PROGRÈS MODERNE
de joie pour les âmes, ce soit la grande politique qui y vienne mettre bon ordre. Je sais bien qu'il nous restera les cavalcades de la mi-carême et les pèlerinages aux statues de Dolet et de Diderot, mais voilà ce ne sont pas des défilés rythmiques 1 Et puis Diderot lui-même a dit, tout comme un suppôt de la superstition : « Je n'ai jamais vu une procession de la Fête-Dieu sans que mes entrailles ne s'en soient émues, n'en aient tressailli, et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux. »
Progrès moderne.
L'œuvre sociale du xixe siècle, telle que la résume M. Charles Gide dans son rapport d'Économie sociale de l'Exposition universelle de 1900, n'a pas été vaine. Des salaires plus élevés, des loisirs plus longs, plus de justice (et de bonté) dans les rapports entre le travail et le capital (et la direction), une alimentation et un logement plus larges et à meilleur compte, meilleure santé par l'hygiène, meilleures récréations, facilité d'éducation, la sécurité de l'avenir obtenue par l'assurance, par l'assistance, par l'aisance déplacement, le développement du capital par l'épargne et par le crédit, transformation du salariat, défense de la petite industrie et de la petite propriété, etc. L'impression définitive est bonne, et même grandiose. Nous avons le droit d'être fiers de tant d'œuvres sociales prospères. Mais cette fierté ne doit nous rendre injustes ni pour les autres œuvres, ni pour les autres temps. Le progrès social n'est que le très humble valet du progrès scientifique. A la base de tous les biens que j'énumérais, une alimentation plus
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riche, un logement plus agréable, etc., il y a avant tout des découvertes et des procédés industriels sans lesquels les coopératives de consommation et les building socielies ne pourraient pas grand'chose. La véritable cause du progrès, c'est la physique, h chimie, la biologie, la thérapeutique. Il y aurait atonie absolue dans le milieu des travailleurs, absenct complète de syndicats, de mutualités, de caisses, etc., que l'amélioration n'en serait pas moins à peu près ce qu'elle est. Second point : notre organisation so- I ciale n'est peut-être pas très supérieure à celle d'au-i très temps qui n'avaient pas à leur disposition la publicité, les expositions et les congrès internationaux, et qui n'en eurent par suite que plus de mérite à réaliser leur œuvre. Les Romains restent nos maîtres, pour la fourniture d'eau saine et abondante aux villes. Le haut moyen âge a réalisé la transformation du travail servile en travail libre, ce qui est quelque peu plus difficile que la modification du salariat en copartnership. La fin du moyen âge a triomphé de la lèpre avec une abondance de maladreries que nos assistances publiques et privées n'ont pas dépassée. Ce n'est pas tout. Il est bon de se dire encore que toutes ces institutions législatives ne pèseraient pas un fétu dans la balance si le monde se trouvait de nouveau dans une crise comme celles du ve, du ixeou du xvi° siècle, et que, même dans un état normal, l'homme qui veut conquérir le bien-être doit compter beaucoup plus sur lui-même que sur elles. Rien ne peut remplacer le travail, l'initiative, l'esprit pratique. Pas même la philanthropie. Entre deux pays, l'un où chacun ne s'occuperait égoïstement mais hon-