‹ Pour causer de toutChapitre 90 sur 138 · PARTIS POLITIQUES · texte numérisé non relu

PARTIS POLITIQUES

liers de partis, d'abord parce que tout groupe humain peut être considéré sous des milliers de points de vue, et ensuite parce que chaque point de vue contient, entre ses positions extrêmes, des milliers de stations intermédiaires ; entre le libre échange et la protection pare, combien de théories mixtes ! Mais, d'autre part, en gros, ces innombrables divergences se réduisent à quelques oppositions très nettes; il n'y a pas quatre partis, il y en a deux, sur n'importe quel point : ceux qui possèdent et ceux qui voudraient posséder ; ceux qui commandent et ceux qui voudraient commander, etc., d'où les duels : gouvernement et opposition, conservateurs et révolutionnaires, etc. Tous ces partis jouent leur rôle légitime dans la société, comme les électricités positive et négative jouent le leur dans la nature; et il ne faut d'avance se moquer ni des énergumènes ni des endormis, mais il faut les juger à leur juste valeur au fond, ce qui fait le progrès de la civilisation est bien plus obscur et grave que ces petites vagues socialistes et individualistes qui rident à peine la surface de nos flots.

Comme la division classique, par exemple, en républicains et monarchistes est de mince importance ! Croit-on que si le comte de Chambord était monté sur le trône en 1871, ce qui n'a tenu qu'à un fil, il y aurait quelque chose de changé à la situation actuelle ? Il est plus que probable qu'on aurait eu exactement les mêmes flux et reflux, les mêmes peticrises ministérielles, et aussi les mêmes individus ministres. Plus précisément, au point de vue constitutionnel, républicains et monarchistes sont mem-

bres du même parti, par opposition à ceux qui voudraient, je suppose, une république française calquée sur celle des États-Unis et non sur la monarchie anglaise ; mais ceux-ci ne sont qu'une poignée et n'ont même pas un porte-parole depuis la conversion anarchiste de l'ex-sénateur Naquet. Il est permis d'ailleurs d'avoir un faible pour ces partis infinitésimaux, pour les républicains qui voudraient un Roosevelt à notre présidence ou pour les monarchistes qui proposent de mettre sur notre trône Léopold de Belgique ou Guillaume de Prusse (avec l'Alsace- Lorraine pour morgen-gabe). J'avoue même constituer, à moi tout seul, un parti qui a pour lui l'avenir, assurément, et qui consiste à remplacer l'élection au scrutin par le tirage au sort. Comment donc M. de Boisjolin pourrait-il me faire admettre qu'il n'y a en France que les quatre partis qu il dit et où diable pourraient se loger les gens intelligents?

Pater.

Le Pater, étrange texte sur lequel on dissertera sans fin. Les occultistes ont voulu y voir l'antique formule des grands initiés, et je me souviens avoir lu jadis, dans VInitiation de Papus, une explication mystique vraiment ingénieuse de cette admirable prière; mais ne pourrait-on pas en donner aussi une explication historico-économique ? Dans tous les cas il est curieux que le Pater soit si peu, n'en déplaise à M. Fonsegrive, « la prière des chrétiens ». Qu'on en fasse l'expérience, et qu'on demande à un d'eux de « composer » une prière synthétique de sa foi, il est à peu près certain qu'il la formulera ainsi : « Sei-

Page 1