PATER
gneur, préservez-moi du péché, gardez-moi de la damnation et accordez-moi le bonheur éternel. » C'est ainsi que le second verset, qui est l'œuvre de l'Eglise, de Y Ave Maria contient dans le : et in hora mortis nostrœ une allusion à la vie future. Or, dans le Pater rien, pas un mot de l'enfer ni du paradis. Autre remarque : Un chrétien qui composerait une prière type y insérerait une demande de grâces spirituelles et n'oserait y mettre une requête de biens temporels ; tout au plus si nous admettons qu'on puisse prier Dieu pour la guérison d'une tête chère. Or, dans le Pater c'est tout l'inverse. Les trois premières phrases sont non pas une prière, mais une glorification tout à fait désintéressée de la puissance divine ; on ne saurait admettre notamment, comme M. Loisy, que Yadveniat regnum tuum fasse allusion à un messianisme juif, à un massacre des Romains. Par contre, les quatre dernières phrases constituent une requête, et de but temporel. Je sais bien qu'ici je m'écarte de la tradition, mais cette tradition n'at-elle pas incliné le Pater dans un certain sens? Sur un point, nous voyons nettement la trace de cette courbe. L'Évangile de saint Matthieu contient une variante (la seule) de la quatrième phrase \Panem nostrum quolidiunum suprasubstantialem, qui montre qu'on a voulu (l'Église n'a pas suivi) transformer en demande de vertu ou de piété l'humble mendiement de nourriture matérielle. Mais alors qui sait si, un peu plus loin, il ne faut pas rétablir tentamentum au lieu de tentationem ? D'autant que le ne nos inducas in tentationem serait injurieux pour Dieu, si les théologiens, qui expliquent tout, ne venaient pas au se-
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cours du fidèle. La seconde partie du Pater, antithèse et complémentde la première, devient donc ainsi très homogène, et historiquement très claire. L'antiquité avait haleté pendant des siècles sous la terreur de la famine, mère des migrations de peuples, des printemps sacrés, des massacres et des exterminations, et de la dette, cause de l'ergastule, de l'esclavage, et quelquefois de la mort, qu'on songe à la Loi desXII tables. Tout le bonheur pour un contemporain d'Hérode était donc bien là: « Fais que nous ne mourions pas de faim! Fais que nous n'ayons pas de créancier, dussions-nous n'avoir pas nous-mêmes de débiteur 1 Épargne-nous les tentatives vaines, donc récompense nos efforts ! Et enfin épargne-nous la souffrance I » Peut-être le Pater ainsi compris: humble demande physique et glorieux hymme métaphysique, est-il plus touchant encore. Mais il se peut que je sente le fagot...
Pénalité.
La mode nouvelle, c'est l'individualisation de la peine, mot rébarbatif mais clair, la peine variant de délinquant à délinquant suivant la possibilité de leur relèvement moral Ce qui doit combler de joie les personnes souriantes, c'est que le dernier avatar, le progrès suprême, la conquête définitive de la civilisation en ce domaine consiste juste à revenir à la doctrine pénale du Moyen âge, non pas même à celle des tribunaux laïcs, mais horresco referens à celle des officialités ecclésiastiques. C'est dans ces cours que le justicier, sans chercher à soupeser la gravité du péché commis, ce qui est l'affaire de Dieu « lequel