PARLEMENTARISME
bres, et pas de gouvernement de cabinet; à ce prix le Parlement reste dans son rôle, qui est de contrôle et non de direction. Le jour où nous aurons reconquis notre bon sens, c'est ce régime que nous adopterons nous aussi.
Parlementarisme.
Pendant longtemps, chez nous, le sentiment public ne réclamait pas plus le parlementarisme que le journalisme, et il se pourrait qu'il y eût beaucoup de factice dans le besoin actuel de ces distractions. La licence de la presse se comprend surtout comme correctif de la licence du parlementarisme, la crainte du scandale étant la seule chose capable d'arrêter un homme de parti ; mais le parlementarisme, à son tour, ne se comprend que comme moyen d'établir un gouvernement de parti, et la question est de savoir si ce genre de gouvernement est ce qu'il y a de mieux pour une nation. Ce ne sont pas seulement les époques de crise qui ont besoin d'un chef du pouvoir très obéi |(on ne voit pas bien l'unité allemande, ou l'unité ita- Jienne, ou l'unité autrichienne de 1849 faite par des .Parlements à bascule), ce sont encore les époques de développement progressif; la Russie s'est assuré- 'ment mieux trouvée de la direction constante de ses iczars que d'un bouillonnement de partis qui n aurait ipas donné chez elle de meilleurs résultats qu'en Pologne, et l'Allemagne actuelle doit sa prospérité économique à l'ordre de marche que lui impose son souverain beaucoup plus qu'au travail un peu confus de jses Assemblées. Et, sans doute, on objectera l'exemple de l'Angleterre et des États-Unis ; mais, d'abord,
leurs conditions géographiques les débarrassent de bien des soucis ; en outre, l'éducation politique des peuples y est plus avancée ; enfin, la sphère d'action des Parlements y est limitée par des institutions locales très vivaces, des associations privées très puissantes, des freins très supérieurs, très solides, la Cour suprême des États-Unis n'ayant rien à envier pour la force à la Chambre des lords ou à la royauté anglaise. Théoriquement, la Chambre des Communes peut faire tout, sauf changer un homme en femme ; en fait, elle est impuissante dans beaucoup de cas dont profite l'initiative privée. Suivant les apparences aussi, le parti dominant aux États-Unis est le maître absolu; et à répéter la formule si souvent reprochée: « Aux vainqueurs les dépouilles », nous nous imaginons que chaque élection présidentielle est suivie d'un effroyable sacrifice des fonctionnaires en place. En fait, il n'en est rien, parce que les fonctionnaires nommés par le Président sont très peu nombreux, il n'y a guère dans ce cas que les officiers, qui sont garantis, là-bas comme partout, par des règles spéciales, les agents diplomatiques et les employés des douanes. Chez nous, un parti peut, soit en suspendant l'inamovibilité, soit en la tournant, remplir la magistrature de ses clients ; là-bas, les magistrats sont élus ; chez nous, le corps protessoral est à la discrétion du miaistre ; là-bas, les collèges et les Universités sont libres; chez nous, le Gouvernement avait une action multiple sur le clergé; là-bas, toutes les Églises sont séparées de l'État ; chez nous, le Gouvernement a à sa discrétion tous les services du fisc, de l'assistance, de l'hygiène, de la grande voirie,