PEINE DE MORT
en fût la cause, il faudrait que l'Angleterre supprimât sa corde de chanvre, que l'Italie l'adoptât, et qu'au bout de quelques années ce fût l'Angleterre qui comptât 4.000 meurtres contre 200 en Italie. M. Lacassagne souhaite spirituellement dans ce sens que les présidents débonnaires alternent chez nous avec les présidents rigoureux. La comparaison des cantons suisses (les uns ayant, les autres n'ayant pas la peine de mort) serait ici instructive; l'assassin de la pauvre impératrice d'Autriche savait assurément qu'il ne jouait pas sa tête en faisant son coup à Genève, l'aurait-il fait à l'autre bout du lac? Si la réponse est non, c'est la peine de mort qui a gagné I — Un point sur lequel tout le monde est d'accord, à ce sujet, c'est la publicité de l'exécution, vraiment hideuse; et un autre sur lequel on devrait convenir, c'est l'horreur de la guillotine qui répand le sang et mutile le corps ; la pendaison est mille fois préférable. L'infamio des terroristes ressort moins du chiffre énorme de leurs victimes que de l'appareil ignoble des exéculions : tombereaux, machine sinistre, flaques gluantes, odeur fade de sang ; si seulement on avait enivré ces malheureux de musiques guerrières, comme on donnait du vin aromatisé aux esclaves qu'on mettait en croix! — Autre question plus délicate encore (car il faut être bien femmelette pour hériter à tuer une puce, ou à condamner à mort un criminel), s'il était avéré que les châtiments corporels sont une défense efficace contre la brutalité méchante, ne faudrait-il pas les employer, comme font - Anglais? Je n'ose dire oui : les bêtes féroces, même fouaillées, sont plus dangereuses libres qu'en
cage. Là aussi, avant de recourir à ces mesures extrêmes et atroces, commençons parles moyens doux ' la vraie cause de l'accroissement de la délictuosité > c'est la lâcheté des magistrats répressifs, qui redoutent les représailles d'apaches. Qu'on inflige seulement 50 francs d'amende aux jurés ayant prononcé des acquittements scandaleux, et tout rentrera dans l'ordre.
Police des mœurs.
Un conseiller municipal de Paris, M.Henri Turot, a demandé souvent, tant à la tribune que dans les livres, la suppression radicale de la police des mœurs. La réglementation de la prostitution, dit-il, est inefficace parce qu'elle ne s'adresse qu'aux femmes, parce que les visites n'ont lieu que chaque quinzaine, que ces visites sont trop rapides et faites par un personnel médical surmené, parce que le service des mœurs neconnaîtque6.000à 7.000 filles sur 20.000 ou 30.000, que, dès qu'une fille est malade, elle se cache, que si elle se rend aux visites, on l'envoie à Saint- Lazare où le traitement ne guérit qu'en apparence, et où la vie est d'ailleurs si dure que les femmes malades préfèrent tout plutôt que d'y aller. Chacun contrôlera facilement de lui-même ces divers points, car il n'est pas d'homme, je crois, qui n'ait son opinion, raisonnée et documentée, sur la question. Je me con tente de noter que, d'après un rapport de M. Georges Berry, auteur d'une proposition de loi sur le même sujet, le nombre des prostituées à Paris serait tout au plus de 10.000, quand la Préfecture, désireuse d'enfler son importance, parle parfois de 50.000. Le