G) ÉPILOGUE
Un complément est pourtant nécessaire. Il s'agit d'établir, conformément à la doctrine de Paul {Phil., II, 8-9), que le Christ, s'étant humilié et rendu obéissant jusqu'à mourir sur une croix, a été ensuite « exalté » par son Pèi^e •céleste, en d'autres termes, qu'il est ressuscité et monté au ciel. Il faut pour cela que les mêmes témoins aient assisté à sa mort et à sa sépulture, pour se rendre compte ensuite de sa résurrection.
C'est ce que vont montrer trois scènes ultimes. Elles s'étendent sur trois jours, comme Jésus lui-même l'a expressément annoncé par trois fois (VIII, 31 ; IX, 31 ; X, 34). Enfin trois
témoins y paraissent et deviennent les garants du narrateur. C'est le triomphe de la triade marcienne.
1) Témoins de la mort
(40-41) La première scène n'intervient que pour préparer les deux autres. Aussi elle est très courte et à peine esquissée. Elle n'en reflète pas moins, en sa brièveté, les tendances caractéristiques de Marc.
Aucun des disciples n'apparaît comme témoin de la mort du Christ. Tous se sont dispersés^ comme le Maître l'avait prédit (XIV, 27, 50). Ce sont des femmes qui tiennent leur place au Calvaire. Elles ont servi Jésus en Galilée et sont montées avec lui à Jérusalem. Elles^ lui restent fidèles jusqu'à la mort. Ainsi se réalise la parole de Paul d'après laquelle Dieu a 'choisi des « êtres faibles » pour confondre les « forts » (I Cor.^ I, 27). C'est, comme dit la suite du texte paulinien, « afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu ».
Pour la même raison, la mère du Christ elle-même n'est point mentionnée parmi les^ femmes qui assistent à la mort de son fils.
Elle l'a, jadis, avec sa famille, traité d'insensé (III, 21). C'était le péché contre l'Esprit, celui qui n'est point pardonné (III, 29). Aussi a-telle
été publiquement reniée par lui (III, 33). Elle ne lui est plus rien. Deux homonymes la remplacent : « Marie la Magdalène » et « Marie mère de Jacques et de José ». Leur présence ne fait que mieux ressortir son abstention.
Ce n'est assurément pas, par hasard qu'une troisième femme, « Salomé » se trouve adjointe aux deux Maries. Ces trois témoins de la dernière heure remplacent Pierre, Jacques et Jean, qui, ayant assisté à la transfiguration, puis à l'agonie de Gethsémani, ont fui lâchement au moment du danger. Marc accentue le parallèle en notant que la seconde était mère de « Jacques le petit », car ce nom fait penser à l'autre Jacques, à celui qui voulant être le plus grand, demandait au Christ d'être assis à sa droite dans son royaume (X, 35-37; cf. IX, 33-34).
Les termes dont il se sert pour caractériser l'attitude des femmes trahissent l'influence persistante des souvenirs bibliques. « Elles regardaient de loin ». De bonne heure les auteurs ecclésiastiques ont rappelé à ce sujet un oracle de Zacharie (XII, 10, 14, Sept.) :
« Ils tourneront les regards vers moi, celui qu'ils ont crucifié... les femmes à part. » Certains ont aussi mis en avant un passage du Psautier (XXXVIII, 12) qui fait dire à un juste mourant : « Ceux qui étaient près de moi se sont arrêtés de loin. ».