LES MAISONS DES CHAMPS
(écharpes) ou croisées (croix de Saint-André) ; on garnissait les intervalles, soit de hourdis, qui est une maçonnerie de remplissage grossière, à bain de plâtre ou de mortier, soit de pisé, qui est fait d'argile crue. Sur le toit on pouvait poser un revêtement d'ardoises ou de bardeaux. Ces parois légères se prêtaient aux porte-à-faux : le premier étage surplombait donc souvent le rez-de-chaussée, et le second s’avançait à son tour sur le premier. On gagnait ainsi un peu de place, dans ces villes qui étouffaient entre leurs remparts. - Les pièces principales, poteaux corniers ou poteaux d'angle, corbeaux, têtes de poutres, etc., et les panneaux pouvaient être
ornementés. Cette architecture fragile était ordinairement
abritée par un toit très saillant
Les maisons des champs. — L'architecture rurale est peut- |
être plus variée encore que l'architecture urbaine. Parmi celles de ses productions qui ont pour l’archéologue un intérêt particulier figurent les villas.
La villa romaine pouvait comprendre l'habitation du maitre |
(villa urbana), les bâtiments nécessaires à l'exploitation agricole (villa agraria), enfin les locaux, greniers et celliers, pour
loger les récoltes (villa frumentaria). Certaines villas étaient |
donc très vastes ; d’autres étaient beaucoup moins étendues. La villa était habituellement pourvue de bains, d’hypocaustes et d'aqueducs. Le plan en était indéfiniment varié.
Ces maisons des champs, situées hors des villes et que les fortifications ne protégeaient pas, ont été saccagées par les Barbares des invasions germaniques. Il en reste des substructions sans nombre, notamment dans certaines contrées où la vue est belle et le séjour agréable. Les ville n'ont pas été cependant renversées et rasées au point qu'elles aient disparu totalement : certaines ont servi de palais pendant la période qui suivit 3 d’autres ont formé le noyau de villages encore subsistants. Et, le nom suivant cette évolution, villa désigna les villages ouverts, de même que castrum s’appliquait aux villages défendus. C’est dire que l'on peut rencontrer des ville sous le sol de bien des villages, principalement dans le voisinage des églises dédiées à certains saints qui furent en vogue durant les premiers siècles, comme saint Martin.
Les châteaux de plaisance. — Le style des châteaux Renais-
pe NES ÉDIFICE DCIPILE EE
sance s'explique en partie par les dispositions adoptées dans les châteaux militaires du Moyen Age : un séjour prolongé durant des siècles dans ces forteresses avait formé des habitudes et un goût qui ne disparurent pas du jour où la féodalité perdit son rôle politique. De plus, alors comme en d’autres circonstances, certaines idées restèrent attachées à certaines formes d'architecture : aujourd'hui encore, une tour évoque une vague supériorité sociale ; à plus forte raison vers l'an 1500, des fossés, des tourelles flanquantes, un donjon, tout un appareil militaire affirmaient des prétentions féodales. Le château de plaisance des bords de la Loire continua donc, dans ses grandes lignes, le château fortifié des XIVE-XV® siècles : à Chambord, qui fut com-
FIG. 341. — ur RENAISSANCE, mmencé en 1519, le plan J 24. \ \ Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire). rappelle de HEADES le
château de plaine de l’épo-
que antérieure : tours d’angle, donjon sur un côté et, au revers des courtines, une enfilade de pièces qui entourent une cour : en élévation, l'importance et la multiplicité des combles coniques sont également dues à une vieille tradition. Ussé, Chenonceaux (1515-1524), Azay-le-Rideau (1516-1524) (fig. 341), Chaumont sont encore plus Moyen Age que Chambord.
Ce qui constitue des innovations, ce sont les percements larges sur l'extérieur, l’abaissement de partie des courtines, les pilastres, les cordons horizontaux formant comme un entablement à chaque étage, les fenêtres supérposées, les motifs classiques, enfin, dans la composition de l'ensemble, la recherche de la symétrie et de l'effet monumental.
À la même époque, dès le règne de François IT, d’autres chàteaux sont conçus différemment : Blois (aile François Ir), entrepris peu après 1515, Madrid et Fontainebleau en 1528,
f—— — LES ARCHITECTURES UNIFORMES
Écouen en 1532. Il est vrai que ce ne sont pas, à proprement parler, des châteaux, des résidences rurales; ce sont bien plutôt des palais urbains transportés aux champs.
Peu à peu les tours d'angle cédèrent la place à des pavillons carrés ; les perrons formèrent soubassement ; les combles prirent une silhouette nouvelle. Au xvir® siècle, le classicisme pompeux avait détrôné le pittoresque féodal.
Les architectures uniformes. — Lorsque l'architecture ‘est bien comprise, l'ordonnance extérieure d’une maison accuse l’agencement intérieur et l'importance des diverses parties. De là le mouvement et la vie des façades du Moyen Age, L'époque classique, oubliant ce principe, composa les façades sans guère s'inquiéter d'autre chose que des règles factices d’un art de convention : dans telle demeure fastueuse, l'écurie, vue du dehors, ressemble à la chapelle, parce que ces deux corps de bâtiments se font pendant.
Le xvur1 siècle alla plus loin : on vit des architectes officiels élever des façades, puis les céder à des particuliers avec les lots de terrains correspondants, sur lesquels les acquéreurs construisaient, vaille que vaille, leurs habitations.
Telles de ces architectures uniformes sont d’un aspect très plaisant ; mais la raison ne saurait y trouver son compte.