‹ Pour causer de toutChapitre 86 sur 138 · PACIFISME · texte numérisé non relu

PACIFISME

[)'abord elle était la seule puissance qui disposât l'une armée aguerrie et solide; la Prusse n'avait pas mcore commencé sa réorganisation ; nous aurions ïonc probablement obtenu des résultats merveilleux: ine Hongrie indépendante, une Pologne ressuscitée, ine république allemande correspondante l'ancienne -.igue du Rhin, une confédération italienne, une confédération balkanique, une confédération baltique >eut-être, diminuant fort la Russie, comme les autres >euples nouveaux auraient diminué l'Autriche et la russe ; tout cela conciliait la cause sacrée des naions avec notre propre avantage; pour une fois nous urions été aussi habiles que les Anglais. — Reveons à nos pacifistes. Ils ont raison, parbleu ! Il faut ne as faire la guerre. Mais à une condition, c'est d'être apable, le cas échéant, de la faire. Or trop d'entre ux ne le sont pas, soit parce qu'ils se moquent de mrs pays, soit parce qu'ils craignent naturellement s coups comme Panurge. Ne vouloir que plaies et osses est un mal dont on est vite guéri ; la paix à >ut prix est une affection autrement insidieuse ; et, jand elle se déclare, c'est, d'ailleurs, que le malade >t déjà perdu ; libre à lui de s'enorgueillir de son al, un peu comme l'eunuque qui se ferait gloire 3 sa chasteté. De même qu'en économie politique, ) qui importe ce n'est pas la richesse, mais la pourùte de la richesse, en grandeur nationale ce qui porte, ce n'est pas la victoire, ce sont les qualités i la procurent.

Ah ! si le Pacifîcisme pouvait épuiser sa propre

eslion et nous épargner à l'avenir l'éternel ferrail-

ent des partisans et des adversaires de la guerre!

Eh oui, on le sait bien que, pendant une bataille, on se donne des coups qui vous font du mal, comme dit M. Jourdain, et que l'argent qu'on donne à l'État pour qu'il fabrique des canons pourrait être mieux employé en petits verres, blandices soèves ou tuyaux de courses 1 Mais le malheur, c'est qu'il y a des gens qui ferment les yeux à ces évidences, et qui sont toujours prêts à vous tomber dessus avec de préalables canons soigneusement fabriqués. D'où cette première constatation qui devrait réconcilier les Etéocles de la paix et les Polynices de la guerre, c'est que le meilleur moyen d'obtenir celle-là, c'est d'être carrément dispos à celle-ci. Seconde réflexion : de l'aveu de tous, la paix future devra être garantie par une force armée qui mettra à la raison le peuple assez , oublieux du prix Nobel pour se refuser à obtempérer à l'arbitrage ; mais alors c'est la guerre qui recommence I Nous avons vu autrefois cette force armée executive des volontés du conseil souverain ; elle s'appelait, dans le saint empire romain germanique, l'armée des Cercles, et chaque fois elle était battue à plates coutures. C'était tout à fait joyeux. La gendarmerie de la Conférence de La Haye serait dans le même goût, et il y aurait encore de beaux jours pour la gaieté cosmique 1 Les pacifistes ne sont amusants, en effet, que quand ils belligèrent...

M. Paul Adam oppose l'impérialisme à la morale des peuples. Mais ne serait-ce pas au fond, la même chose ? La morale des peuples consiste à se maintenir en bonne santé, et qui sait si celle des individus est bien différente ? Le mens sana in corpore sano ne dispenserait-il pas des confessionaux comme des tri-

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bunaux? C'est déjà beau de savoir que tous les peuples un peu forts sont férus d'impérialisme et que tous les peuples faibles sont férus d'indépendance, ce qui revient exactement au même. Il y a là pour ceux qui se préoccupent tant de l'opinion des autres de quoi faire un instructif retour sur eux-mêmes. Ce n'est pas d'ailleurs qu'il faille prendre au sérieux les jobarderies pacificistes de tels ou tels ; nous savons par expérience qu'il n'est pas de plus intraitables partisans de la guerre à outrance que ceux qui, la : veille, voulaient supprimer les armées permanentes, , et puis tout le bavardage politicien a si peu d'importance 1 Nos voisins le savent bien, au fond, et s'abstiendront de venir se piquer les doigts aux réalités. Ce qui est à craindre peut-êlre, c'est que, quand nous ! nous en apercevrons, nous réagissions de trop belle humeur contre cette période nauséeuse de frousse qui date de l'Affaire. En somme, avec les anesthésiques, une guerre n'est plus effrayante ; il est beaucoup plus dangereux de se trouver en face d'un autobus que devant une redoute faisant un feu d'enfer, puisque faut plus que son propre poids en balles pour être tué. Le jour où on saura bien ça, on fera la guerre « pour rien, pour le plaisir » ! Et j'ai idée que le citoyen Hervé ne sera pas le dernier à courir à la fête... ou à y faire courir les autres.

Paix.

0 justice 1 que d'injustices on a commises en ton nom ! Et pourtant ce n'en est pas moins une déesse, <H qui n'a pas d'athées, mais multiforme, ceux qui la nient l'adorant toujours « par delà le bien et le

mal »,etpolynyme, moi-même l'honorant sous le nom de Synergie, comme M.Novicow la vénère sous celui de Pacifisme. « Injustice (lisez violence), limitation de la vie ; Justice (lisez concorde), expansion de la vie », cela est exact, en gros, et consolant. Il est vrai qu'un Pascal ne se contenterait pas de cet « en gros » et que, si la vérité est une pointe subtile, on se doit de fouiller plus à fond. Là aussi, allons par delà le bien et le mal. Tout dépend de l'esprit dans lequel agissent les violents et les doux ; aux uns et aux autres le royaume des cieux est tour à tour promis. La guerre est un fléau, soit : il y a eu pourtant des guerres bonnes, même pour les vaincus. La dépossession est un vol, soit : il vaut pourtant mieux que le Far West soit aux Yankees qu'aux Peaux-Rouges. Si l'esprit de sacrifice devait disparaître avec les religions et les patries, sa beauté les légitimerait toutes. Le plus radieux corps vivant a de bien laides fonctions, mais qui voudrait supprimer la sueur et le reste détruirait la vie. Tout ce que les industrialistes disent contre la guerre, on peut le retourner contre la libre concurrence industrielle ; faudrait-il donc, sous prétexte d'extirper l'anarchie, supprimer l'initiative des efforts ? On ne tarderait pas à tuer tout effort, le beau résultat 1 Non, non, faisons un petit crédit à la nature et à l'homme. Observer la paix n'est méritoire et salutaire que si l'on est capable de soutenir la lutte, et rien n'est perdu de l'effort qu'on déploie à préparer la guerre, et à se préparer soi-même psychologiquement à la guerre. Pas même l'argent dépensé à fabriquer des sabres, et à entretenir des porteurs de sabres. Il suffirait de quelques réformes

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point irréalisables, le service militaire réduit à six mois et accompli dans des camps en pleine campagne, pour ôler au militarisme tous ses torts, et Ton se demande ce que ses adversaires auraient à reprocher à ces vacances hygiéniques coupant l'adolescence de la maturité. M. Novicow n'en a pas moins raison de prôner la liberté des peuples. Le jour où un très large fédéralisme aura permis aux Polonais, aux Croates, aux Alsaciens, à tous les opprimés, de se gouverner eux-mêmes, les trois quarts des casas belli seront supprimés. Resterait, il est vrai, le dernier quart. Ce penseur slave réclame non plus seulement les États-Unis d'Europe, mais les États-Unis de la civilisation, une alliance étroite et armée des sept grandes puissances, Russie, Allemagne, Autriche, Italie, France, Angleterre, et États-Unis. Et assurément ce dragon à sept têtes imposerait son bon vouloir au sultan de Mascate, à condition encore qu'une des têtes ne mordît pas sa voisine ; mais s'il s'agissait de l'imposer au Mikado, aujourd'hui et demain au Fils 1 du Ciel, en irait-il de même ? Tout dépend actuelle- I ment de l'Angleterre. Alors casus helli entre elle et ' les six autres. Et si, après-demain, tout dépend de l'Angleterre et des États-Unis, alors casus helli entre eux. L'avenir, donc, est gros de guerre, car la paix n'est possible que sous une domination qui l'impose, ' césar, pape ou congrès. Peut-être l'occasion que le 1 monde vient de manquer ne se représentera-t-elle jamais plus. Entre 1850 et 1880, il aurait été possible de subordonner l'Extrême-Orient à l'Occident, ce ! qui aurait permis d'organiser celui-ci en fédération universelle; le premier point a manqué par l'égoïsme

ambitieux de l'Angleterre et par l'affaiblissement de la France ; le second était déjà compromis par la brutalité gouvernementale de l'Allemagne, de la Hongrie et de la Russie. La question est maintenant de savoir si une fédération blanche-jaune pourra s'établir. Aux prophètes de vaticiner.

Paradoxe.

On a trop médit du paradoxal en logique, comme du truculent en esthétique, comme du mystique en religion, comme de tout ce qui est excessif et passionné. Ce sont les violents qui emportent le royaume des cieux. Le paradoxal, pourvu qu'il ne soit ni insensé ni insincère, est la rançon forcée du génial.

Parlementaire (Régime).

Le régime parlementaire ne se conçoit qu'avec un pouvoir central très fort. Aujourd'hui encore le roi d'Angleterre est théoriquement un roi absolu, et pratiquement un roi très puissant. Dès que le pouvoir central s'affaiblit le régime parlementaire devient dangereux. Sous une république démocratique il est carrément absurde. Si nous l'avons, c'est que nos lois constitutionnelles ont été faites par des monarchistes pour une monarchie, et plus spécialement contre un monarque, caries royalistes libérauxde 1873 n'avaient qu'une idée, celle d'élever des barrières contre l'autocratisme redouté du comte de Ghambord et de son entourage immédiat. Toutes les autres républiques de l'univers, suivant en ceci l'exemple des États-Unis, ont adopté une combinaison tout opposée : un pouvoir central très fort, indépendant des Cham-

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