‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 33 sur 53 · IL — QUESTIONS DU JOUR · texte numérisé non relu

IL — QUESTIONS DU JOUR

Marc relie la scène qui précède à celle qui va suivre en expliquant que les auditeurs de la parabole se retirèrent mais envoyèrent près Jésus quelques-uns des pharisiens « pour le surprendre en une parole ». Il amorce ainsi de nouveaux entretiens qui auront un caractère nettement polémique. Le sujet en est naturellement emprunté aux controverses théologiques du temps qui passionnent juifs et chrétiens.

1) Triple réponse

Trois questions captieuses sont posées par des représentants de trois groupes ennemis de Jésus. Elles donnent lieu à trois réponses victorieuses, par lesquelles il confond ses adversaires.

a) Réponse aux pharisiens

(13-14) La l^'e question vient des pharisiens, parce que ceux-ci constituent le groupe principal. Ils sont associés, comme ils l'ont été déjà

vers le début du livre (III, 6) et pour la même raison (p. 37), aux « Hérodiens » ou gens d'Hérode. Le problème qu'ils soulèvent porte sur les rapports que les croyants doivent avoir avec l'autorité romaine. C'est qu'ils apparaissent, surtout après les événements de l'an 70, comme un parti politique autant que religieux, très attaché à l'idée de l'indépendance juive. Marc leur fait demander s'il faut payer le tribut à César. Ainsi se trouve amenée une déclaration du Christ sur un sujet qui intéresse grandement les chrétiens, à en juger par Paul.

(15-17) Jésus prend la parole par trois fois. A ce signe déjà sa réponse apparaît comme une construction du narrateur. Il commence par une plainte qui fait écho à celle de Moïse disant aux Juifs : « Pourquoi me cherchez-vous querelle et pourquoi tentez-vous le Seigneur ? » {Exod., XVII, 2). La solution finale reproduit la doctrine et jusqu'au tour de phrase de Paul, qui écrit à ce même sujet : « Rendez à tous leur dû, à qui l'impôt l'impôt,,., à qui la crainte la crainte » {Rom., XIII, 7).

b) Réponse aux saddacéens .

(18-23) La 2® question est attribuée aux sadducéens parce qu'ils forment le groupe le plus connu après celui des pharisiens. Ces gens passent pour des adversaires de la résurrec-

tien (>). Aussi Marc leur fait-il soulever un cas embarrassant qui tend à la nier, celui de la femme qui a eu sept maris. C'est un thème bien connu dé folklore (cf. Tobie, III, 8; VI, 14). Il se trouve interprété ici du point de vue mosaïque, selon la loi du lévirat (Deuf., XXV, 5-6 ; cf. Gen., XXXVIII, 8). Lui aussi permet à l'évangéliste d'amener une déclaration du Christ sur un sujet qui préoccupe les chrétiens bien plus encore ' que la question des impôts d'Etat (I Cor., XV, 1, 29-34).

(24-25) La réponse attribuée à Jésns sur la spiritualité des corps ressuscites se lit déjà chez Paul (J Cor., XV, 29-55). A ce propos l'Apôtre écrit aux fidèles : « Ne soyez pas dans l'erreur » (v. 33). Marc fait dire par le Christ : « N'êtes-vous pas dans l'erreur ?... Vous êtes grandement dans l'erreur » (v. 24, 26). A l'objection tirée de la loi mosaïque il oppose « l'endroit du buisson » qui se trouve dans « le livre de Moïse », c'est-à-dire le passage de' VËxode (III, 6) où Jahvé, apparaissant dans un buisson ardent, dit au législateur des Hébreux : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob. » Mais il ne tire de ce texte la thèse de la résurrection que par un de ces sophismes rabbiniques qui abondent chez Paul et dont la tradition n'a point disparu.

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