‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 36 sur 53 · B) LA PASSION · texte numérisé non relu

B) LA PASSION

La fin de l'apocalypse qu'on vient ^de lire prépare à sa façon le récit de la Passion. L'idée du Christ glorieux, revenant du ciel pour assembler les élus, apporte un heureux correctif à celle du Christ souffrant et mourant sur la croix. Elle en atténue le scandale. Elle joue ici le même rôle que la scène de la transfiguration devant l'annonce lointaine de cette mort.

Les péripéties du grand drame, qui vont être racontées maintenant, s'échelonnent ellesmêmes sur trois journées, qui seront de plus en plus remplies. Ce plan apparaît dès le début

du premier épisode qui se situe deux jours avant la Pâque, c'est-à-dire avant la mort du Christ.

Le premier jour comprend trois scènes hiem distinctes, dont chacune prépare et expliqua les suivantes.

1) Complot contre Jésus

XIV. (1-2) L'arrestation du Christ ne peut se faire qu'à la suite d'un complot tramé contre lui. Voilà pourquoi l'évangéliste a montré de bonne heure (III, 6), mais surtout dans les derniers jours (XI, 18 ; XÏI, 12), les adversaires de Jésus se concertant pour le perdre. Il les présente maintenant bien décidés à en finir.

Marc distingue parmi eux « les grandsprêtres et les scribes » et il leur fait dire que l'arrestation ne doit pas se faire en pleine fête, devant le peuple. Ainsi conçu, le complot correspond à celui que « les sacrificateurs et les prophètes » formèrent jadis contre Jérémie {Jér., XXVI, 7-8), une des grandes figures du Christ souffrant (cf. p. 56-57). Les ennemis, du prophète recouraient à la ruse et dressaient des pièges [Jér., ÏX, 2-8). Ainsi faisaient encore les adversaires du juste mis en scène par plusieurs Psaumes (X, 4-11 ; XXV, 19-20 ; XXXVI, 4; XXXVIII, 13, etc.).

2) Onction funéraire a BéthAnie

(3-9) Par un de ces contrastes que Marc affectionne, aussitôt après la scène du complot formé à Jérusalem contre Jésus, vient celle d'une onction qui le consacre « Christ ». Ce n'est point l'onction royale réservée au « fils de David », avec qui l'évangéliste se refuse à l'identifier (XIÏ, 35-36). C'est plutôt, comme lui-même le fait remarquer (XIV, 8), une onction funéraire, providentiellement anticipée, du Messie crucifié, le seul qu'il veut reconnaître après Paul (I Cor., 1, 23), Voilà pourquoi il situe la scène à Béthanie, « la maison de l'affliction », chez un « lépreux » du nom de Simon.

L'annonce lui en aura apparu dans un texte du Psaume XXIII (v. 4-5), où le juste idéal dit à Dieu : « Si je marche au milieu de l'ombre de la mort..., tu as préparé devant moi une table en face de mes oppresseurs, tu as oint ma tête d'huile ». Marc s'est trouvé ainsi amené à mettre la scène de l'onction en rapport direct avec la « mort » de Jésus et avec les machinations préparatoires de ses oppresseurs, comme aussi à y faire intervenir une « table » dressée spécialement pour lui, un repas à l'occasion duquel une « huile » précieuse est versée sur sa tête.

Parce que les soins funéraires conviennent plutôt aux femmes (cf. XVI, 1), c'est par une d'elles qu'il fait faire l'onction. Il marque le caractère mystique de la cérémonie en disant qu'elle employa un parfum de « nard véritable », ou, comme il dit en son grec bizarre, de « nard fidèle ». Et il oppose la générosité de cette bienfaitrice anonyme à l'avarice de « quelquesuns » des assistants qui regrettent la dépense, comme il a opposé déjà la libéralité relative de la pauvre veuve à la parcimonie de ses riches voisins (XÏI, 41-44). Par l'éloge qu'il lui fait décerner et par la critique correspondante adressée du même coup à ses contradicteurs, il prépare doublement la scène qui va suivre.

3) Trahison de Judas

(10-11) Nous devons sous-entendre que Judas était du nombre des mécontents, et que ce fut son mécontentement qui décida sa trahison. Celle-ci, en effet, vient immédiatement après et elle se fait contre une promesse de paiement.

La mention de l'argent que doit toucher le traître révèle l'influence d'un texte de Zacharie (XI, 12-13), où un pasteur idéal, identifié par les lecteurs chrétiens avec le Messie, déclare avoir été évalué par son troupeau infidèle à

« 30 pièces d'argent ». Matthieu se réfère ici expressément à ce passage (XXVII, 9). Marc s'en sera inspiré avant lui, parce qu'il concevait l'apôtre Judas comme une personnification du judaïsme rebelle. Il ne fait par là que traduire, sous une forme particulièrement aigûe, l'idée très défavorable qu'il s'est formée des juifs, et des chrétiens judaïsants.

L'évangéliste identifie Jésus, « livré » par un de ses compagnons aux gens qui complotent, sa perte, avec « l'enfant de Dieu » qu'Isaïe nous montre « livré » pareillement à la mort (LUI, 6, 12 Sept,), « semblai>le à un agneau qu'on mène à la boucherie » (LUI, 7). Il place,, en conséquence, cette « livraison » perfide, cette trahison, dans « le 1^^ jour des azymes où l'on immolait la Pâque », c'est-à-dire dans celui qui précède la solennité pascale et au soir duquel les Juifs mangent l'agneau rituel {Exod.^ XII, 6).

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