‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 38 sur 53 · IL -— DÉFECTION DES DISCIPLES · texte numérisé non relu

IL -— DÉFECTION DES DISCIPLES

Ayant montré que le Maître a aimé ses disciples jusqu'à leur donner sa chair et son sang, Marc, toujours amoureux des contrastes, montre ces mêmes disciples l'abandonnant lâchement à l'heure du danger. Trois scènes sont consacrées à ce thème. La 1^^ qq déroule pendant que Jésus va au mont des Oliviers, la 2^ quand il y est arrivé, la 3^ ou moment où il va être ramené à Jérusalem,

1) Annonce de la défection

(26) D'après la Loi, les Juifs ne devaient pas quitter leur maison pendant la nuit dé Pâques {Exod., XII, 22, 24). Mais l'évangéliste a ses raisons d'en éloigner Jésus. Il pense d'abord à David, déjà présenté par lui comme une figure providentielle du Christ (II, 25), qui, se sachant traqué par ses ennemis et trahi par son conseiller Achitopel, « passa le torrent du Cédron... et monta la colline des Oliviers » (// Sam., XV, 23, 30)'.

(27) Sur le chemin il fait prédire aux disciples que tous « seront scandalisés », en d'autres termes, que tous trébucheront et tomberont, en souvenir du texte d'Isaïe (VIII, 14), déjà utilisé par Paul {Rom., IX, 33 ; / Cor., I, 23) et par Marc lui-même (VI, 3), où on lit que « le Seigneur » sera « une pierre d'achoppement et une roche de scandale pour les deux maisons d'Israël ».

Il fait citer à ce propos une autre prophétie empruntée à Zacharie (XIII, 7, grec), qui fait suite à la vision du pasteur idéal mis à prix pour 30 sicles d'argent (XI, 12 ; cf. Me XIV, 11).

(29-31) Pierre est mis particulièrement en scène, parce qu'il est le premier des disciples.

Lui aussi doit faillir, selon la prophétie. Pareille <:hose arrive, d'après Paul, à ceux qui mettent leur confiance en eux-mêmes au lieu de la mettre en Dieu seul [Rom., II, 17-24 ; III, 27 ; / Cor., I, 26-29, etc.) : « Ainsi donc, dit-il, que celui qui compte se tenir debout prenne garde <ie tomber » (I Cor., X, 12). Marc montre comment cette parole s'est réalisée en ce disciple même qui était une des trois « colonnes » de l'Eglise juive [Gai., II, 9), et dont le nom semblait présager la solidité de .la pierre. Il met comme sa signature à la fin du récit, en faisant annoncer que cet homme, si sûr de; lui, tombera par « trois fois ».

2) Agonie solitaire

(32-42) S'inspirant sans doute d'un recueil d'oracles messianiques, l'évangéliste associe à l'oracle de Zacharie, concernant les brebis qui s'éloignent de leur berger, un texte d'Isaïe (LXIII, 1, 3), où un personnage mystérieux se présentant comme un sauveur du peuple, dit de lui-même : « J'ai été seul à fouler le pressoir, et nul homme... n'était avec moi.

J'ai regardé et personne pour m'aider ; j'ai observé et personne pour me soutenir. » De là vient que la scène qui suit est située en un lieu du mont des Oliviers appelé Gethsemani,

Le nom signifie, en effet, « pressoir d'huile »,i Une même association par ressemblance aura, fait intervenir un passage du livre des Psaumes,, où un juste idéal prie Dieu de venir à son aide,, parce qu'il est traqué par ses ennemis et privé de tout ami : « Sauve-moi, ô Dieu,... je suis devenu un étranger pour mes frères... J 'attende la pitié mais en vain, des consolateurs et je n'en -trouve aucun... Pour apaiser ma soif, ils m'abreuvent de vinaigre... » (LXIX, 2, 9^ 21-22). Voilà pourquoi l'évangéliste montre Jésus en prière et lui fait demander à Dieu d'éloigner cette « coupe » de lui (cf. Me, X, 38 ;, XIV, 23-24).

Sans doute s'inspire-t-il aussi, en décrivant son angoisse mortelle, d'un autre Psaume d'une inspiration analogue, où le juste souffrant dit à son Dieu : « Délivre-moi des hommes de fraude et d'iniquité. Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse... Pourquoi t'abats-tu, mon âme et gémis-tu au-dedans de moi ? » (XLIII, 1-6).

Marc procède plus encore de Paul, quand il fait dire par Jésus : « Abba, Père » (cf. Gal.,^ IV, 6), « pas ce que moi je veux, mais ce que tu veux toi » (cf. PhiL, II, 8), « Restez et veillez » (cf. / Thess., V, 4-6 et Me. XIII, 33-37. «L'esprit est bien intentionné mais la chair est faible » (cf. Gai., V, 16-18). Peut-être se souvient-il

d'un texte où l'apôtre dit de lui-même, à propos d'une épreuve infligée par Satan :

« Trois fois, j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi, et il m'a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse »

{II Cor., XII, 9).

Le récit n'en est pas moins, dans son ensemble, une création de l'évangéliste. On peut le conclure déjà du rôle essentiel qu'y joue le nombre trois. La mise en scène, d'ailleurs, ^st visiblement conçue pour former avec celle de la transfiguration un de ces contrastes qui plaisent tant à Marc. Les deux tableaux se correspondent en s'opposant. Dans l'un comme dans l'autre, Jésus va sur une montagne et il laisse à l'écart ses disciples, à l'exception de trois, Pierre, Jacques et Jean, qu'il amène avec lui. Tandis que, dans l'un il est glorifié par son Père céleste, dans l'autre, il s'humilie devant lui. Mais les témoins, qui, la première fois, sont saisis de stupeur, en sorte que leur porte-parole ne sait que dire, se trouvent, la seconde fois, dans un embar]:as encore pire, car leurs yeux s'alourdissent.

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