VIII. — CONDITIONS REQUISES POUR LES EXPÉRIENCES SPIRITES
De tout ce qui précède, il résulte que les âmes des morts existent objectivement et que les communications entre elles et nous sont non seulement possibles, mais réelles.
Vous allez me dire : « Les somnambules assez lucides pour voir les esprits et converser avec eux sont assez rares, et, si je ne puis acquérir la preuve expérimentale de l’immortalité de l’âme que par leur intermédiaire, je risque beaucoup d’être réduite aux preuves de raison et d’autorité,
(( L’immortalité de l’âme restera donc, pour moi, un article de foi plutôt que de science ; à moins que vous ne m’indiquiez d’autres moyens plus pratiques d’établir ma conviction. )>
C’est là précisément, ma chère Sophie, que je voulais en venir; et la clarté avec laquelle vous venez de résumer ce que je vous ai dit me prouve que vous m’avez bien compris et que nous pouvons en toute sécurité continuer notre route dans le domaine spirituel.
Accordez-moi donc encore quelques moments d’attention; nous approchons du but de vos désirs.
Puisque c’est d’âme à âme que la communication a lieu entre les morts et les vivants, vous comprenez que notre corps, nos sens extérieurs, sont le seul obstacle au rapport direct.
Pour que ce rapport s’établisse, il faut donc :
Ou que le vivant s’isole du monde extérieur et qu’il se concentre sur som intérieur;
2^ Ou que la mort s’excentrise, s’extériorise, se matérialise en quelque sorte;
3® Ou que chacun de son côté y mette du sien et fasse la moitié des avances.
Le premier cas a lieu en somnambulisme; mais, comme vous venez de le dire, tout le monde n’a pas une puissance de concentration suffisante pour entrer de soi, ou avec l’aide de tiersi dans cet état.
Le second cas se présente dans les apparitions spontanées d’esprits et dans les diverses manifestations qu’ils font sans nous et même malgré nous.
Le troisième cas est celui qui réunit les conditions les plus favorables; c’est lui que l’on emploie dans les évocations spirites. Mais c’est aussi le plus dangereux, comme nous le verrons bientôt^
Jo vais tAcher de vous donîier sur son emploi les conseils nécessaires pour que vous puissiez en faire usago et aussi pour que vous évitiez l’alDUS.
Il y a trois conditions requises pour qu’une* évocation réussisse. Il faut :
1° La permission de Dieu;
2^ La volonté dô révocatèur;
3® La volonté ou le consentement de l’évoqué.
Que la permission de Lieu soit une condition sine qua nœi, c’est ce qui ressort de ce que les Ames et les anges sont passil)les, c’est-à-dire dépendants de Dieu,
Que la volonté des parties soit aussi une condition requise, c’est ce qui est évident de sol.
Il ne faut donc pas s’étonner si ron n’obtient pas toujours la communication avec l’esprit que l’on désire, et si on robtient quelquefois de ceux qu’on ne demande pas.
Cès échecs, loin» d’infirmer la doctrine spirite, la confirment : L’esprit souffle où il veut. Dieu permet quand il le juge à propos. L’Ame séparée consent à se communiquer suivant ce que Swedenborg appelle son amour déminant, c’est-à-dire ses liens de parenté, d’affection, de sympathie, de communion de sentiments ou d’idées avec l’évocateur, etc.
L’aléa qui, par ces raisons, existe dans les communications, est une source de dangers pour les personnes qui abusent des évocations, qui prolongent les séances trop longtemps ou qui les réitèrent trop fréqueniment; et surtout pour celles qui s’imaginent, scientifiquement que les esprits doivent être à leurs ordres, à leur discr éüon, et que les expériences spirites doivent réussir, mailiématlqueinen.t, comme les tours de physique ou de ebrmie amusantes.
Nous reyiçndrons sur ce danger tout à l’heure, et sur les moyens de le prévenir et d’y remédier. Avant çela, il convient que je vous indique la manière de procéder dans les évocations.
• IN. — LA TYPTOLOGIE
Le moyen le plus communément usité, le plus à la poi'tée de tout le monde et, en môme tomp^i le plus prohnnl qui soit connu jusqu’à ce jour pour entrer en communication avec les esprits, c’est de se set^ir d’une lùhle, d’un guéridon ou de quelque objet analogue.
Voici la façon dont vous devez procéder.
11 s’agit d’alwrd de trouver un médium, si vous n’en avez pas. Il est rai e que dans une famille il ne s’en trouve pas un et même plusieurs.
Pour le découvrir, vous vous placez à deux vis-à-vis devant une table. Vous posez les mains à plat dessus. Vous vous reculiez et vous évoquez mentalement ou verbalement Tàme d’un parent de préférence à tout autre.
Au bout de quelques minutes, s’il se produit des craquements, des mouvements divers dans le meuble, Pun de vous est médium, c’est celui qui semble soulever la table, quoiqu’il m fasse aucun effort.
Si vpus n’obtenez rien, cédez la place à deux autres, qui procéderont de la môme façon, et ainsi de suite jus([u’à ce que vous ayez trouvé un médium.
Je vous conseille, contrairement à l’usage ordinaire, de ne vous mettre que deux à la table : i» pour découvrir plus vite qui est médium; 2^ pour mieux vous assurer qwe c’est une force autre que celle des assistants qui
ineul ia table; pour éviter les contrariétés de fluide ou de pensée.
Le médium étant trouvé et Tespj it ayant manifesté sa présence par des coups frappés en soulevant l’un des côtés de la table et la laissant retomber, vous convenez avec l’esprit qu’uni coup frappé signifie oui; deux coups, non; un coup a, deux b; trois c, etc.
Ces conventions établies. Vous pouvez en.trer eu conversation. Vous demandez à l’esprit s’il est heureux: s’il est content que vous l’évoquiez; s’il veut bien répondre à vos questions.
En un mot vous lui donnez tous les témoignages de politesse, d’intérêt, de bienveill6ince, de déférence que vous témoignez aux vivants quand vous les abordez. Figurez-vous bien que vous avez affaire à un homme comme vous.
Vous pouvez ensuite lui demander ses nom, prénoms, âge, etc. De son côté, il est possible, môme probable, qu’il vous dira spontanément des choses qui vous prouveront son identité.
Si vous faites ces expéiiences en famille, vous ne pouvez avoir, sur la réalité des phénomènes, aucun des doutes qui pourraient surgir dans votre esprit dans le cas où vous auriez affaire à un médium de profession.
Cela ne doit pas vous empêcher d'assister quelquefois à des séances d’autres médiums, ne fût-ce que pour voir diverses manières de procéder et vous rendre compte de leur valeur; mais ce que vous obtiendrez dans l’intimité sera toujours plus probant. Ce que l'on fait esit plus démonstratif que ce que l’on voit.
Nous avons vu g 9 que, pour favoriser rétablissement du rapport entre l’évoqueur et l’âme évoquée, il fallait se concentrer sur soi-même, s’isoler autant que possible (lu monde extérieur, faire la moitié du chemin vers l'esprit, qui fait l’autre moitié.
Les résultats que vous obtiendrez seront donc d’autant plus satisfaisants; toutes choses égales, que vous serez moins nombreux, plus recueillis, mieux unis dans la même pensée, que vous vous permettrez moins de distractions, moins de conversations plus ou moins étrangères à votre objet, et surtout moins de discussiotns.
C’est pour toutes ces raisons et pour d’autres encore que les expériences en petit comité donnent de meilleurs résultats, pourvu qu’on observe les règles prescrites, que les séances nombreuses.
Les pei-soimes dont l’esprit est préparé aux pliéiioinèiies par les considérations philosophiques ci-dessus exposées et d’autres analogues seront aussi plus aptes à recevoir des preuves convaincantes que les sceptiques indifférents et surtout que les malveillants.
On comprend en effet que, dans cet ordre de phénomènes, les actions étant psychiques, c’est-à-dire ayant lieu d^àme à âme, les effets sont plus marqués — psychiquement parlant — quand il y a, concert de toutes les âmes que lorsqu’il y a indifférence ou même opposition de quelques-uns.
Néanmoins, il est rare que les sceptiques, même les plus malveillants, n’obtiennent pas aussi des manifestations. Seulement les effets tiennent de la cause : les phénomènes alors obtenus sont plus souvent psysiques que psychiques.
Pour que les phénomènes obtenus par le moyen d’une table prouvent la réalité des âmes des morts, il ne suffît pas que la table remue, frappe, saute ou même se brise. Tout cela ne prouve que l’intervention d’une force aveugle, volontairement ou non.
Il ne suffit pas non plus que l’esprit dise des choses connues du consultant ou d’autres assistants : ses noms, âge, domicile, etc.
La science n'admet pas ce genre de preuves parce, dit-elle, qu'elles ne sont que des réverbérations de la pensée des assistants.
La science se trompe en cela pour plusieurs raisons dont la plus simple et la plus sensible est que, si la pensée était si facile à réverbérer, on obtiendrait toujours les identités de l’esprit auquel on pense. Or, il n’en est rien.
Mais nous pouvons faire cette concession à la science car nous pouvons obtenir mieux.
Il arrive souvent, en effet, qu'un esprit dit des choses présentes, passées et môme futures totalement inconnues des assistants.
Alors, c'est bien évidemment une force intelligente qui dit ces choses. C’est donc ou une àme désincarnée, ou une âme qui ne l’a jamais été, c’est-à-dire un ange, car nous ne connaissons pas d’autres êti'es intelligents, nous ne pouvons môme pas en concevoir, en imaginer d'autres.
Voilà, ma chère Sophie, tout ce que je vous dirai pour le moment sur la méthode ex|>érimenlaJe de s'assum' de l'immortalité de Tâme.
Il y a d’autres moyens d'entrer en communication avec les espiits; mais, je vous l’ai dit, la, lyplologie est préférable à tout le reste. Je vous engage à vous y tenir pour quelque temps, plus tard, si vous le jugez à propos, vous pouri'ez vous occui)er des autres. Vous tmuverez à ce sujet des renseignements dans les livres spéciaux; d'aileurs, vous le savez, je me ferai toujours un plaisir de vous aider de mes conseils dans la mesure de mes lumières.