LA PEINTURE GOTHIQUE
est un schema mnemotechnique bien plutot qu une imitation.
Cette apparente gauchene ne provient pas uniquement de 1 insuffisance des pemtres ; elle tient aussi a un principe meconnu de nos jours : un tableau est une fenetre ouverte sur un sujet, on ne le voit bien que d un point, celui-la meme d ou 1 artiste la considere ; c est done une erreur de traiter comme un tableau une peinture murale, qui est destmee a etre vue simultanement par un grand nombre de personnes. Les artistes du Moyen Age ont eu raison de sacnfier la perspective et de s en tenir a un genre sans profondeur, sans vente, absolument conventionnel et decoratif .
Dans des edifices moms luxueux, la peinture simulait un appareil, releve d une fleur sur chaque bloc et qui pouvait etre coupe d une bande plus ou moms large de rmceaux, au sommet des voutes, par exemple, ou a la hauteur p 1G . 212 FEATURE GOIHIQUE.
Tresses
des chapiteaux.
La peinture gothique. -
Deux circonstances tendent
a modifier dans son principe la peinture murale a 1 epoque gothique (fig. 212): en premier lieu, 1 eglise gothique, toute en membrures, n a guere de larges surfaces plates que dans les voutes ; en second lieu, 1 eclat des grandes verrieres aurait eteint les peintures sur les murailles si on n avait pas donne a ces peintures des tonalites plus vibrantes, plus soutenues et plus vigoureuses.
Les peintres gothiques ont done principalement dessine des ornements, en s aidant de poncifs ; les artistes du XIII 6 siecle ont applique des couleurs chaudes, bruns rouges, bleus profonds, etc., broyees notamment avec de la resine ou de la cire. Or, comme chacune de ces teintes, si elle avait rayonne sur la voisine, en aurait modifie la valeur, on les cernait d un filet
LES PROCEDES DE LA DECORATION
noir ou or. On usa des rehauts metalliques et meme, dans
de rares edifices, des incrustations de verre.
Ces precedes, employes dans les monuments les plus riches,
comme la Sainte-Chapelle, n etaient pas de mise pour les edifices plus modestes : dans ces dermers, on conservait les appareils simules et les tonalites ocreuses, sauf a augmenter 1 intensite du colons dans le voisinage des vitraux.
Puis, vers le XIV 6 siecle, on abandonna souvent ces decorations magnifiques : on coloriait vivement les clefs des voutes et les amorces des nervures ; on jetait par endroits un motif ou un personnage detaches. Ce n etaient plus les ensembles splendides de ce XII 6 siecle dont on peut dire apres Violletle-Duc qu il cut, plus qu aucune autre epoque, le sens de la deco ration monumentale. II subsiste toutefois de la periode gothique
des pemtures murales d une grande richesse (fig. 213). Pour camper les personnages, les
pemtres avaient des precedes geome-
tnques dont il nous est reste quelques
exemples dans 1 album d un architecte
picard du Xlll e siecle, Villard de Hon-
necourt (fig. 214). Ces formules faciles
sont deprimantes : on leur doit peut-etre
en partie les gestes guindes qui se
peuvent observer dans certaines
oeuvres du temps. Les veternents
amples, souples, sont de facture tres su-
perieure a celle des vetements romans.
La peinture de la Renaissance et des
temps modernes. - Le xvi e siecle mela aux motifs gothiques
un repertoire nouveau, qui finit par exclure le precedent.
Ce sont des arabesques, des medaillons, des cartouches,