‹ Pour développer notre mémoire par l'audition, la vision, l'idée;Chapitre 3 sur 32 · VIII POUR LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

VIII POUR LA MEMOIRE

est donc très probable qa*en tant que mémoire de faits, elle agit de même et que si j'en pouvais dresser le compte, je m'apercevrais qu'elle suscite en moi beaucoup plus de souvenirs agréables que de fâcheux.

Il est vrai que d'après Dante les souvenirs heureux sont des tourments.

Mais d'après Musset c'est le contraire.

Allons, il est probable, en définitive, que la mémoire est une bonne amie, qui a ses défauts comme tous les amis, mais qui a beaucoup plus de bon que de mauvais, comme quelques-uns.

Or nous en avons dit beaucoup de mal; nous la considérons comme une faculté inférieure, comme une faculté qui ne nous fait pas honneur, peu s'en faut, comme une tare, et il est courant de ne pas considérer une belle mémoire comme signe très sûr de haute intelligence. Il me semble que c'est Montaigne qui a mis en cours cet axiome, en assurant que mémoire et jugement vont rarement ensemble. 11 l'avait dit, d'autres Tonl répété, et c'est devenu, sur son exemple, une adresse, pour faire croire à son intelligence, sans en parler, que de dire du mal de sa mémoire.

Remarquez que les anciens n'ont jamais, que je croie, émis cette idée; que pour eux, ce qui est peut-être aller trop loin en sens inverse, Mnémosyne n'est rien de moins que la mère des Muses ; que gouvernés par l'éloquence, et la mémoire étant absolument nécessaire à Torateur, ils tenaient la mémoire en très haute estime et cherchaient avec soin et trouvaient d'ingénieuses

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