XII. — REMÈDE AUX OBSESSIONS
Si vous avez commis l'imprudence de vous laisser envahir par un de ces esprits obsesseurs, vous sera-t-il aussi aisé de vous en délivrer qu’il vous aurait été facile de vous en prései^ver ?
Cela dépendra de vous, de votre énergie, de votre fermeté.
Quel que soit l’empire qu’un esprit ait acquis sur vous, la première chose à faire pour vous y soustraire, c’est de rompre toute possibilité de commerce avec lui, par conséquent de cesser toute évocation.
Vous lui fournissiez vous-même, en faisant la moitié du chemin, les moyens d'agir sur vous. C’est de vous qu’il tirait sa force. Cessez d’émettre cette force ; rentrez en vous-même ; retirez-vous dans votre <( château de l’âme », comme dirait sainte Thérèse, et vous serez délivrée.
Il y a des spirites qui prétendent remédier aux obsessions m agissant sur l’esprit obsesseur, en s’efforçant
par de beaux seiaiions, de le corriger, de le conveidir.
Celte méthode donne très peu de résultats. Il m’est arrivé, après avoir vu de ces esprits, bien repentants, pleins de componction chez Pierre, recommencer leur comédie sous le môme nom et par les mêmes moyens chez Paul.
Cette manière de procéder ressemble pas mal à celle des docteurs modernes, dont toute la scierjce consiste à combattre le microbe, plus ou moins imaginaire, qu’ils supposent être la cause du mal, et qui négligent le microbe |(le malade), et môme font porter sur lui les coups qu’ils assènent au microbe.
La méthode courante des désobsessions a surtout pour inconvénient, en exagérant la puissance réelle de l’e.sprit obsesseur, puissance qu’il ne tire que de la faiblesse morale ou intellectuelle de l'obsédé, de déprimer encore plus de forces psychiques de celui-ci, et par conséquent, d’aggraver le mal au lieu de le guérir.
Aussi combien voit-on de ces simples d’esprit qui sont des années entières sous l’influence d’un esprit obsesseur, et qui en seraient débarrassés s’ils avaient le courage de s’abstenir de toute évocation seulement pendant un mois, et, ensuite, de n’en user qu’avec la prudence et la réserve requise^, sous la direction, s’ils ne savent pas se diriger eux-mêmes,, d'une personne honnête et compétente.
Le désir excessif — je dis excessif,.car ce désir est légitime quand il se tient dans des bornes convenables — de (( confondre les incrédules » est la principale source de l’abus des évocations et par suite, des obsessions.
Les spirites obsédés font cent fois plus de tort à la doctrine, qu’ils rendent pour le moins ridicule, que s’ils n’existaient pas.
Ils seront pourtant nombreux tant qu’on attachera
toute l’importance à la quantité des adeptes, sans se préoccuper de la qualité.
Vous êtes trop intelligente, pour que j’aie besoin de vous mettre en giarde contre ce travers. Je dois et veux seulement vous avertir qu’il existe.
Le meilleur moyen de se soustraire aux obsessions, c’est de se faire une idée exacte de notre nature, du but de la vie, de la raison d’être des communications spirituelles.
Nous ne sommes ni anges ni bêtes, a dit Pascal, le malheur est que qui veut faire l’ange fait la bête.
Cette sentence s’applique très bien aux personnes qui prétendent entrer en communication presque perpétuelle avec les âmes séparées.
Si nous sommes sur la terre, qui n’est pour nous qu’une patrie de passage, il y a quelque raison pour cela : nous y sommes en pèlerinage, en exil, en expiation, en mission ou à l’école ; cette vie a un but : remplir convenablement le rôle que nous sentons nous être assigné.
En toute hypothèse, notre vie ordinaire doit être la vie terrestre ; notre principale préoccupation doit être de remplir de notre mieux les devoirs de notre état et de notre condition, pour notre bien et pour celui de nos compagnons de voyage.
Nous pouvons, il est vrai, entrer en relation avec nos compatriotes d’au-delà, avec les âmes séparées ; nous le devons même dans une certaine mesui'e.
Si Dieu a permis l’existence de ces rapports, c’est évidemment pour nous convaincre de notre immortalité, pour nous encourager et nous soutenir dans les traverses de la vie par l’entrevue de la vie future ; pour nous faciliter l’élévation de nos âmes au-dessus des intérêts matériels ; et, enfin, pour resserrer les liens de fraternité qui nous lient à nos semblables dans le temps et dans l’éternité.
Mais ces communications spirituelles ne sont qu’un accessoire ; elles sont en quelque sorte le « condiment » de la vie terrestre ; leur hut est de la rendre moins fade, moins monotone ; mais elles n’en sont pas (( l’aliment ».
Nous ne devons donc user qu’avec mesure et même avec beaucoup de réseive de ce condiment spirituel, comme des condiments naturels. De cette façon, nous conserveVons la santé de l’Ame.
D’autre part, les Ames séparées ont, de leur côté, leur rôle a jouer, leur mission à remplir. Il serait contre toute analogie de supposer qu’elles sont là, désœuvrées, attendant que nous les évoquions pour venir « faire la causette » avec nous.
Nous ne devons donc pas espérer qu’elles négligent leur devoir à toute réquisition, pour venir à nous.
Tl y a plus : nous ne devons pas chercher, par nos évocations trop réitérées, à les distraire de leurs occupations, d’autant que cela ne peut se faire qu’à notre détriment comme au leur.
Pénétrez-vous bien de ces idées, ma bonne Sophie, afin que je n’aie qu’à me réjouir de vous avoir initiée au spiritisme, et de vous avoir fait connaître une si précieuse source de consolation pour le présent et d’espérance pour l’avenir.