ET L'INCONSCIENT
CJne grave objection. — La liberté rendue à la Mémoire.
— Les deux domaines d'activité. — Complication et difficulté nécessaires du Conscient — Simplicité de rinconscient. — Le Sub-conscient. — Le banai^ le familier. — Ce que novt devons à Tinconscient.
— L'habitude. ' çV -
V^^ ,ç\\e : le Sub-^ Je ne me paie point d'illusi?e nécessairement nos études il vous sera arr .ce infuse : et non de penser : Oui, tout cela estniiert que par un ressaut et me semble raisonnabi^^alisation d'un trop co mjgligu é 1 Gomment me ti. d'^n labeur ■P«i|||hÉH - observatioir, une con-
^ ''(» fljnatnement continu? Av<^ q^ç^vo ^^* v^^ ^^ phrase, je devrai cadencer ^^ Ab . ^f^ ï^ consonance dominante, ^^^^^^ ^loris? je resterai là, bouche
béante en attendant le bon plaisir de réflexion ? Admettons même que les divei ~ opérations intellectuelles aient lieu avec rapidité de l'éclair; encore est-il à craindre les mille remarques qu'elles me fournissent soient pour ma mémoire des entraves plut que des auxiliaires, des chausse-trapes sema sous ses pas et non des indicateurs kilométriqu6ll| qui l'empêchent de s'égarer.
L'objection serait sans réplique si nous nous limitions au travail effectué jusqu'ici. Mais voici l'instant venu de faire table rase de tous nos auxiliaires et jalons mnémoniques et quand '- M'oire reconstituera tel morceau déter-
'-^'sser marcher seule, librement et DUS avons parlé du dédoublennalité, ne vous êtes-vous pas *. passait quelque chose d'exlenait du miraculeux? Nous ^ double, nous ne prenions ^r . D'acteur, le moi primitif T. Tout ce que nous avons donc inutile ? En apparence seulement. Inutile mme qui marche : les
*o. Ai
kambes semblent aller d'elles-mêmes et maintehip le corps d'aplomb sans y prendre garde; inutile comme Talphabet au lecteur, à moi qui écris en ce moment : songeons-nous à la forme de chaque lettre et au son qu'elle représente? inutile comme le doigté au pianiste qui joue sans regarder son clavier. L'intelligence directrice a donc quitté le cerveau pour passer dans les jambes, dans les yeux et dans la main I On dit : l'exercice est machinal; le mot est malheureux, disons plutôt qu'il est devenu incojiscient. En effet, nous avons deux domaines d'activité bien distincts : le Conscient, et V Inconscient où l'on arrive par un degré transitoire : le Subconscient. Le Conscient précède nécessairement l'Inconscient : nul n'a la science infuse ; et non seulement la science ne s'acquiert que par un patient labeur, mais l'Art, la réalisation d'un idéal, est, ne peut être que le prix d'un labeur acharné. Mais, d'autre part, on n'a une connaissance complète que de ce qui a passé complètement dans le domaine de l'inconscient et l'artiste ne peut entreprendre avec chance de succès de réaliser l'idée qu'il a conçue que s'il sait son métier « sur le bout des doigts ».
S2 LA MÂMOIRB VERBALE
Ce virtuose que vous écoutez avec admiration, bien qu'il joue avec une aisance et une simplicité qui suggèrent parfois la réflexion naïve : j'en ferais bien autant; ce virtuose, pendant de longues années et de longues heures chaque jour, s'est livré à des exercices d'assouplissement et de force, pour arriver enfin à n'avoir plus à se préoccuper que de l'interprétation créatrice, paraissant désormais dédaigner l'outil manuel qui en assure la réalisation.
Comprenez-vous maintenant pourquoi nous avons « décroché » ensemble tant de gammes mnémoniques ?
C'est que l'expérience, et de nombreuses expériences ou essais, m'ont appris ceci : on fait passer une notion dans l'inconscient d'autant plus complètement, profondément, que le conscient s'est emparé d'elle avec plus de vigueur, l'a examinée avec plus de soin, la pesant, l'analysant, la disséquant, la recomposant ensuite pour en saisir l'ensemble. Pour ce travail préparatoire mais d'une importance capitale et que rien ne peut remplacer, tous les moyens sont bons ou plutôt il y faut l'union de tous les moyens dont nous disposons, les plus humbles
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comme les plus élevés, matériels et intellectuels, la petite remarque auditive ou visuelle oomme renchatnement logique, l'action et la réflexion, la censure d'une faute et l'admiration de la beauté. « Tu gagneras ton inconscient à la sueur de ton conscient » telle est la loi qui sur terre est imposée à notre connaissance et à notre création. Je m'en réjouis, d'autres s'en affligent, mais en tout cas à tous la Loi s'impose, à tous ceux du moins que tente une activité supérieure dans quelque sphère intellectuelle que ce soit.
Vous m'objectiez que ma manière de procéder est compliquée ; en ses préliminaires conscients elle l'est, assurément; mais rien n'est simple à ses débuts : l'enfant est un microcosme d'une incroyable complication ; l'être humain n'atteint la simplicité qu'à l'âge viril; l'apprenti escrimeur combine des coups compliqués, il finit par recourir presque exclusivement au simple coup droit ; mais l'exercice des premiers lui a fourni la rapidité foudroyante de celui-ci ; l'artiste ne devient supérieurement simple qu'après s'être attaché à des minuties.
D'une simplicité élémentaire deviendra notre
méthode, elle aussi, une fois parvenue à ce domaine de Tinconscient. Mieux encore : la méthode disparaît; nous nous contentons de dire à la Mémoire : maintenant que tu as assimilé complètement, crée quand il te plaira et autant de fois qu'il te plaira.
On a deviné ce que j'entends par le Sub-Conscient. C'est la partie du fond immédiatement sous le Conscient; Tlnconscient est le tréfond. Dans le sub-conscient la mémoire presque sûre d'elle-même a encore parfois certaines hésitations. Qu'elle remonte alors au grand jour du conscient, qu'elle lui emprunte une nouvelle substance, de nouvelles remarques, et se livre encore à de multiples exercices. Elle descendra ensuite avec plus d'assurance vers l'inconscient. Nous reviendrons du reste sur ce sujet quand nous proposerons les épreuves finales et mettrons en garde contre les crises de la mémoire.
Donc, pour que nous possédions pleinement une notion il faut que pour nous elle soit devenue banale? et quand nous saurons parfaitement un morceau nous le dirons inconsciemment; il sera devenu banal aussi? Voilà une idée désolante. Ne vous désolez point. Il ne sera
pas banal, mais familier, ce qui est bien dif* férent. Le banal n'a plus pour moi de réel intérêt 9 le familier fait désormais partie de ma famille, de moi-même. Si tel morceau (mémoire verbale) tel tour de main, telle occupation (mémoire pratique), ont passé dans mon subconscient, puis dans mon inconscient, c'est que les cellules de mon cerveau en sont imprégnées, en vivent et qu'un génie intérieur commande à ma voix, à mes doigts, à mon activité, sans la participation apparente de ma volonté, de mon jugement, de ma mémoire. Et l'on prétendra que cela n'est pas intéressant? Moi je trouve que c'est merveilleux.
Songez plutôt à la grandeur de nos obligations envers l'activité inconsciente ! Sans elle notre création artistique serait nulle, puisque l'outil demeurerait toujours un poids mort entre nos mains ; mais même nous ne marcherions pas, nous ne parlerions pas. N'éprouvez-vons plus de plaisir à marcher et à parler? Que deviendrait ma pensée si j'étais obligé de réfléchir à l'orthographe de tous les mots que j'aligne ici I Que ferait le chanteur s'il lui fallait penser à chaque note de son morceau et nous, diseurs,
si nous devions passer en revue toutes nos remarques mnémoniques avant d'attaquer un vers, une phrase I Et cependant toutes ces opérations s'effectuent avec une précision et une rapidité admirables grâce à la collaboration de l'inconscient visuel, auditif et intellectuel.
Soyons même tout à fait sincères : Le travail conscient est toujours un peu pénible ; si nousacceptons sa loi d'airain, il nous arrive de gé mir sous sa tyrannie. Nous ne tirons de vraies jouissances de notre labeur que lorsque sa production est passée dans l'inconscient. Aussi longtemps que ma conscience intellectuelle conserve une part sensible dans la reconstitution d'un morceau j'éprouve de la gène, et, disons le mot, de la peur. Je me rends compte que les jalons mnémoniques peuvent devenir des obstacles qui me feront trébucher, balbutier, me rendront ridicule. Mais sitôt que je n'ai plus, en apparence, à réfléchir à rien, je suis hardi comme un vétéran dans la bataille.
L'habitude du travail en allégera la charge et hâtera le passage de l'activité consciente à l'inconsciente. Ne prétendons point que l'habitude est une seconde nature, cela n'a pas de
sens. Mais elle corrige la nature, la dompte, Fassouplit et, par sa discipline, la soutient dans ses défaillances. Nous allons examiner les défaillances naturelles de la mémoire.