‹ Pour comprendre la vie de Jésus [microform]Chapitre 41 sur 53 · III. — AU T^EUNAL DES JUIFS · texte numérisé non relu

III. — AU T^EUNAL DES JUIFS

(53-54) Les versets suivants nous montrent Jésus conduit au grand-prêtre, près de qui le sanhédrin s'assemble pour le juger, de nuit.

Nous savons par la Michna que les procès devaient se tenir le jour et étaient interdits durant les fêtes. Mais Marc se préoccupe fort peu de ces menus détails. Il veut seulement montrer le Christ traité en malfaiteur par les Juifs, conformément aux vieux oracles.

Trois épisodes vont lui servir à cette fin. Ils se suivront dans un ordre habilement gradué, où l'on peut reconnaître plus que jamais sa manière. Jésus sera accusé par des faux témoins, condamné par le grand-prêtre, renié par le premier de ses disciples.

1) Les faux témoins

(55-59) L'épisode initial présente lui-même une gradation tripartite. Le sanhédrin cherche vainement contre Jésus les témoins prescrits par la Loi {Nomb., XXXV, 30 ; DeiiL, XVII, 6). Beaucoup se présentent mais ne disent que des faussetés discordantes. Quelques-uns précisent leurs accusations, qui restent mensongères et contradictoires.

La perspective générale, s'inspire de celle

qu'offre le récit des épreuves de Jérémie, considéré comme une figure prophétique du Christ : « Les prêtres, les prophètes et tout le peuple se saisirent de lui en disant : « Tu mourras. Pourquoi prophétises-tu au nom du Seigneur, disant : Cette maison (de Dieu ) sera (détruite) comme Silo ? » {Jér., XXVI, 8-9).

Ce texte a été associé à ceux où Paul compare hotre corps à un « temple » (/ Cor., III, 16-17 ; VI, 19; // Cor., VI, 16) et, plus précisément le corps ressuscité à une maison « qui n'est pas faite de main d'homme » (// Cor., V, 1-5).

Marc fait donc reprocher au Christ l'annonce antithétique de la destruction du temple et de sa propre résurrection. Mais il le fait de telle sorte que la première est rapportée inexactement et la seconde en termes contradictoires, car Jésus a dit précédemment que le temple serait détruit, non que lui-même le détruirait (XIII, 2), et, comme lui-même s'est qualifié de « fils de l'homme », un temple « qui n'est pas fait de main d'homme » ne peut être son œuvre. L'évangéîiste tient à noter que les témoignages étaient faux et discordants, parce qu'il montre ainsi comment s'est réalisé l'oracle d'un Psaume (XXVII, 12 Sept.), où un juste persécuté dit <le ses adversaires :

Contre moi se sont levés de faux témoins Et l'iniquité s'est menti à elle même.

2) Le Grand-prêtre

Le second épisode présente une articulation analogue à celle du premier, mais encore plus^ nette. Trois questions du grand-prêtre en marquent le développement gradué.

(60-6P) La l^e tend à faire observer que Jésus; s'est abstenu de répondre aux accusationsformulées contre lui. C'est qu'on lisait chez- Isaïe, au sujet du serviteur (ou fils de Dieu : « Il a été maltraité et opprimé et n'a point ouvert la bouche. Semblable à un agneau qu'on mène à la boucherie... il n'a point ouvert la bouche » (LUI, 7). Un autre serviteur de Dieu^ qui, pour les chrétiens, n'est autre que le Christ, dit de lui-même dans un Psaume :

« Ceux qui en veulent à ma vie tendent des pièges, ceux qui cherchent mon malheur disent, des méchancetés... Et moi, je suis comme un sourd qui n'entend pas, je suis comme un muet qui n'ouvre pas la bouche. Je suis comme un homme qui n'entend pas et dans la bouche^ duquel il n'y a pas de réplique « (XXXVIII,.

(6P-62) La 2^ question du grand-prêtre est destinée à montrer comment s'est vérifiée la parole du livre de la Sagesse (II, 13), d'après, laquelle le Sage idéal « s'est dit le Fils de Dieu »,, titre que le début de notre évangile (I, 11) a

déjà identifié avec celui de Christ. La réponse de Jésus attestant sa messianité se trouve ainsi formulée d'une façon solennelle devant le représentant officiel du Judaïsme. Elle s'inspire du texte déjà cité (XII, 36) d'un Psaume couramment entendu au sens messianique (CX^ 1) : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assiedstoi à ma droite. » Elle se rattache aussi à un passage de Daniel (VII, 13), également utilisé plus haut (XIII, 25) : « Voici sur les nuées des cieux... quelqu'un de semblable à un fils de l'homme. » "

(63) La 3^ et dernière question, qui se présente comme une réplique à ce témoignage du Christ et qui ne s'adresse plus à lui mais à ses accusa teurs, doit déclancher la sentence finale. Elle fait écho à la parole que le livre de la Sagesse attribue aux insensés pervers qui décident la perte du Sage innocent : « Condamnons-le à la mort la plus infâme..., parce qu'il s'est dit le Fils de Dieu » (II, 20). La réponse est fournie par une triple scène rapidement esquissée et subtilement graduée.

(64) Tous les membres du Sanhédrin, san& aucune exception, condamnent Jésus, parce qu'ainsi le veut l'ensemble des textes cités d'Isaïe, de la Sagesse et du Psaume XXXVIII, qui montrent le sage ou le juste idéal universellement réprouvé.

(65») Certains se mettent à cracher sur Jésus, à lui envelopper la tête et à le souffleter. Ceci encore faisait partie du programme messianique : Chez Isaïe le serviteur (ou enfant) de Dieu dit de lui-même : « J'ai livré mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe, je n'ai pas dérobé mon visage aux ignominies et aux crachats » (L, 6). Plus loin, le prophète ajoute à son sujet : « Son visage était comme caché » (LUI, 3 Aquil.).

(65^) Les « valets » reçoivent le condamné avec des coups, parce que, chez Isaïe, le serviteur (ou enfant) de Dieu dit de lui-même, dans le passage où il se montre exposé aux soufflets et aux crachats : « J'ai livré mon dos à ceux qui me frappent » (L, 6). Le rôle attribué à ces serviteurs ou esclaves- prépare celui de Pierre, qui s'est assis avec eux (XIV, 54) et qui va être pris à partie par eux.

3) Le disciple renégat

(66-72) Nul épisode ne révèle mieux l'esprit de Marc et son art subtil que celui qui expose la conduite du disciple renégat. Ici encore nous assistons à trois scènes, qui présentent une nouvelle gradation. Une servante commence par interpeller ce Galiléen qui était avec le Nazarène, puis elle le dénonce à l'entourage,

qui, à son tour, s'en prend à l'intrus. Celui-ci nie d'abord tout rapport avec le Christ, ensuite il récidive, enfin il accompagne son reniement d'imprécations et de jugements.

Ainsi se réalisent pour Jésus, les paroles figuratives de Job : « Je suis abandonné de mes proches, je suis oublié de mes intimes, je suis un étranger pour mes serviteurs et mes servantes... » (XIX, 13-15). Nous avons vu dans plusieurs Psaumes le juste persécuté tenir un langage analogue. Marc exploite ce thème selon sa tendance antijuive.

€Vest Pierre qui personnifie les amis renégats, parce qu'il joue déjà ce rôle dans î'Epître aux Galates (II, 11-14). Ayant professé devant Paul le vrai christianisme, il s'en est ensuite écarté « par crainte des circoncis ». La versatilité ■ attribuée à cet homme, qui, quelques heures auparavant, promettait solennellement au Christ de ne jamais le quitter, quand même tous l'auraient abandonné, dépasse la commune mesure. Mais elle n'est pas plus extraordinaire que rinintehigence dont Marc l'a souvent gratifié..

Pour montrer combien il serait prompt à manquer de parole, l'évangéliste a fait prédire,, dans la nuit, que, dès le premier chant du coq, il renierait son Maître par trois fois. La réalisation de l'oracle est ici décrite sous une forme pittoresque, avec une précision qui en impose..

Seulement des lecteurs du Talmud ont fait remarquer qu'on n'élevait pas de coqs à Jérusalem. Ils y étaient considérés comme impurs, parce qu'ils grattent la terre pour en prendre les déchets [Baba Kamma, 82 ; cf. Tosephta, negaïm, VI, 2). On n'avait pas de tels scrupules à Rome et les coqs y étaient si nombreux que leur premier chant servait à désigner l'approche du matin. Marc parle selon les usages du milieu où il vit.

Contrairement à son habitude (cf. XIV, 47), il complète son récit par une brève mention du repentir de Pierre. C'est qu'il doit expliquer comment le disciple renégat est dévenu malgré sa chute, une des colonnes de l'Eglise [GaL, II, 9). Sans doute veut-il aussi montrer comment doivent se comporter les chrétiens qui tombent pareillement aux Jours de tribulation (cf.

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