POLICE DES MOEURS
même exposé des motifs donne des détails curieux sur quelques villes de l'étranger; à Mulhouse les cas de syphilis ont diminué chez les soldats après suppression des maisons closes ; à Hambourg, des résultats très sérieux sont obtenus parla fréquence des visites médicales (deux par semaine). Ennemis et partisans de la réglementation pourraient donc s'entendre, semble-t-il, sur certains points : la suppression des mises en cartes policières, des rafles sur les voies publiques et des maisons closes.
D'ailleurs, ennemi absolu de la réglementation, M. Turot reste ennemi aussi de la libre propagation des gonocoques, et il enrichit le Code pénal d'un nouveau délit, le délit de contamination. Hélas, le projet de loi qu'il fait sien ne prouve que l'incroyable absence d'esprit pratique de nos Lycurgues en chambre. D'abord on se demande pourquoi ce projet ne parle que de syphilis, et laisse de côté la candide blennorrhagie. Et plus encore, on se demande où perche le merle blanc qui aura l'aplomb d'aller devant les juges crier urbi et orbi : « Vous savez je la tiens ! » pour faire allouer à « qui de droit » un emprisonnement de quelques jours ou une amende de quelques francs. Sans compter qu'il devra préciser, comme Candide j ustement,de qui il la tient. Et alors, que fera le tribunal ? Soumettra-t-il la dame à une expertise? Ce sera mille fois pire que les procédés policiers d'aujourd'hui l Môme si la dame s'y soumet, quel expert, quel savant, quel concierge pourra bien prouver que les deux virus ont des relations généalogiques? Alors le tribunal acquittera toujours. Le beau résultat qu'obtient M. Turot 1 Je me trompe;
2<i2 POUR CAUSER DE TOUT
il y en a un, sûr de se produire, le chantage, immense et sans limites. Quel est le plaisantin ou la plaisantine qui résistera à la tentation de susurrer: « Casque ou le parquet I » Et combien l'article 3 du projet de loi qui punit lui aussi de quelques jours de prison ou de quelques francs d'amende « la dénonciation calomnieuse du délit de contamination» sera efficace! Est-ce que le chantage n'est pas puni aujourd'hui, et cela l'empêche-t-il de se produire dès qu'il a chance de réussir ? M. Turot sait démolir, mais il ignore l'art de construire.
Sur cette partie positive et dans le sens: mieux vaut prévenir que réprimer, voici des propositions assez neuves qu'on lira peut-être avec intérêt : « Si l'on accordait une prime de 10 francs à toute prostituée qui consentirait à se rendre à une double visite hebdomadaire, les médecins auraient au bout de peu de temps toutes les professionnelles sous la main ; ils auraient surtout, et c'est ce qui importe, les débutantes, les filles très jeunes qui, ignorantes de l'hygiène ou indifférentes aux précautions, sont presque toutes malades, et qui, d'autre part, presque toutes besogneuses, viendraient vite réclamer leurs 10 francs quand elles sauraient que la police n'est pour rien dans l'affaire. A 10.000 prostituées, il suffirait de 100.000 francs pour assainir Paris. Un philanthrope ne donnera-t-il pas quelque jour cette somme à l'Assistance publique avec cette affectation? Peut-être même pourrait-on ne pas l'attendre, et la système fonctionnerait-il de lui-même, si toute femme inscrite sur le contrôle médical pouvait se faire rayer moyennant un versement de 20 francs. Il est à présu-