LES DOLMENS —
par les glaciers ou des vestiges de strates géologiques disparues, le transport de ces masses suppose l'effort méthodique et combiné de nombreux travailleurs.
La construction des dolmens elle-même atteste la mise en œuvre de forces considérables. Sans doute on a pu, pour certains dolmens, choisir un bloc, le laisser en place et creuser par-dessous pour disposer les dalles portantes. Plus souvent, après avoir planté les supports, on a remblayé, on a tiré la table en la faisant glisser sur des rouleaux, on l’a posée sur | les blocs dressés, enfin a —— on a vidé la chambre.
Quelques dolmens sont petits, tellement qu'il est impossible d'y placer un corps entier ; on suppose qu'ils comptent parmi:
les plus anciens. Plus tard, les blocs portants furent plus nombreux et la chambre plus longue, “a bien celle-ci fut pré- Brantôme (Dordogne).
édée d’une galerie d'ac- HMS
cès plus étroite, ou en-
core le dolmen s’allongea en une allée couverte. Les dalles de champ sont parfois obliques et s’'inclinent du haut vers le centre : elles résistent mieux ainsi aux forces qui tendent à les renverser. Le dolmen pouvait être clos : les interstices entre les blocs étaient bouchés par de la terre ou de menues pierres, et la dalle qui fermait l’un des petits côtês était mobile ou percée d’un trou, si même il n’y avait pas là une porte véritable.
On connaît des dolmens, d’ailleurs bien conservés, qui n'ont aucune trace de couverture en pierre. Peut-être la chambre était-elle abritée par des poutres juxtaposées.
Vers la fin de l'époque néolithique et après, on fit des dolmens dans lesquels les gros supports sont remplacés par des murs en pierre sèche et la table, par une voûte en encorbellement, c'est-à-dire formée d'assises horizontales qui débordent l’une sur l’autre, chacune surplombant l’assise inférieure, et qui finissent par se rejoindre en haut (fig. 21).
F1G. 6. — DOoLMEN.
—— AVANT LES ROMAINS a
Les dolmens sous tumulus. — On a soutenu que le dolmen, une fois achevé, était toujours enveloppé d'un amas de terre, en d’autres termes que le dolmen était invariablement sous tumulus. Bien des dolmens ont dû être destinés à rester découverts ; d’autres ont été recouverts d’un tertre factice, au | centre duquel le dolmen forme une crypte. Ces tumuli sont parfois énormes : on a calculé, par exemple, que celui du Mont-Saint-Michel (Morbihan) ne cubait pas moins de 35 000 mètres. Le couloir d’entrée des dolmens prouve qu'ils ont été rouverts en certains cas.
Ils ont abrité des ossements, puis des corps inhumés, puis encore des corps incinérés ; dans tous les cas, ce sont des monuments funéraires. Les cryptes des dolmens sous tumulus ont avec les chambres sépulcrales des Pyramides, avec les tombes mycéniennes des affinités mystérieuses ; 1] est impossible de dire où il faut en chercher l'idée première et le prototype, si nous avons reçu l'une et l’autre de l'Orient ou si nous les lui avons envoyés.
La vogue des tumuli ne disparut pas lorsque prit fin la période de la pierre polie : 1l existe notamment dans le Sud- Ouest, le long des Pyrénées, une traînée de tertres qui sont, du moins en partie, de l’âge du fer.
Les menhirs. — Les menhirs, que naguère on appelait peulvans, sont surtout nombreux en Bretagne: ils sont | d’ailleurs assez répandus, plus que les dolmens. M. A. de Mortillet en a compté en France 6 192, dont 3 450 pour le seul département du Morbihan. Dans ce chiffre sont comprises les pierres des alignements et des cromlechs.
Le plus grand menhir connu est celui de Locmariaquer, qui est renversé et brisé ; il mesurait plus de 20 mètres de hauteur. La plupart sont beaucoup plus petits.
Quelques-uns sont enfouis sous tumulus. Ainsi en est-il du tumulus de Mané-Lud, à Locmariaquer, lequel renferme un dolmen à galerie et un cercle de petits menhirs, dont chacun supportait un crâne de cheval.
On ignore quelle était la destination des menhirs. Ils appar- | tiennent, dans l'ensemble, à la même date que les dolmens : toutefois on continua de planter des menhirs quand, depuis
longtemps sans doute, on ne faisait plus de dolmens. ARR ne Ps 8
| thique laissa perdre l’art si remarquable de la période précédente. Y eut-1l sub-
| dessiner les animaux ; il se borne à quel-
L'ORNEMENTATION DES MÉGALITHES Se
Les cromlechs et les alignements. — De même que les menhirs, les cromlechs se rencontrent surtout en Bretagne. Hors de cette province, on les connaît assez mal; ils mériteraient d'être plus soigneusement recherchés et décrits. On ne saurait dire avec quelque certitude à quel but ils répondent.
Il faut en dire autant des alignements bretons (fig. 7). Tout le monde connaît les alignements de Carnac, qui s'étendent, avec une interruption, sur une longueur de 3 kilomètres.
L'ornementation des mégalithes. — Ainsi qu'il a été déja dit, la période néoli-
stitution d’une race à une autre? C'est possible. Toujours est-il que l’homme de la pierre polie ne sait plus camper et
ques tracés géométriques, à quelques idoles odieusement déformées par une schématisation excessive. « I] n'y eut
peut-être pas, dit M. Jullian, dans tout le 5, asicnuunrs. monde antique, une population plus ré- Ouiberon (Morbihan). fractaire que les Ligures à l'image, à
l’œuvre d'art.» Et par Ligures M. Jullian entend les populations qui occupaient nos contrées avant les Celtes. Ils savaient se
| battre et construire ; ils étaient d’une insigne maladresse pour | exprimer. Le même auteur ajoute : (II y eut, au moins à cet
égard, un formidable recul de civilisation entre l'époque des cavernes et celle des dolmens, entre les siècles du renne et ceux des Ligures. »
Des dolmens bretons portent des gravures, formées de traits parallèles ou concentriques, lesquels rappellent des empreintes digitales fort agrandies ; on y voit aussi la hache, le manche de la hache, la spirale et quelques signes tellement simplifiés qu'on n'en peut définir l'objet : le bouclier, le
| peigne ou peut-être une barque montée, une barque ou peut-
être un joug ou encore une paire de cornes.
À cette ornementation se rattachent les cupules ou écuelles creusées sur les pierres d’un certain nombre de mégalithes. Ces
AVANT LES ROMAINS
écuelles, qui se retrouvent en des pays fort éloignés l’un de l’autre, sont parfois. le résultat d'accidents naturels, souvent l’œuvre de l’homme. La tradition en à été conservée Jusqu en plein Moyen Age. Les cupules peuvent être reliées par de petits canaux, par des rigoles.
L'ornementation des menhirs affecte, dans certains cas, leur galbe même. Il reste, en effet, dans le Tarn et l’Avevron, des menhirs-statues (fig. 8). La silhouette a été ramenée vaguement à une forme humaine, et une sculpture peu profonde a indiqué, çà et la, quelques détails : les yeux, les seins, les bras, les pieds, certaines parties du costume, ceinture, collier, etc., peut-être le tatouage de la figure. Ce ne sont pas des statues ; ce sont plutôt des ébauches ou des essais. Le personnage est représenté assis.
Les grottes artificielles. — On a exploré en Champagne des grottes sépulcrales néolithiques taillées dans des roches tendres à l'aide de pics en pierre ou en corne. Ces grottes artificielles ressemblent moins aux cavernes naturelles qu'aux dolmens sous tumulus, avec leur couloir d'accès et leur chambre funéraire.
Quelquefois un corps féminin est grossièrement sculpté en bas-relief sur l’une des parois. Les bas-reliefs dont il s’agit ne sont pas sans rapport avec les menhirs-statues. On a même cru saisir, et il se pourrait que l’on eût raison, un lien de parenté entre ces productions de l'art néolithique et des figures très primitives modelées par des potiers troyens et de la Grèce archaïque.
Il faut se garder de confondre les grottes artificielles avec les souterrains-refuges plus récents.
Les huttes néolithiques. — Les Gaulois et les peuples qui les ont précédés sur notre sol avaient des habitations plus simples et plus fragiles : c'étaient des cabanes de branchages,
e clayonnages revêtus de terre; ces cabanes s’enfonçaient dans le sol. Le type dura jusqu'à la conquête romaine : on a déblayé 1l y a peu de temps dans les ruines d’Alésia des dépres-