PEINE DE MORT
la nature des crimes ? Il y aurait par exemple une maison centrale affectée aux meurtriers, une autre aux crimes d'argent, une autre aux crimes de chair, et encore une pour les débutants, une pour les endurcis, une pour ceux qui sont tout prêts à s'amender, une pour ceux qui ont droit à des excuses, etc.
Peine de mort.
Il est rare qu'on dise du nouveau à propos de la peine de mort. Je note donc, pour la curiosité du fait, le cas du monsieur qui demande qu'on multiplie celle-ci, pour l'aimable raison qu'il croit à la réincarnation et par suite qu'il ne trouve pas d'importance grave à un sommeil plus profond et plus prolongé que l'ordinaire. Ce palingénésiste est vraiment savoureux ! Mort à part, s'il était prouvé que dix ou vingt coups de fouet ont plus d'efficacité répressive que dix ou vingt semaines de prison, je me demande s'il n'y aurait pas avantage, pour tout le monde, à adopter le nouveau système; on pourrait, en tout cas, donner au condamné le choix entre les deux genres de peine, et peut-être, au fait de récidive, lui appliquer la peine dont il n'a pas voulu la première fois et qui par suite lui serait moins agréable. On sait que les Anglais ont conservé l'usage du fouet même dans les écoles ; en France son application pour simple indiscipline ou paresse ne serait supportée par personne, mais qui sait si, comme peine humiliante plus encore qu'aftltctive, le martinet ne pourrait pas sanctionner les fautes contre l'honneur,le mensonge notamment? Là encore si on était sûr d'inculquer
par ce moyen la franchise aux jeunes gens qui en manquent, il n'y aurait pas à hésiter.. .
De ce que la peine de mort est utile à la société, il ne résulte pas du tout qu'elle soit juste ! entendon dire souvent. Mais qu'est ce que l'injuste? Si nous étions sages nous ne prononcerions jamais ce mot justice, en dehors de ce qui est contractuel. Je vous ai promis cent sous, il est juste que je vous les donne. Mais je vous ai volé cent sous, il n'est ni juste ni injuste que je fasse trois mois de prison; tout au plus sera-ce utile aux futurs volés, et la raison sera d'ailleurs suffisante. La question du maintien ou de la suppression de la peine de mort n'en reste pas moins délicate. Supposez qu'elle ait été abolie en 1790, comme le demandaitce bon M.Robespierre, et qui sait si elle aurait pu être rétablie les années suivantes? Or les dix à douze mille innocents que la Terreur n'aurait pas guillotinés valaient bien un peu trop d'indulgence pour les criminels d'antan. Même en restant sur le terrain des statistiques et des graphiques, le doute subsiste, car les chiffres se laissent interpréter. Les plus sages, les plus compétents défenseurs de la sanction capitale, reconnaissent que l'hygiène tant morale que physique serait plus efficace contre le crime que la répression; ses adversaires ont donc quelque raison de dire à la société : Commencez par combattre l'alcoolisme, l'avortement et la science des poisons, et c'est seulement si ça no suffit pas que vous recourrez au bourreau. Quant aux faits, ils ne sont qu'à moitié convaincants. Je vois bien que l'Angleterre compte 200 homicides par an et l'Italie 4.000, mais pour être sûr que le bourreau