Voir La plus ancienne Vie de Jésus, p. 21 et 168, not
3) « Dans le temple »
(11) On dirait que le Christ n'est entré à Jérusalem que pour aller au temple en faire l'inspectioiï. C'est qu'ainsi l'exigeait le programme du prophète Malachie (III, 1), dont Marc s'est inspiré dès le début,
Jésus ne passe pas la nuit dans la métropole du judaïsme, parce qu'il y a vu le temple transformé en une « caverne de brigands »
(XI, 17) et qu'il ne s'y trouve pas chez lui. Il V8i plutôt, avec l'es Douze, à Béthanie, qui est ainsi comme une figure anticipée de l'Eglise (cf. XIV, 3-9). Les allées et venues qu'il fera entre ces deux localités auroni^-tm caractère symbolique, en même temps qu'elles permettront de dramatiser le récit, comme les traversées du lac de Génésareth dans la 1^® partie.
La scène finale de l'inspection du temple préludait à celles du second jour. Le résultat va s'en faire sentir par la malédiction du figuier, par l'expulsion des vendeurs installés dans le sanctuaire, par le complot formé contre Jésus.
1) Malédiction du figuier
(12-14) Le figuier feuillu, mais stérile, rencontré sur le chemin de Béthanie à Jérusalem, est évidemment allégorique, puisqu'il se trouve maudit pour n'avoir pas porté de fruits quand ce n'était pas la saison. Il symbolise le peuple juif, dont les enfants ont été jadis comparés à des figues, tantôt bonnes, tantôt mauvaises (Jér., XXIV, 1-10) et qui ne produit plus de justes, parce qu'il n'a plus la foi d'Abraham et de ses fils spirituels [Bom., IV, 3-22), qui honore Dieu en apparence non en réalité et a été déjà repris pour son hypocrisie {Marc, VII, 6). L'inspection à laquelle il est soumis fait pendant à celle du temple qui a eu lieu la veille (XI, 11). Et la malédiction formulée contre lui prépare et préfigure l'expulsion des vendeurs qui encombrent le lieu saint (XI, 17).
L'épisode, en son ensemble, réalise une prophétie d'Osée (IX, 10-16), où le « Seigneur » dit aux Israélites : « J'ai vu vos pères comme les premiers fruits d'un figuier... Ephraïm a été frappé, sa racine est devenue sèche ; il ne portera plus désormais de fruit .»
Pour être démonstratif, le fait devait se produire soudainement, d'une façon miraculeuse, Un précédent s'offrait dans le livre
de Jorias, dont nous, avons vu déjà d'autres détails servir à l'évangile (cf. IV, 35-40 et VIII, 31). Un jour, le prophète s'était assis à l'ombre d'un ricin. Le lendemain, à l'aurore, l'arbre se trouva desséché {Jon., IV, 6-7). Marc imite à sa façon le récit du conteur juif. Mais il lui donne un sens nouveau.
2) Expulsion des vendeurs du temple
(15-17) Dans le passage d'Osée qu'utilise l'anecdote du figuier, le Seigneur dit, à propos des Israélites figurés par cet arbre : « A cause de la malice de leurs œuvres, je les chasserai de ma maison » (IX, 15). Ce texte a été combiné avec un autre, qui s"e lit à la fin du recueil de Zacharie ; « Il n'y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur des armées, en ce jour là » (XIV, 21). D'après l'auteur du 4e Evangile (II, 17), la scène de l'expulsion des vendeurs du temple réaliserait un nouvel oracle du Psaume LXIX (v. 10), où le juste souffrant, identifié avec le Messie, dit à son Dieu : « Le zèle de ta maison me dévore, et les outrages de ceux qui t'insultent tombent sur moi. »
Marc, transposant ces textes et lés dramatisant, met dans la bouche de Jésus deux réminiscences bibliques, l'une d'Isaïe (LVI, 7) : « Ma maison sera appelée maison de prière
pour toutes les nations », l'autre de Jéfémie (VII, 11) : « Est-elle à vos yeux une caverne de brigands, cette maison sur laquelle mon nom est invoqué ? »
On voit par le rapprochement de ces textes comment la trame évangélique a pu être formée d'oracles messianiques fort différents groupés autour d'un même mot.
3) Complot contre Jésus
^^(18-19) Marc conclut la seconde journée en disant que les scribes et les grands prêtres cherchaient ensemble un moyen de perdre le Christ.
Le complot mentionné ici n'est qu'une reprise de celui qui a été attribué déjà aux pharisiens (III, 6). Il réalise les mêmes prophéties [Sag., II, 12-20; Ps. XXXI, 14; CXL, 6).
Mais il n'est plus ici une simple annexe du récit. Il constitue un épisode distinct, qui, comme chacun des deux autres, donnera lieu le lendemain à un entretien du Maître.
s» JOUR
Le 3® jour est plus chargé que les précédents parce qu'avec lui s'achèvent les préludes du grand drame. Il renferme trois séries d'enseignements bien distinctes, qui se rapportent au passé, au présent, à l'avenir.
f. — RÉFLEXIONS RÉTROSPECTIVES
La 1'^ série se rapporte aux trois faits de a veille. Elle renferme donc trois sortes de remarques. ^ .
1) Sur le dessèchement du figuier
(20-21) La vue matinale du figuier « desséché depuis les racines » sert à introduire les réflexions que ce thème comporte. Elle montre comment s'est réalisée la prophétie d'Osée (IX, 16) sur le ix^g-uier israélite, dont « la racine est devenue sèche ». Elle vérifie surtout une • parole du Psaume XXXVII (v. 35-36) : « J'ai vu le méchant... s'étendant comme un arbre verdoyant (Heb.). Je suis passé et voici qu'il n'était plus » (Sept.). La concordance est d'autant plus remarquable que, dans les versets précédents du Psaume (33-34), comme dans ceux de Marc, il est question d'un complot tramé contre le serviteur de Dieu : « Le méchant épie le juste et il cherche à le faire mourir... Espère dans le Seigneur... tu verras les méchants retranchés. »
(22-25) Trois réflexions sont faites par le Christ au sujet du miracle. Elles développent ce thème du juste confiant en Dieu et exaucé
POTJB CÔUFBENDKE! L/l TIB DE J^DS 9
par lui, qui alterne dans le Psaume XXXVII avec celui du pécheur frappé en pleine prospérité : « Confie-toi dans le Seigneur... et il te donnera ce que ton cœur désire... Mets en lui ta confiance et il agira » (v. 3-9). Etant aiiisi amené à parler de la foi, Marc fait dire par Jésus, en souvenir de Paul, qu'elle peut transporter les montagnes, mais qu'elle doit s'accompagner de la charité, qui pardonne les injures (cf. / Cor., XIII, 2).
2) Sur, l'expulsion des vendeurs du temple
(27-2S) Les réflexions concernant l'expulsion des vendeurs sont amenés par une nouvelle visite que Jésus fait au temple et par une question qui lui est posée alors par les trois groupes du sanhédrin, prêtres, scribes et anciens. Ces gens lui demandent en quelle autorité il fait « cela », Le mot est bien vague. Mais le sens en est assez clair d'après le contexte. Il vise les mesures que Jésus a prises la veille et dont il vient surveiller l'exécution en sa tournée matinale.
(29-33) Au premier abord la réponse surprend. Jésus' demande si « le baptême de Jean » était « du ciel ou des hommes ». On ne voit pas, si on s'en tient à la lettre du texte, ce que vient faire ici le Baptiste. Tout s'explique si l'on
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songe à l'oracle de Malachie (III, 1), cité dès le début de l'évangile (I, 2). On y lit, en effet, aussitôt après la mention du « messager » qui « fraiera le chemin : « Et soudain entrera dans son temple le Seigneur... ; il sera comme le feu du fondeur... ; il purifiera les fils de Lévi. » Partant de ce texte, Marc veut faire insinuer par le Christ que, si le rôle de précurseur était conforme au plan divin, celui de purificateur ne l'est pas moins.
L'évangéliste s'en tient à cette insinuation. Usant d'un procédé qui lui est familier (cf. III, 4 ; X, 3), il fait éluder la question posée au moyen d'une autre destinée à confondre lès adversaires. C'est que, fidèle à son système, il ne veut point laisser livrer le secret messianique à ces Juifs rebelles, qui, selon l'oracle d'Isaïe déjà cité (IV, 11-12), doivent entendre sans comprendre.
3) Sur le complot de la veille
XII (1) L'intention de ne s'exprimer qu'à mots couverts s'affirme mieux encore dans le début de l'entretien qui suit. L'évangéliste fait parler Jésus « en paraboles » pour montrer une fois de plus comment s'est vérifié l'oracle initial du Psaume LXXVIII, qu'il interprète conformément à la théorie paulinienne du
mystère chrétien (cf; IV, 2, 10-12 et p. 46-47). II a lu dans le contexte qu'Israël répond toujours aux bienfaits divins par la plus noire ingratitude et s'attire ainsi les pires châtiments. Ce dernier thème, est repris ici, à l'occasion . du complot formé la veille par les grands-prêtres et les scribes.
La comparaison d'où doit sortir la « parabole » est empruntée à une. complainte d'Isaïe (V, 1-7) : « Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Il en remua le sol, ôta les pierres et y mit un plant délicieux. Il bâtit une tour au milieu d'elle et il creusa aussi une cuve. Puis il espéra qu'elle produirait de bons raisins. Mais elle en a produit de mauvais... J'en arracherai la haie..., j'en abattrai la clôture..., je la réduirai en ruine... La vigne... c'est la maison d'Israël... ». Tout en retenant l'image essentielle, Marc assimile plutôt les Israélites aux vignerons, parce qu'ainsi le veut l'idée préjudicielle du complot tramé par eux contre le Christ Fils de Dieu.
(2-5) Il figure l'ingratitude ancienne du peuple juif par les traitements de plus en plus mauvais infligés successivement à trois serviteurs, dont beaucoup d'autres ensuite ont partagé le sort, parce qu'il pense aux nombreux textes de l'Ancien Testament qui montrent les prophètes envoyés par Dieu et bafoués, frappés ou même
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mis à mort par le peuple infidèle (/ Rois^ XVIII, 13 ; XXII, 27 ; // Chron., XXIV,^20- 21 ; XXXVI, 15-16 ; Néhem., IX, 26, etc.)."
/6-8) La description du complot formé contre le Christ se lisait en termes équivalents dans le livre de la Sagesse et même dans la Genèse : « Ils ont dit... : Circonvenons le juste, parce qu'il... est contraire à nos œuvres... Il se dit le fils de Dieu... Condamnons-le donc à une mort honteuse » [Sag., II, 1-16) : « Ils se dirent l'un à l'autre : ... Tirons-le et jetons-le dans une citerne » [Gen,, XXXVII; 19-24).
(9) La question concernant la conduite que doit tenir désormais le maître de la vigne et la réponse qui suit s'inspirent du passage déjà cité d'Isaïe (V, 5-6).
(10-11) Marc achève de montrer combien toute cette scène dépend de l'Ancien Testament, en mettant finalement dans la bouche de Jésus une citation de 1' « Écriture », empruntée au Psaume GXVIII (v. 22-23), qui est amenée par une simple association de mots (cf. v. 8 et 10) et qui figure pour lui la Passion et le triomphe final du Fils de Dieu (cf. AcL, IV, 11 et / Pierre, II, 7),
(12) Le caractère artificiel du récit s'affirme encore davantage dans la conclusion, où l'on voit les conjurés toujours obstinés à se perdre en perdant le Christ, malgré l'avis qui vient
de leur être donné, comme s'ils étaient irrémédiablement prédestinés au mal. Ils réalisent, à leur façon, la théorie paulinienne de l'endurcissement, dont le narrateur s'est déjà inspiré.