V. — INCRÉDULES ET CROYANTS
Les scènes suivantes reprennent et confirment sous une forme pratique et narrative l'exposé abstrait et théorique des paraboles. On y voit diverses catégories d'auditeurs, incrédules ou croyants, préfigurés par les divers terrains sur lesquels tombe le bon grain.
Désormais Jésus ne se tiendra plus seulement sur le bord de la mer. Il fera des traversées fréquentes, qui figureront les diverses phases de la pêche humaine annoncée par lui à ses premiers disciples (I, 17).
1) En mer, peur des disciples
(35-41) Dans un premier récit, Marc transpose sous forme historique une description poétique empruntée à un Psaume (CVÏI, 23-30) :
Ceux qui étaient descendus sur la mer dans des
[navires...]
ceux-là virent les œuvres du Seigneur...
Il dit et il 'fît souffler la tempête ;
qui souleva les flots de la mer.
Ils montaient vers les cieux, descendaient dans
[l'abîme] ;
Leur âme était éperdue en face du danger.
Saisis de vertige, ils chancelaient...
et toute leur habileté était anéantie.
Dans leur détresse ils crièrent vers le Seigneur
et il les délivra de leurs angoisses.
Il arrêta la tempête, ramena le calme
et les ondes se turent...
Et le Seigneur les conduisit au port désiré.
Ayant identifié le « Seigneur » avec Jésus et les passagers avec ses disciples, Marc voit dans la « peur » de ces gens un indice de leur manque de confiance. C'est pour cela qu'il leur fait dire : « N'avez-vous pas encore la foi ? » et qu'il insère l'épisode en cet endroit de son œuvre.
L'analogie des situations lui fait exploiter par la même occasion l'histoire de Jonas. Le prophète, en qui les chrétiens ont vu de bonne heure une figure du Christ (cf. Luc^ XI, 29-32 ; Mali., XII, 39-41 ; XVI, 4), était parti en mer avec de nombreux passagers. Un vent impétueux se déclara soudain, suivi d'une violente tempête, qui menaçait de tout perdre. Lui dormait au fond, du navire. Ses compagnons de voyage l'éveillèrent rudement, en lui reprochant
son insouciance et en lui demandant d'intervenir pour eux,
Marc n'a eu qu'à combiner ce thème avec celui du Psalmiste. Il l'a fait d'autant plus volontiers que, dans la suite de son récit, il devait montrer Jésus se laissant condamner à mort, comme Jonas, pour faire office de sauveur, et revenant, comme lui, à la vie, après trois jours.
2) A l'autre bord, peur des Géraséniens
Un nouvel épisode utilise un passage typique sur l'incrédulité d'Israël, qui se lit chez Isaïe