I. — « RETOUR EN GALILÉE
Comme dans la section précédente, l'enseignement se donne en deux étapes. Certaines scènes se placent à l'arrivée en Galilée, d'autres au départ. Les premières sont au nombre de trois. Elles semblent, au premier abord, n'avoir aucun rapport. Mais on s'aperçoit qu'elles se tiennent assez étroitement, dès qu'on entre un peu dans la pensée de Marc,
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1) Seconde annonce de la mort
(30-32) La scène du début ne fait guère que reprendre, en termes presque identiques, l'annonce de la mort du Christ qui a été formulée vers Césarée de Philippe (cf. VIII, 27). Même attitude mystérieuse du groupe : défense aux disciples de révéler la personnalité du Maître. Même prophétie de la Passion prochaine, que complète seulement l'image, empruntée à Isaïe (LUI, 6, 12 Sept.), de la victime « livrée »
aux mains des hommes. Même inintelligence des apôtres, qui, ne comprenant jamais rien aux explications sollicitées par eux, n'osent plus seulement interroger. L'évangéliste se copie lui-même.
2) Leçon d'humilité
(33-34) La fin du 1^^ épisode prépare logiquement le début du second. Les apôtres ont si peu compris l'enseignement de la mort du Christ que, tout de suite après cette leçon d'universel détachement, ils se sont mis à se demander qui d'entre eux était le plus grand. Marc le leur fait avouer, sur une question du Maître, pour avoir l'occasion de leur faire donner une instruction nouvelle.
(35) Jésus s'exprime d'abord en termes généraux. Il parle dans l'esprit et même dans les termes de Paul. Celui-ci s'est dit et s'est fait le serviteur de tous (I Cor., III, 5-9 ; II Cor., IV, 5 ; Rom., XV, 16, etc.). Ainsi doit-on se. comporter, si l'on veut être le premier. La formule employée donne à penser que Paul est donc bien le premier, qu'il passe avant les Douze.
(36-37) Jésus expose la même idée sous une forme nouvelle et symbolique, en prenant un petit enfant qu'il place au milieu des apôtres, qu'il serre dans ses bras, et avec lequel il va jusqu'à s'identifier, puisqu'il dit qu'en recevant ce petit être on le reçoit lui-même. Sans doute Marc s'est-il inspiré, en cet endroit, des textes d'Isaïe concernant « l'enfant de Dieu » qu'il a déjàutilisés et appliqués au Christ (p. 19, 20, etc.). C'est ainsi qu'il a été conduit à se figurer les parfaits disciples sous la forme de « petits enfants ». Mais, en faisant placer l'un d'entre eux au milieu des apôtres, qui doivent le regarder comme un autre lui-même, il donne clairement à entendre que les douze n'ont aucun droit à se considérer comme supérieurs aux autres, que des recrues plus tardives, comme Paul, méritent d'être accueillies parmi eux et peuvent se réclamer de lui aussi bien qu'eux et même mieux.
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3) Leçon de concorde
(38-39*^) Le début de l'épisode suivant vient confirmer cette interprétation. Il traduit la même idée sous une forme nouvelle. La situation de l'exorciste qui chasse les démons au nom du Christ et qui en est empêché par les Douze parce qu'il ne fait point partie de leur groupe, est exactement celle de Paul. En disant qu'on ne doit point lui chercher chicane, le Christ de Marc prend parti- pour l'Apôtre des Gentils.
(39M1) Les explications données à ce sujet portent l'estampille de notre évangéliste. Après la formule générale : « Ne l'empêchez pas », viennent trois phrases commençant par un « car », de même que dans la leçon de renoncement qui suivait la 1^^ annonce de la Passion. Elles tendent à montrer que le personnage incriminé n'est pas un ennemi (39''), mais plutôt un ami (40), et même un bienfaiteur (41). La forme en est pénible et contournée. Mais c'est précisément parce qu'elles font allusion à des événements futurs qui ne doivent pas être trop cl^iirement indiqués (cf. v. 39^ et I Cor., XII, 3 ; V. 40 et Gai, II, 2 ; v. 41 et Gai., II, 10 ; I Cor., XVI, 2).
(42-48) Sur cette l''^ tirade une autre vient se grefïer, qui ne porte pas moins la marque
personnelle de Marc, car elle est bâtie sur le même modèle. Elle aussi commence par une remarque générale, à l'appui de laquelle se présentent trois phrases commençant par un « si ».
La proposition du début déclare, sous une forme imagée, qu'il faut éviter de « scandaliser », littéralement de « faire trébucher », « un de ces petits qui croient ». Elle revient ainsi de l'exorciste que les apôtres doivent admettre avec eux au « petit enfant » qui a été introduit au milieu d'eux. C'est évidemment, parce que, du point de vue symboliste de Marc, les deux ne font qu'un.
Les phrases qui suivent précisent la défense générale, en expliquant que si une main, ou un pied, ou un œil « scandalise », mieux vaut s'en priver que se condamner ainsi à aller dans la « géhenne », en ce lieu réservé aux pécheurs « où leur ver ne mourra point et où le feu ne s'éteindra point », selon un oracle d'Isaïe (LXVI, 24).
(49-50) L'évangéliste, habitué à modeler sa pensée sur des textes bibliques artificiellement groupés, passe du feu dont parle Isaïe à celui dont il est question en un passage du Léviiique (II, 13), d'après lequel toute offrande brûlée sur l'autel devra être salée. Il arrive ainsi à parler du sel. C'est qu'il y voit, conformément
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à un symbolisme très courant, qui s'affirme en ce même passage du Lévitique, un « signe de i'alliance », un symbole de bonne entente.
Aussi termine-t-il sa leçon sur la concorde en faisant dire par le Christ : « Ayez en vousmême du sel et soyez en paix entre vous. ».