X. — ESSAI DE THÉORIE TYPTOLOGIQüE
Vous me demaderez peut-être comment les âmes des morts peuvent agir sur la matière et mouvoir les corps.
Je pourrais vous retourner La question et vous demander comment les âmes des vivants peuvent mouvoir leurs propres corps. Il nous est aussi difficile de concevoir comment notre âme agit sur nos propres organes, que de comprendre comment elle agit sur les corps extérieurs.
Mais de ce que nous ne pourrions pas expliquer comment les phénomènes spirites, s’opèrent, il. ne s'en suivrait pas que nous dussions les nier. Les faits, sont des faits. Qu’on les explique ou non, ils n’en sont pas moins réels.
Nous pouvons dVaiJieurs donner de ces faits une explication, sinon rigoureusement exacte, du . moins d’une certaine vraisemblance.
Observons d’abord que les âmes sépaiées ne sont pas de purs esprits, comme le supposent les catholiques. En effet, nous avons vu que nous ne pouvons concevoir aucune entité que comme étant composée de trois principes : esprit, force et matière.
L’âme séparée a donc un corps, très subtil à la vérité, mais non moins réel. C’est par le moyen de ce corps fluidique, qu’elle peut étendre ou contracter dans une certaine mesure, et auquel elle peut assimiler du fluide universel, qu’elle agit sur les corps terrestres. C’est le cas des manifestations spontanées des esprits.
Soit qu’ils ne veuillent pas, soit qu’ils ne puissent . pas, tous les esprits ne se manifestent pas de cette ’
façon, et n’entrent en rapport matériel avec nous qu^autant que nous les évoquons.
Or, vous avez pu voir dans mon livre sur les Rapports du Magnétisme et du Spiritisme, p. 209 et suiv., que nous sommes entourés d’une atmosphère fluidique, que nous pouvons augmenter cette atmosphère par une émission volontaire de notre fluide et donner à ce fluide une direction déterminée.
Cela, étant, dans les évocations, râmc évoquée se sert de notre fluide comme d’un instrument, l'assimile au sien propre et par ce moyen meut les objets matériels, imprime le mouvement à notre bras pour écrire ce qu’elle veut nous dire, etc.
Là se trouve la raison d’être du médium et l’explication de la médiumnité.
Le médium est un individu qui jouit, plus que le commun des hommes, de la faculté d’extérioriser son fluide vital et de faciliter ainsi aux esprits les moyens de se communiquer à nous.
Cette théorie n’est pas nouvelle ; je pourrais vous en indiquer les éléments dans beaucoup d’ouvrages anciens ; je me bornerai à vous rapporter un extrait de ce que dit Fred. Hoffmann dans ses « Dissertations jdiysico-médicales », à propos de la « puissance du démon sui* les corps de la natui'c ». Vous savez que ce qui s'applique aux démons convient également aux Ames séparées, nous l’avons vu plus haut.
(( Nous avons admis qu’un esprit ne peut être cause immédiate de mouvement dans un corps, et par conséquent le démon ne saurait l’être dans l’air ; mais il a le pouvoir de provoquer au mouvement et de tracer la direction à do cerlains fluides déjà pourvus d’une force motrice particulière. Notre corps nous montre effectivement d'une manière bien sensible que ces fluides, que nous appelons nerveux, corps infiniment subtils et élastiques sont la i)i incipide cause du mouvement
dans la lymphe cérébrale, les nerfs, le sang et les muscles en général. Mais les pouvoirs que notre âme a reçus de Dieu pour commander à ces mêmes fluides, sont restreints à certaines limites, comme nous le montre l’expérience. L’analogie nous conduit à penser qu’il en doit être de même dans le démon, qu’on ne regarde pas comme la cause immédiate du mouvement dans l’air, ce dernier étant pourvu d’une force motrice particulière... Cependant, nous accorderons au démon le pouvoir de déterminer ce fluide à certains mouvements, ce qu’il no pourrait néanmoins sans une permission particulière de Dieu. Nous conclurons donc de ce qui précède, que le démon peut facilement arrêter diverses formes fantastiques, soit d’hommes, soit d’animaux, en combinant les vapeurs de l’atmosphère de manière à obtenir divers accidents d’ombre et de lumière ; et nous aurons en même temps la clé de toutes les apparitions de spectres, de fantômes dont rhistoire est attestée par les monuments les plus anciens confirmée par le témoignage de la Sainte-Ecriture, et les observations faites à diverses époques, en diverses contrées... Enfin, si l’ame, qui n’est qu’une cause morale, peut par l’effet seul de la pensée, agir sur l’imagination de manière â nuire notablement au corps, je ne vois pas pourquoi le diable, avec la permission de Dieu, n’aurait pas le même pouvoir. »