avoir eu affaire à un tribunal de jaunes, aucun missionnaire ne cherche sérieusement à convertir un village jaune, et tout ceci donne à réfléchir. Du moment que les jaunes (et les autres coloured gentlemen sont logés ici à la même enseigne) nous sont inassimilables, ils nous seront toujours hostiles, et la question revient de savoir s'il n'aurait pas été bon pour nous tous de prendre contre eux nos précautions. Malheureusement il semble que ce soit maintenant trop tard. C'est l'Angleterre qui portera la responsabilité de tout ceci devant l'histoire ; elle seule, par un misérable égoïsme, a permis la défaite de la Russie. Peut-être l'Europe du xxi* siècle sera sévère pour son aveuglement. Nous 'aussi ne sommes pas, d'ailleurs, sans reproches. Il aurait fallu qu'après l'expédition de Chine de 1860 [nous eussions entrepris la conquête méthodique de ce Waste empire, au lieu de nous embarquer dans la fsotte aventure du Mexique (1862). Encore aurait-ce 'pu n'être là qu'un retard ; sans la guerre de 1870 la 'question chinoise se serait posée pour nous en 1872 ;3u 1873, à l'occasion du Fleuve Rouge, et alors aurait

été résolue. Toute l'Asie serait aujourd'hui sous le contrôle des Russes, des Anglais et des Français. Bismarck en a décidé autrement. Après l'Angleterre, c'est l'Allemagne qui aura joué en ceci, au point de vue européen, le rôle le plus néfaste.

Pacifisme.

Il y aurait un livre à écrire sur le manque de pacifisme des pacifistes. Ces Messieurs sont comme touf le monde ; ils veulent leur doxie à eux et condamnent la doxie des autres. M. d'Estournelles de Constant, ennemi des interventions à main armée, fulmine — et il a raison — parce qu'on n'a pas envoya dans le Bosphore la canonnière quiaurait sauvé la vie à tant de milliers d'Arméniens. Et M. Charles Richef si fécond on anathèmes contre l'armée, absout — parce que défensives et sacrées — les guerres de le Révolution, qui ont bien été le plus odieux brigandage et la plus cynique agression. Et tel autre, qui écume à l'idée d'une guerre avec l'Allemagne poui1 l'Alsace, nous lancerait volontiers sur la Russie pour la Finlande. Dans un des derniers numéros de h\ Paix par le droit (1904), je voyais aussi un pacifiste prôner, pour régler plus vite les choses, une petite expédition au Maroc. Et c'est ainsi que ces bonne* gens, tantôt pour régler plus vite, tantôt pour sauvei les uns ou prévenir les autres, ont sur la conscience autant de sang versé que les chauvins. Si, en 1848 la France s'était levée pour porter aide aux Hongrois aux Italiens, aux Allemands, tous applaudiraient ei dépit du prix Nobel. Et l'on peut en effet réfléchi" s'il n'aurait pas mieux valu que la France se levât

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